On Another Level
Par Labosonic • jeu 11 août 2005 • Categorie: MusiqueAlbum sorti en juin 2005
Detroit, ville musicale s’il en est, est à la fois le berceau et la capitale de la techno. C’est en effet de là que tout est parti, que Derrick May, Juan Atkins et Kevin Saunderson ont croisé les expérimentations électroniques de Kraftwerk avec le groove funky de Georges Clinton. Peu prophètes en leur pays, ils connurent le succès en Europe : la Belgique, l’Allemagne, l’Angleterre et même la France vibrèrent de ces rythmiques pendant la fin des années 80. Les pères fondateurs, dépouillés de leurs droits d’auteur par des producteurs véreux des deux côtés de l’atlantique, n’ont jamais vraiment récolté les royalties de cette gloire.
Leurs petits frères, ceux de la deuxième vague techno, ont monté dès leur début un projet alternatif appelé Underground Resistance. Leur musique est intègre et indépendante : jamais de promotion, jamais de concessions à un quelconque marché. Les morceaux sont composés, produits et fabriqués à Détroit par des artistes et des entreprises locales. Aucun chef de produit marketing, aucune multinationale ne touche de commission sur leur travail. La qualité musicale est au rendez-vous. Chaque morceau gravé sur les sillons de vinyle des disques siglés UR est à la fois virtuose et éternel, composé par un ou plusieurs des membres d’un collectif à géométrie variable, de manière parfois anonyme.

Leur ligne directrice sonne comme un manifeste : “La seule façon valable de nous exprimer est à travers notre musique. C’est en effet l’unique média dont nous avons le contrôle à 100%…”. Cette version moderne de Motown, adaptée à la dance music, au gré de ses succès, va même faire des petits : Red Planet qui transcrit l’imaginaire d’un voyage spatial réalisé par les Indiens d’Amérique et Los Hermanos, projet collectif hispano-américain.
Les artistes de Los Hermanos sont à l’image des derniers flux migratoires des habitants de Downtown Detroit, le centre-ville d’une ex-capitale industrielle désertée par l’automobile : d’origine mexicaine (comme Rolando “The Aztec Mystic” Rocha ou Santiago Salazar aka S2) ou afro-américaine (comme Gerald Mitchell). On Another Level compile et complète les travaux amorcés lors des premières sorties vinyles du label, y adjoignant quelques morceaux inédits dont l’intéressante introduction vocale Welcome to Los Hermanos, qui égrène les influences avouées du collectif : WAR et le Carlos Santana de la grande époque.
Schématiquement, la musique de Los Hermanos repose sur quatre éléments : des longues nappes planantes, un pied rythmique qui privilégie le médium élégant aux basses lourdes et se double de gimmicks de cordes synthétiques, le tout surmonté par une mélodie légère. C’est cette formule magique, déjà employée sur le mémorable Knights of the Jaguar sorti sur UR, qui fait des morceaux de Los Hermanos des petits bijoux techno : dansants et distingués.
My Mother’s Guitara, Quetzal ou Birth of 3000, déjà fameux, obéissent à ces règles et donnent le ton : proche de la perfection. Leur édition sur support CD, à elle seule, justifie l’achat du disque. Le remix de Return of The Dragons de Timeline ou Guidance, morceau au groove funky qui s’emballe, sortent de l’ombre des faces B où des oreilles inattentives auraient pu les rater.

Alors que dire des inédits livrés, alors que les six morceaux déjà connus frôlent le sublime? Il y a bien quelques titres clins d’œil, certes, Kombination ou Galaxy Traveller, interludes et conclusions sont présents pour apporter une unité musicale à l’album. Mais les vraies nouveautés sont à la hauteur : Olmec, my brother ou Lines of Nazca, prouvent toute la maîtrise de Los Hermanos. Comme tous leurs morceaux, on navigue musicalement sur des constructions synthétiques calquées sur le jazz où chaque machine-instrument y va de son solo. La dance music est portée là à son paroxysme.
On Another Level, à peine sorti, s’impose déjà, par sa qualité, comme un classique de la dance music. Il innove par sa manière d’incorporer une touche latine dans la musique électronique, loin de la house music salsa de qualité douteuse à laquelle beaucoup se sont frottés. Et Los Hermanos passe, dès ce premier album, dans la trop courte liste des labels dont on peut acheter les productions, yeux et oreilles fermés, comme Underground Resistance et Red Planet.
Crédit photographique : Los Hermanos, avec l’aimable autorisation de Dan Caballero, et Astropolis.
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