culturofil_header.jpg

L’Aquarium de David Mach

Par Pascaline Vallée • lun 24 oct 2005 • Categorie: Art Contemporain

L’exposition Curieux? du musée de Grenoble a permis cet automne aux amateurs de tous âges de découvrir des œuvres plutôt… originales. De cet art contemporain hétéroclite, une des figures intéressantes était celle de David Mach, écossais manipulateur d’encre et de bouteilles.

Neuf cent vingt quatre bouteilles transparentes, il n’en faut pas moins pour créer un Aquarium digne de ce nom. Intrigué, le spectateur ne distingue d’abord que des bouteilles alignées, dans lesquelles des nuances rouges forment plusieurs tâches. Et c’est seulement en approchant qu’il découvre des poissons aux contours flous, comme vus à travers l’eau d’un bocal. Car c’est là le talent de David Mach. Maîtrisant les volumes et perspectives, l’artiste est parvenu, en remplissant plus ou moins certaines bouteilles d’encre rouge et noire diluées, à recréer la forme inquiétante de requins, prédateurs d’autant plus redoutables qu’on les devine sans bien les distinguer.

Aquarium

Cet art étrange prit sans doute en partie naissance dans l’esprit de l’artiste lors d’une expérience qu’il fit étudiant, en travaillant sur la chaîne de montage d’une usine. Détournant le mouvement répétitif au profit de l’art, David Mach crée ici une œuvre exigeant précision technique et rigueur scientifique, et qui demeure intimement liée au monde industriel par ses composants.

L’accumulation de biens de consommation se révèle alors une armoire à images imprévue. D’objets tenus pour morts, l’artiste fait renaître la vie, créant ainsi des ressuscités, véritables pieds de nez à la société industrielle. Car, si l’œuvre ne se revendique pas comme dénonciation du gâchis, elle n’en demeure pas moins une démonstration ironique. Les surplus de production, méticuleusement assemblés, créent une image nouvelle, image dérisoire d’une vie issue de la pollution. Celle-ci revêt alors l’apparence du requin, mise en abîme ironique de sa dangerosité.

On peut également voir dans l’Aquarium le reflet d’une tendance générale du XXème siècle, qui pousse à l’expérimentation de nouveaux matériaux. Délaissant les techniques réputées nobles, les sculpteurs s’intéressent à leur environnement, aussi bien naturel qu’industriel, et y puisent leur inspiration. Les objets y sont parfois conservés dans leur forme originelle, depuis les ready-made de Marcel Duchamp au Land Art anglais. Selon une idée similaire, David Mach n’utilise pas des bouteilles dans le seul but de fabriquer un aquarium, mais les met en valeur pour leur nature. Les matériaux sont ainsi aussi présents que le concept qui les habite.

There was not much room in the pool for individual expression

Devenu expert en la matière, le professeur de sculpture poursuivra en 1988 son œuvre d’embouteillage, en recréant cette fois-ci des hommes, dans une œuvre judicieusement intitulée There wasn’t much room in the pool for individual expression (il n’y avait pas beaucoup de place dans la piscine pour l’expression individuelle). Les rebus de la société ne créent alors plus seulement la vie, mais aussi l’intelligence, ou tout du moins son germe, puisqu’elle demeure cloisonnée.

Ironie et dérision sont donc les atouts de David Mach qui, grâce à ses œuvres, pousse le spectateur à remettre en question la société d’aujourd’hui.

Aquarium, David Mach, 1983, IAC-FRAC Rhône-Alpes.
There wasn’t much room in the pool for individual expression, 1988, FRAC Franche Comté.
Crédit photographique : David Mach.

Technorati Tags: , , , , , , , , ,

Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Pascaline Vallée

2 Réponses »

  1. Bonjour,
    J’arrive sur ces pages par l’intermédiaire du weblog de Pierrot. Je n’ai pas eu le temps de lire les notes (je suis at work) mais j’ai déjà une question à vous poser : habitez-vous Genoble ?
    Dans ce cas, nous sommes presque voisins. Et je vous conseillerais bien de vous inscrire au CCC, qui utilise très bien la superbe salle Juliet Berto pour la projection de son cinéma d’auteurs, et qui a besoin de voir son succès récent (la saison dernière), se confirmer.
    Je n’ai pas vu l’expo dont vous parlez mais le musée de Grenoble est assurément un des points forts de la vie culturelle iséroise.
    Je reviendrais vous lire,
    A bientôt.

  2. Bonjour!
    oui je suis grenobloise, et suis déjà inscrite au CCC (mais merci quand même ;-)). Si vous avez un peu de temps, l’exposition Curieux est prolongée jusqu’au 2 Novembre. Mais le musée recèle bien évidemment beaucoup d’autres (bonnes) surprises…

Laisser une réponse