Madness : The Dangermen Sessions vol.1
Par Labosonic • jeu 18 août 2005 • Categorie: MusiqueAlbum sorti en juin 2005
Pour beaucoup de gens, le ska est un genre musical dérivé du reggae dont Madness est l’inventeur. C’est beaucoup plus complexe que cela en réalité, mais qu’importe, c’est ce genre de raccourcis dans l’histoire de la musique qui posent les légendes. Madness est devenu synonyme de ska dans des milliers d’oreilles et dans celles-ci retentissent encore des titres comme Our House, Baggy Trousers ou One Step Beyond : un croisement festif entre le reggae et une fanfare funk blanche.
The Dangermen Sessions Part One est le symbole pour Madness d’un retour sous les feux de la rampe : on les avait perdus en pleine gloire, il y a une vingtaine d’années et depuis, pas grand chose. Leur dernier album datait d’il y a six ans et personne n’avait voulu l’écouter, hormis quelques irréductibles fans anglais nostalgiques. Mais les revoilà avec un album de reprises.
Ce genre de tentatives de retour fait toujours craindre le pire, et même pour Madness le spectre du péril d’un album raté ne pouvait s’éloigner : allaient-ils livrer un album copiant leurs meilleurs moments mais définitivement marqué du sceau du passé, ou au contraire une tentative d’innovation, à tout prix moderniste, qui leur ferait perdre leur âme?
L’enjeu semble d’autant plus crucial à la lecture de la liste des titres qui composent l’album. Elle mélange allègrement les classiques du reggae (I chase the Devil aka Ironshirt ou Dangerman aka Highwire) et les titres de variété populaire (Shame and Scandal ou You keep me hangin’ on).
Au-delà des préjugés et dès la première écoute, l’album est plus que séduisant, à l’image du Girl, why don’t you? qui ouvre l’album après une intro quelque peu anecdotique. La section de cuivre si caractéristique de Madness est là, secondée par des rythmiques plus reggae que celles qui restaient dans notre mémoire. L’ajout des synthés les moins discrets du monde donne à l’ensemble une cohérence assez surprenante mais très plaisante au demeurant.

Le synthétiseur n’est pas l’àme du reggae, loin de là : c’est la section rythmique (basse plus batterie) qui marque immédiatement le style de cette musique. Mais les claviers constituent le petit plus sonore qui donne à l’ensemble sa touche finale, un peu comme la sempiternelle cerise sur le gâteau. Et Madness a choisi un son de synthé complètement déroutant, qui paraît sorti tout droit d’instruments rudimentaires du style Bontempi.
Et c’est ce son délibérément démodé qui donne à ces Dangermen Sessions toute leur originalité. Avec une telle sonorité, tous les écueils sont évités : celui de la parodie de reggae faîte par des blancs - on a tous encore dans les oreilles les désastreuses productions de UB40 - et celui du dub planant qui fait systématiquement s’endormir sur le joint.
Cette trouvaille sonore, alliée à l’expérience des cuivres que possède Madness, permet au groupe toutes les audaces dans ses reprises ska de morceaux de reggae, comme s’attaquer à des légendes du reggae comme Max Roméo (Ironshirt), Desmond Dekker (The Israelitis) ou Bob Marley (So much Trouble) sans tomber dans le piège du musicien complexé de ne pas être né à Kingston, Jamaïque. La reprise du John Jones de Rudy Mills en est peut être la meilleure illustration.
Quant aux reprises pop, Madness s’en sort aussi par une pirouette : You keep me hangin’ on est un petit chef-d’œuvre. Il est plus inspiré de la reprise des années 80 de Kim Wilde que de la version originale de Diana Ross et les Supremes. Grâce à cela, Madness peut se sentir libre de s’attaquer à une reprise fortement inattendue : celle du beaucoup plus rock Lola des Kinks, probablement le meilleur morceau de l’album.
The Dangermen Sessions est un joyeux bordel, un mélange dans son contenu musical et dans ses arrangements de pop et de reggae. C’est cela, finalement, que l’on appelle le ska, et quand il est joué avec une virtuosité qui permet d’éviter le mauvais goût et donne envie de faire la fête, c’est un vrai plaisir. C’est donc un album plaisant, un de ceux qui, sans pour autant être incontournables, constitueront une bande son plus qu’agréable pour votre été, voire même pour votre automne. Il nous laisse cependant un peu frustrés, partagés entre le désir de réentendre Madness avec de nouvelles chansons, et celui de découvrir très vite un Volume 2 à ces sessions.
Crédit photographique : Madness.
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Bonjour,
félicitations pour l’article sur le nouvel album de Madness,”the dangermen sessions”.
Cependant, je tiens à faire quelques petits commentaires qui me semblent indispensables.
- le SKA est précurseur et initiateur du reggae, et pas le contraire.
En effet, cette musique est née dans la jamaique du début des années 60 par le mélange des folklores locaux (calypso, merengue etc..) avec la musique noire américaine à la mode de l’époque (Boogies woogie, R&B etc …)
- Madness n’a jamais été un groupe de SKA. En france, ils ont effectivement cette image car tout le monde est resté scotché au premier album, one step beyond.
les 6 albums qui suivent n’ont plus grand chose à voir mais si sur quelques morceaux, on sent quelques influences jamaicaines.
ces albums sont plus dans l’esprit des kinks, de Ian Dury, de Roxy Music dans la grande tradition pop britannique
- En Angleterre, Madness est une véritable institution et les plus gros vendeur de disques des années 80 dans ce pays (alors qu’ils se sont arrêtés en 86 et n’ont refait un album qu’en 99) :
22 singles classés à la suite dans le TOP 10, tous les albums dans le TOP 10 etc …
- les titres our house (1983) et Baggy Trousers (1980) ne sont pas du tout des morceaux SKA, mais véritablement un mélange de ce que sait faire de mieux le groupe : un humour et des textes parlant de la vie de prolétaires londonniens, un piano cockney omniprésent tout comme le saxo qui tourne en boucle et une rythmique propre au groupe qui en fait leur originalité
Vous aurez compris que je suis un fan de ce groupe et je vous invite à écouter leur albums (en priorité, le deuxième “absolutely” et le 4ème “the rise and fall” et a acheter des places pour aller les voir à L’olympia le 17 octobre, vous n’allez pas en revenir (19 ans qu’ils n’avaient pas jouer en France !!!)
Pascal
Euuh si je souscris a tout ce que tu écris, je dois tout de meme souligner que Madness n’est (que) le deuxieme meilleur vendeur de disques en UK dans les années 80, derriere le groupe Queen.