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20th Century Boys : LE thriller du XXIe siècle!

Par Julien Meyrat • mar 13 sept 2005 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas
Publié le 25 août 2005

Les années 80, dans la banlieue de Tokyo, des gamins jouent. Comme tous les enfants, Kenji et ses copains sauvent la Terre de plans démoniaques à base de robots géants ou de virus mutants qu’ils désamorcent au dernier moment.
Vingt ans plus tard, alors que quelques-uns se retrouvent à l’enterrement d’un des leurs, quelque chose met la puce à l’oreille de Kenji. Le suicide de son ancien camarade semble lié à une mystérieuse organisation dirigée par un énigmatique “Ami”, qui semble avoir repris certaines des idées qu’ils avaient imaginées enfants. Des idées naïves comme un épisode de Bioman, mais qui impliquaient tout de même le sort de l’humanité tout entière. Kenji va alors tenter de retrouver ses vieux amis pour remonter la piste et, peut-être, sauver la planète. Pour de vrai, cette fois…

Ce manga a été salué par le prix de la meilleure série à Angoulême 2004. Jamais prix ne fut décerné plus à propos. L’auteur Naoki Urasawa, déjà adulé pour son thriller Monster (autre merveille dans laquelle un chirurgien sauve un jeune meurtrier en série, puis parcourt l’Europe à sa recherche), maîtrise son art comme rarement, que ce soit au niveau graphique ou scénaristique. Sur le premier point, son trait simple et précis respecte parfaitement les codes du manga : décors à la précision quasi-photographique, personnages caricaturaux et très expressifs. Ce graphisme s’avère parfaitement adapté à une œuvre de longue haleine : détaillé mais très agréable à suivre. Les expressions des personnages, en particulier, leur donnent une profondeur rarement atteinte dans une bande dessinée. Ils existent, tout simplement.

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Mais si les dessins sont excellents, c’est la trame de l’histoire qui la classe dans les meilleures parutions du genre, tous médias confondus. Monster mêlait de nombreux personnages dont les destins s’entrecroisaient, et constituait déjà une formidable réussite, mais c’était peccadille à côté de l’épopée contée dans 20th Century Boys. Des dizaines de personnages interagissent entre passé (la jeunesse de la bande de Kenji, révélée dans de multiples flash-back empreints de nostalgie), présent (notre époque ou peu s’en faut) et futur car, contrairement à la première impression, il ne s’agit pas d’une simple intrigue “empêchons le méchant d’agir avant qu’il ne soit trop tard!”. Les ruptures du récit, souvent surprenantes, le font passer de l’aventure policière à l’anticipation politique, rappelant le 1984 d’Orwell ou le V pour Vendetta d’Alan Moore. Les héros sont surtout des gens ordinaires qui essaient de faire de leur mieux dans une situation qui les dépasse, le seul “surhomme” (mais est-ce un homme?) étant le personnage d’Ami, un des plus extraordinaires méchants jamais créés en BD.
Qui plus est, et c’est une de ses plus grandes qualités, Urasawa sait poser une ambiance. Il suffit de voir comment le premier tome, dans lequel il ne se passe finalement pas grand-chose, capte l’intérêt du lecteur avec une intensité si forte qu’il est impossible de s’arrêter là. On peut aussi noter l’attention incroyable accordée à chaque personnage, jusqu’aux plus secondaires : pas un n’est négligé, psychologiquement ou physiquement. Quand la plupart des sagas se contentent de personnages unidimensionnels, Urasawa crée des êtres humains à part entière et on devine derrière chaque visage une enfance, des aventures, des traumatismes…

Une lecture assidue de tous les volumes est indispensable car l’intrigue se construit patiemment, à coups de théâtre spectaculaires ou de petites révélations, de ruptures de récit aux moments où on s’y attend le moins, d’arrivée de nouveaux personnages alors qu’il y en a déjà des dizaines, sans aucune redite ni perte de clarté… Impossible de décrire ce qui se passe dans le tome 17, qui sort tout juste en France, sans déflorer l’intrigue; disons qu’Urasawa nous y dévoile une face bien peu reluisante (mais ô combien réaliste) de l’humanité, et que nous assistons au retour d’un personnage particulièrement important qui pourrait bien changer la donne.
On reste pourtant loin du dénouement : au Japon, l’aventure n’est toujours pas terminée (19 tomes en VO) et Urasawa parvient toujours à se renouveler sans jamais lasser. Une œuvre exceptionnelle à découvrir à tout prix.

20th Century Boys, de Naoki Urasawa, 2002-2005.
Éditions Panini Comics.
Crédit photographique : Panini SpA.
Monster de Naoki Urasawa, 2001-2005, éditions Dargaud/Kana.
1984 de George Orwell, 1950, éditions Gallimard.
V pour Vandetta d’Alan Moore, dessins de David Lloyd, 1999, éditions Delcourt.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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