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Claude Closky et l’arbitraire du signe

Par Pascaline Vallée • lun 14 nov 2005 • Categorie: Art Contemporain

Des chiffres gribouillés sur une photo, des publicités découpées et ré-assemblées, des images de jeux vidéo… Au premier abord, le travail de Closky ressemble à celui d’un enfant qui s’amuserait du monde qui l’entoure. Toujours, l’artiste suscite l’étonnement, en créant un décalage. Mais qu’elles soient trouvées drôles ou absurdes, ses compositions remettent en tout cas en question la société et le statut de l’Art. Car cette œuvre hétéroclite revendique l’interrogation et le détournement des codes de notre société.

Claude Closky débuta par des œuvres abstraites pour aboutir à un travail hautement figuratif. Après un passage par des motifs psychédéliques tirant sur le logo industriel, l’artiste abandonne la peinture au profit d’autres techniques et supports. Paradoxal, il utilise alors à la fois le dessin, pour son caractère spontané et aléatoire, et le livre, pour sa maturation nécessaire et la fonction didactique qui en résulte. Utilisant ces deux supports opposés, l’artiste peut ainsi pousser la logique de chacun à l’extrême. C’est pourquoi ses dessins se révèlent tout particulièrement intéressants.

Par la concision de certains d’entre eux, Closky met en évidence la question centrale de ses recherches : celle de la place et de la fonction du signe dans notre société. Celui-ci, déjà remis en cause par les artistes dès les années soixante, subit depuis de plus en plus de manipulations. En effet, la codification de notre environnement devient presque dictatoriale et suscite par là même l’envie de se l’approprier en la détournant. Dégagé de son contexte, le signe se distingue, reprend sens, ou donne la preuve de son inutilité.

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Ainsi, détachant un élément du réel, l’artiste pousse à l’extrême le travail sémiologique, faisant par exemple du Bord droit d’un doigt (1993), une œuvre. Au lieu d’y voir l’acte dérisoire et provocateur d’un artiste désoeuvré, on peut dire que Claude closky pousse plus loin l’expérience d’Andy Warhol et de sa boîte de soupes Campbell’s (1962) en morcelant un objet quotidien pour y porter l’attention du spectateur. De la même manière, et de façon plus évidente, il analyse la croix verte lumineuse, emblème bien connu des pharmacies, avec Pharmacie ouverte : grâce à une vidéo il focalise grâce notre regard sur cette succession de croix vertes de différentes tailles. Dégagé de son contexte, ce signe devient hypnotique. Réveillé en sursaut, le spectateur se rend alors compte que ces images n’ont pas de sens en elles-mêmes, bien que le titre leur en donne un. Il en tire donc une évidence, celle de l’arbitraire du signe.

Dans ses différentes recherches, Claude Closky dresse l’inventaire de la société contemporaine, poussant parfois le vice jusqu’à l’obsession, comme avec Les mille premiers nombres classés par ordre alphabétique, ou encore Tout ce que je peux faire avec cinq francs. Exploitant le système de la série, l’artiste produit des œuvres quasi mathématiques à l’évidence provocante. Ainsi, en voyant la Classification des mots répertoriés sous la lettre Q dans le Petit Robert (édition 1989, p 1573-1585) par ordre alphabétique, le spectateur hésite entre deux conclusions : soit l’artiste est fou, soit il se moque de lui…

Pourtant, il n’en est rien. Tournant en dérision l’univers publicitaire et social, Claude Closky veut avant tout révéler ce que la réalité peut contenir en germe. Pour lui, la surabondance des codes soumettant les biens de consommation devient elle-même produit consommable. Dans ses Affiches d’Art notamment, l’artiste détourne ces codes en exposant des propos (d’apparence) esthétiques sous forme de slogans publicitaires tels que “On dit souvent que l’art moderne est plat, en fait, il peut être très plat. Nett”. Inscrits en lettres noires sur un fond blanc, ces textes semblent dérisoires.

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Adepte des titres-phrases, Claude Closky appréhende l’objet quotidien sous un nouvel angle. Il crée ainsi un décalage, qui n’est pas sans rappeler l’affection de Magritte et de ses contemporains pour ce détournement. On peut ainsi voir dans le Bla bla de 1997, panneau d’information exhibant un lumineux “il n’y a pas grand-chose à dire”, un avatar moderne de la célèbre Trahison des images de Magritte.

Artiste hyper productif, Claude Closky pousse donc par différents biais le spectateur à porter un regard différent sur son environnement. Car quiconque s’arrête devant une de ses œuvres doit avant tout écarter toute conception naïve et gratuite du sujet et de son traitement. Les choix de Closky sont en effet toujours sémiologiques et visent à interroger une société sous l’emprise du signe. Intentionnellement ou non, ses travaux invitent à réfléchir, et leurs images absurdes se font éléments didactiques.

Un 1 et un 0 qui vont bien ensemble, Claude Closky, 1990, stylo bille noir sur papier, 30×24 cm. Collection Fond National d’Art Contemporain.
Bla Bla, Claude closky, 1998, afficheur électroluminescent vert et jaune, 200×288x8cm, boucle. Vue d’installation, kiosque MPK, place de Bruxelles, Luxembourg. Collection Caisse des dépôts et consignations, Mudam.
Crédit photographique : Joséphine de Bère.

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