Le stop-motion dans Corpse Bride (Les Noces Funèbres)
Par Marie Guyot • mer 12 oct 2005 • Categorie: CinémaSortie prévue le 19 octobre 2005
En réalisant ses Noces Funèbres en stop-motion, Tim Burton a remis au goût du jour une technique presque aussi vieille que le cinéma.
C’est en effet dans les années 1910 que Willis O’Brien inventa ce procédé d’animation en volume image par image : il s’agit de maquettes, ou de marionnettes, que l’on déplace légèrement entre chaque prise de vue. Ainsi, lorsque les images sont projetées les unes à la suite des autres, on obtient un film où les personnages sont en mouvement, tout comme ces anciens livrets qui, quand on faisait très rapidement défiler leurs pages, nous racontaient une petite histoire animée.
Né en 1886 à Oakland, Willis O’Brien réalisa tout d’abord avec cette technique Le Dinosaure et le Chaînon Manquant, qui fut distribué en 1917 par la compagnie Edison. Mais ce n’est qu’en 1925, avec son travail sur Le Monde Perdu de Harry O. Hoyt, adapté du chef-d’œuvre de Conan Doyle, puis en 1933 avec les effets spéciaux du King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, que l’animation en volume image par image acquit ses lettres de noblesse.

Après Willis O’Brien, le stop-motion connut des adeptes inspirés, comme Ray Harryhausen avec son travail sur Jason et les Argonautes de Don Chaffey, ou quelques grands noms de l’école tchèque comme Jiri Trnka avec son adaptation du Songe d’une Nuit d’Été de Shakespeare, Bretislav Pojar, ou Jiri Brdecka, avant d’être pour un temps éclipsé par l’arrivée des techniques numériques. Quelques irréductibles réalisateurs anglais continuèrent tout de même leur petit bout de chemin à la fin des années 1980, comme par exemple Nick Park avec les désormais célèbres aventures de Wallace et Gromit, dont le dernier volet, Wallace et Gromit et le Mystère du Lapin-Garou, sortira bientôt sur nos écrans.
Tim Burton poursuit donc cette mouvance lorsqu’en 1993 il produit un film de Henry Selick : The Nightmare Before Christmas (L’Étrange Noël de Mr. Jack), où le personnage de Jack Skellington tente de remplacer le Père Noël. En passant à la réalisation aux côtés de Michael Johnson pour Les Noces Funèbres (Corpse Bride), Tim Burton fait un pas de plus dans cette technique d’animation.
Si les personnages ont les yeux encore un peu globuleux, ils possèdent désormais une véritable épaisseur et leur démarche, parfois légèrement saccadée, typique du stop-motion, colle tout à fait à l’esthétique du film. Nous y découvrons le timide Victor qui, alors qu’il n’a pas réussi à prononcer ses vœux lors de la répétition de la cérémonie qui doit l’unir à Victoria, s’entraîne sans le savoir sur le cadavre d’une “Défunte Mariée” qui l’emmènera joyeusement goûter à la vie sous terre.
Signe que l’animation n’est pas uniquement réservée aux enfants ou à ceux qui n’ont pas encore grandi, Les Noces Funèbres n’est pas à mettre entre toutes les sensibilités car certains gags, typiques de l’humour noir de Tim Burton comme la séquence de dressage du chien-squelette, peuvent ne pas être compris par les plus jeunes.

Surtout, ce qui est techniquement réellement intéressant dans ce film, c’est l’expressivité des personnages. En confiant à Ian Mackinnon et Peter Saunders (Mars Attacks! déjà de Tim Burton, ou Les Frères Grimm de Terry Gilliam) la réalisation des centaines de marionnettes du film, Tim Burton leur permit d’inaugurer une nouvelle technique qui aboutit par exemple au sourire grimaçant de Finis Everglot, le père de Victoria, qui se dessine progressivement sous nos yeux : au lieu d’échanger la tête des marionnettes entre chaque prise par une série d’autres têtes de plus en plus expressive, un mécanisme est inséré à l’intérieur des têtes permettant aux visages des personnages de figurer une plus grande diversité d’expressions.
Même s’il a fallu dix ans à sa réalisation, Les Noces Funèbres exploite toutes les possibilités techniques du stop-motion, la production n’ayant pas hésité à répartir le tournage sur vingt-six plateaux différents, ou à créer des décors pouvant atteindre jusqu’à cinq mètres de haut et dix mètres de profondeur.
Mais le mérite du dernier film de Tim Burton réside surtout dans le fait que le stop-motion sert ici totalement l’histoire des Noces Funèbres : ce n’est qu’avec un style aussi typique que ce film est capable de posséder une esthétique aussi poétique.
Réalisation : Tim Burton et Michael Johnson.
Scénario : John August, Caroline Thompson et Pamela Pettler.
Avec les voix de : Johnny Depp (Victor Von Dort), Helena Bonham Carter (La Défunte Mariée), Emily Watson (Victoria Everglot).
Crédit photographique : Warner Bros France.
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Marie Guyot est la fondatrice et la Rédactrice en Chef du magazine. C'est aussi une des rédactrices Cinéma.
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Très beau film. Je suis surtout d’accord pour dire que la technique est ici totalement au service du projet poétique de Burton qui renoue avec l’univers de “Beetlejuice” et “Edward aux mains d’argent”. J’ai été emballé!