L’Art Automatique
Par Pascaline Vallée • lun 29 août 2005 • Categorie: Peinture/DessinEt si vous désappreniez à dessiner? Étrange me direz-vous… C’est pourtant ce que proposent André Breton et les Surréalistes par le biais de l’art automatique.
En effet, contrairement aux idées reçues, la pratique automatique ne concerne pas seulement l’écriture. Dans leur volonté de rendre à l’activité artistique sa vérité, les Surréalistes libèrent également leur inconscient par le collage, la peinture ou encore le dessin. Ils remettent ainsi en question les techniques picturales dans leur ensemble, donnant à leurs œuvres un caractère novateur souvent déconcertant.
Mais tout d’abord, pourquoi “automatique”? L’écriture automatique, initiée par Soupault et Breton (Les champs magnétiques, 1921), consistait en un procédé simple. En état de demi-sommeil, le “scripteur” ou l’un de ses compagnons se lançait dans “un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne [faisait] porter aucun jugement”. Grâce à ce procédé, les paroles reflétaient le plus exactement possible les pensées plus ou moins refoulées, et l’on pouvait alors “noircir du papier avec un louable mépris de ce qui pouvait s’ensuivre littérairement”. La littérature se trouvait ainsi débarassée des artifices dont l’Histoire l’avait alourdie, et revenait à une sorte de pureté originelle. Ansi, à une époque où Freud approfondissait ses travaux sur l’inconscient, les Surréalistes contribuaient eux aussi à la connaissance et à la libération de l’âme humaine. Au-delà d’une simple compréhension, ces révolutionnaires entendaient même “détruire les tirroirs du cerveau et ceux de l’organisation sociale”. Cette exploration, comme toute action du mouvement, ne se revendiquait donc pas comme constat mais comme action.
Appliquée à l’art, cette technique prend, selon les artistes, diverses formes. Sables, dessins, collages de Max Ernst, “ligne errante” de Masson, tous les moyens d’expression sont bons. Mais toujours, malgré leur apparence infantile, ces œuvres s’accompagnent d’une réflexion approfondie sur l’art et ses valeurs. Car en retournant ainsi aux origines du monde, le peintre entend s’émerveiller de tout et redécouvrir le sens vrai de la peinture. Le but de l’art automatique est en effet de renier tout code ou valeur établis afin de redéfinir soi-même son Art. Ainsi la technique picturale exprime-t-elle parfois les désirs ou sentiments d’une manière primaire, proche des instincts naturels qu’elle reflette. C’est le cas notamment chez André Masson, dont les Massacre ou les sables automatiques dessinent, derrière un apparent désordre de lignes, des désirs refoulés ou l’indicible sentiment d’inhumanité de la guerre.
De nombreux artistes s’essayèrent à cette forme de liberté, y mêlant parfois la poésie ou même la publicité. Certains, comme Max Ernst, font de leur titre de véritables phrases, chargeant leur œuvre d’un caractère nouveau. C’est le cas du collage Deux Enfants sont menacés par un rossignol où la phrase, loin d’expliquer le tableau, en augmente les interprétations. Parfois, la poésie est partie intégrante du tableau, comme dans La Puberté proche… du même artiste. Le poème y est présent dans son intégrité, tandis que chez d’autres, il est le plus souvent suggéré par quelques mots. On rejoint ici la démarche de Breton qui, à l’inverse, joignait au texte de Nadja de nombreux clichés afin d’enrichir son art.
Ainsi l’œuvre, devenue Art complet stimule plusieurs sens. À la vue s’ajoutent l’ouïe (par les mots qu’on ne peut s’empêcher de déchiffrer), le toucher (par l’usage de matériaux hétéroclites), voire l’odorat.
Alchimie du verbe, alchimie des sens, l’art automatique donne donc le beau rôle au hasard et offre au spectateur réceptif le moyen de libérer son inconscient.
Citations : André Breton, Le Manifeste du Surréalisme.
Chute des corps, André Masson, 1932-1933. 62,8×47,4cm.
Massacre, André Masson, 1932 et 1932-1933. 30,2×23,8cm et 18,2×13,2cm.
Deux Enfants sont menacés par un Rossignol, Max Ernst, 1924. Huile sur bois et construction en bois, 46×33cm.
Le copyright de ces toiles est détenu par l’ADAGP. Compte tenu de nos moyens financiers, nous n’avons pas pu acheter le droit de reproduire ces quatre tableaux. Nous vous invitons à les étudier sur deux autres sites internet : le site de l’Académie d’Amiens pour la Chute des corps et les deux Massacre, et le site du MoMa pour Deux Enfants sont menacés par un Rossignol.
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