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Britannicus

Par Karine Morin • ven 12 août 2005 • Categorie: Théâtre

Plébiscitée la saison dernière, la reprise de Britannicus, chef-d’œuvre de Jean Racine, était au théâtre du Vieux Colombier jusqu’au 30 juin, toujours sous la direction de Brigitte Jaques-Wajeman.
Cette pièce est la naissance d’un souverain implacable et tyrannique, Néron, amoureux éconduit de Junie, dont il fera assassiner l’amant, son propre demi-frère : Britannicus. C’est aussi un duel entre deux monstres, le fils et la mère, Néron et Agrippine, autant manipulatrice et possessive que lui est ambitieux et cynique. Un destin tragique conduit par Néron lui-même.

La distribution s’est enrichie d’une nouvelle venue, Margot Faure, qui endosse le rôle de Junie, objet de convoitise de Néron, succédant ainsi à Rachida Brakni, qui poursuit désormais ses activités en dehors du Français. Distribution homogène à travers laquelle transparaissent néanmoins les deux figures emblématiques de la pièce, Néron et Agrippine, incarnées respectivement par Alexandre Pavloff et Dominique Constanza.

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Pavloff donne ici sa pleine mesure à ce monstre en devenir, aussi torturé que maléfique. Interprétation inhabituelle et surtout moderne, l’acteur imprimant sa marque dès son entrée en scène, déambulant main dans la poche à la façon d’une petite “frappe”. Mais il n’en restitue pas moins toute la complexité du personnage se débattant dans ses contradictions, autant séducteur machiavélique mais malheureux, que fils déçu mais insoumis, ou manipulateur avisé mais tutoyant la folie. Son traitement non académique de la langue avec des changements de ton radicaux accentue le caractère trouble d’un Néron caméléon. Il se pose ainsi en séducteur diabolique, mais malheureux, face à Junie, en enfant gâté trouvant réconfort auprès de son homme de main après ses déconvenues amoureuses, ou retombant en enfance dans les bras de sa mère pour mieux l’amadouer.
Il trouve en Dominique Constanza une partenaire de poids pour ce combat à mort, la violence sourde et la sobriété de son jeu venant contrebalancer la fougue et la folie de celui de Pavloff. Chacun versant tour à tour dans la tendresse, le calcul, usant et abusant de sa force de persuasion pour faire plier l’autre. Mais ces deux êtres mués par la même insatisfaction et la même soif de pouvoir sont à jamais irréconciliables.

Le décor, épuré, se résume à quelques fauteuils et à une colonne mobile de couleur sang, qui se déplace progressivement pour atteindre le point central de la scène en fin de pièce, image du cordon ombilical reliant l’enfant à la mère, lien définitivement rompu après l’ultime affront de Néron.

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On rendra grâce à Brigitte Jaques-Wajeman d’avoir su dépoussiérer cette œuvre, classique parmi les classiques, et lui conférer une modernité qui ne travestit en rien la puissance tragique de la pièce, mais au contraire en sublime la noirceur. C’est à une descente aux enfers progressive mais irréversible à laquelle on assiste.
Cependant, le traitement moderne de ce monument de tragédie peut dérouter, et certains puristes ont pu être heurtés par les libertés prises tant au niveau du jeu des comédiens que dans la mise en scène résolument actuelle. Les autres au contraire ont perçu toute la dimension dramatique et sont d’autant plus fascinés par l’ascension de ce tyran, ordonnateur des basses œuvres.
C’est Néron qui tire les ficelles de ce jeu de massacre, dont lui-même ne se relèvera pas, sombrant définitivement dans la monstruosité. Sa part d’ombre résonne ici en chacun de nous dans cette œuvre forte et désenchantée.

Œuvre originale : Britannicus de Jean Racine.
Mise en scène : Brigitte Jaques-Wajeman.
Avec : Dominique Constanza (Agrippine), Alexandre Pavloff (Néron), Margot Faure (Junie) et Marc Voisin (Britannicus).
Crédit photographique : JM Palazon et J. Renaud.

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Karine Morin est une ancienne rédactrice Théâtre du magazine.
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