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Goya, de l’humanisme dans l’Art

Par Pascaline Vallée • lun 3 oct 2005 • Categorie: Peinture/Dessin

Depuis ses nombreux portraits jusqu’au célèbre Tres de mayo, un caractère commun se dégage des œuvres de Goya, qui fait leur universalité : l’humanité. En effet, le peintre a su saisir l’Homme dans sa frivolité aussi bien que dans son héroïsme, faisant de ses tableaux une chronique de son temps, toujours d’actualité.

De la vie du célèbre peintre, on sait peu de chose. Ou plutôt, on en sait trop. En effet, depuis les années 1790, apogée de sa carrière, Goya fit couler beaucoup d’encre. Mystifié par les Romantiques, réinterprété par chaque génération, il fut très tôt au centre d’une sorte de légende. Les uns voulurent voir en lui un génie populaire parti de rien, tandis que d’autres en firent un enfant de la Révolution. En réalité, il échappe à la fois au modèle de l’artiste solitaire par une implication sociale indéniable, et à l’image du révolutionnaire par des travaux parfois conventionnels. Quelle que fut sa vie, Goya laissa au monde une multitude d’œuvres qui influencèrent durablement le domaine de l’Art.

Dès le début de sa carrière, l’artiste espagnol su saisir les opportunités, acceptant des commandes de cartons de tapisseries, de portraits et tableaux religieux sans pour autant brider son talent. œuvres décoratives par nature, décor du « théâtre du monde » qu’est le salon du XVIIIème siècle, ses cartons de tapisserie notamment deviennent de véritables œuvres d’art. Que ce soit en intégrant de nouveaux sujets ou en détournant le conventionnel à des fins parodiques, Goya s’élance déjà sur le chemin du renouveau. Cependant, l’artiste délaisse la tour d’ivoire habituelle et sensibilise le spectateur au changement grâce à des œuvres accessibles et à la dimension narrative importante.

Entré en 1780 à l’Académie royale des beaux-arts de San Fernando, Goya entame dès lors une ascension à la cour, et deviendra peintre de Charles IV en 1789. C’est durant cette période qu’il réalisera le célèbre portrait de La famille de Charles IV, déroutant par son aspect peu flatteur, ou encore celui d’Isabel de Porcel. Au-delà de ses nombreuses commandes, la satire de Goya s’exerce encore plus librement dans ses œuvres personnelles. Ainsi les Caprices, suite de quatre-vingt gravures en partie analysées par une préface de l’auteur, revendiquent une fonction didactique, l’artiste expliquant avoir dépeint certaines injustices et absurdités de son temps afin de soulever l’indignation. Goya, héritier des Lumières, se penche également sur un autre visage humain, celui du supplicié. Combattant la violence légale, sujet sensible de son époque, il en montre l’ignominie en gravant exécutions et scènes de la vie carcérale. Les Désastres notamment, nous offrent une succession de morts grimaçants et de prisonniers courbés, victimes de la guerre ou de la justice, avec une qualité picturale souvent effrayante.

Car, “épris de la diversité du caractère humain”, Francisco Goya confère à chacun de ses sujets un réalisme et une expressivité étonnants, bien souvent au détriment de l’idéalisme conventionnel. C’est ce que Baudelaire nomma avec admiration la « monstruosité vraisemblable » de ses tableaux. Ainsi, que dire des Vieilles, inquiétant duo exposé au musée de Lille? Dans un éclairage pourtant venu du ciel, l’artiste y met en scène deux vieilles femmes, en révélant par la laideur de leurs traits un air de sorcières. Ce tableau et bien d’autres intègrent le peintre à cette vague liée au roman gothique d’Hoffmann, qui met en œuvre l’imagination afin de déceler les aspects fantastiques du familier. Par des contrastes très forts, il accuse certains traits et offre ainsi au spectateur une nouvelle vision du monde qui l’entoure.

Profondément sensible à son environnement, Goya est par conséquent très touché par les événements qui y surviennent. Né dans une époque bouleversée par la Révolution Française et les soulèvements populaires espagnols, il en retranscrit l’atmosphère dans des tableaux exaltés. Le célèbre Tres de mayo 1808 notamment, peint six ans après les événements qu’il immortalise, fascine par son jeu de lumières et de visages et suscite ainsi la compassion du spectateur pour les héros populaires.

Touché au même moment par une crise personnelle (une maladie le laissera sourd), le peintre s’enferme à la fin de sa vie dans une solitude de plus en plus marquée. C’est pourquoi, paradoxalement, beaucoup d’œuvres de Goya, pourtant apprécié de ses contemporains, ne furent dévoilées au public que bien plus tard. Ainsi les Peintures noires, fresques exécutées de 1820 à 1823, ne quittèrent-elles l’anonymat qu’après la mort de leur auteur. Désabusé, le peintre y avait exprimé son désarroi face à une société devenue incompréhensible.

Sa lucidité, son attention aux Hommes et à leurs mœurs, fit donc de Goya l’observateur de son temps. La qualité picturale et analytique de son œuvre en garantit aujourd’hui encore le succès, continuant à émouvoir et à fasciner les nouvelles générations.

Citation : Goya, de Fred Licht, éditions Citadelles & Mazenod (2001).

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Pascaline Vallée est une ancienne rédactrice Arts du magazine.
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Une Réponse »

  1. je naime pa goya

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