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Le Baiser dans la nuque

Par Dobrina Clabeaut • ven 18 nov 2005 • Categorie: Littérature
Publié en août 2005

Avec Le Baiser dans la nuque, Hugo Boris déroule le fil d’une rencontre insolite entre une sage-femme guettée par la surdité et un pianiste qui devient, au hasard d’une rencontre, son professeur. Un premier roman à contre courant des tendances actuelles.

Sur le parking d’un hôpital, une femme vêtue de noir s’avance, le dos courbé, brisée par la douleur sous un soleil de plomb. Son mari vient de périr dans un accident de voiture. Soutenue par son beau-frère, Louis, la jeune veuve s’engouffre dans la maternité de Dourdan.
Fanny, la sage-femme, guide ce couple que la mort a brutalement uni vers la salle d’accouchement. Autour de la table de travail, elle voit cet homme qui s’investit, supporte, encourage sa belle-sœur, improvise à la hâte sa paternité. De cette intimité étrange qu’elle observe à la dérobée, elle qui a tant vu de naissances, en pressent la joie ou la gravité, elle ne retient qu’une chose : Louis est pianiste ; il enseignera son art à l’enfant.
Cette confidence, plus que leur simple rencontre, fait naître l’union inattendue et improbable de deux êtres secrètement infirmes, décidés à vivre malgré tout leur handicap. Lui, professeur d’économie, solitaire et stérile, enseigne le piano à ses heures perdues. Elle, sage-femme, mariée, mère de deux enfants, vivant au rythme des naissances, souffre d’otospongiose et s’enfonce peu à peu dans la surdité. Indécise, hésitante, elle a finalement choisi de s’écouter, de rejoindre cet inconnu avant qu’il ne soit trop tard. Chaque jeudi, il la reçoit à domicile, lui fait répéter ses gammes, parle de musique à cette femme qui lit sur ses lèvres, n’entend déjà plus les aigus. En guise de paiement, il ne réclame qu’un bracelet de nourrisson, l’histoire précieuse, unique, de sa naissance. Semaine après semaine, l’échange singulier se poursuit. Un récit d’accouchement contre une leçon nouvelle ; une portée contre une autre, comme si cris et notes pouvaient se jouer à l’unisson.

D’une salle d’hôpital au salon de musique, le parcours amoureux des personnages évoque chez Hugo Boris la retenue, la pudeur d’un baiser dans la nuque. Titre programmatique donc, qui annonce la sentimentalité poétique d’un roman à la fois grave, léger et voluptueux. Sans engouements mièvres ni déclarations compassées, Louis et son élève bravache se devinent et s’entendent, presque sans mots dire. Unis par la musique, leur liaison demeure inaudible. Le pied sur la sourdine, elle retient les notes, mesure ses gestes, contient ses émotions. Lui l’écoute, sourit et la reprend, auditeur d’une échappée musicale que précipite l’assourdissement du monde. Devant le clavier, il assiste Fanny dans sa naissance au silence, accompagne cette petite mort des sens, en traque les progrès dans ses harmoniques de sourde. Son dévouement n’est pas sans prix. Il cache un fétichisme inquiétant d’homme stérile qui cherche à atténuer sa blessure avec des mots de sage-femme. Seul, dans une maison isolée, aux abords des bois, le pianiste collectionne des bracelets en plastiques roses et bleus, qu’il noue les uns aux autres en une guirlande de prénoms.

Avec Le Baiser dans la nuque, Hugo Boris signe une première œuvre touchante et subtile, que traverse une sensualité ténue, presque aphone. Son écriture ouverte, suggestive, convie à la rêverie comme les notes à l’interprétation. Des phrases souvent brèves, piquées comme des croches, parfois lentes et étirées, dont les mots, les sons suspendus ou les silences en disent long sur le trouble des personnages. Si le texte cède par moment à la dissonance ou l’atonie, sacrifie sa force et son sens à l’allusion, l’auteur a trouvé la respiration qui sied à son univers, en laissant affleurer, par touches successives, la gamme des émotions. Une délicate mise au monde littéraire.

Le Baiser dans la nuque, Hugo Boris, août 2005, 220 pages.
Éditions Belfond.

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2 Réponses »

  1. Chère Dobrina Clabeaut,

    Je ne lis qu’aujourd’hui votre texte, dont je vous remercie sincèrement.
    Une délicate mise au monde littéraire ? Vous ne croyez pas si bien dire : vous avez publié ce texte le jour de mon anniversaire.

    Bien amicalement,

    Hugo Boris

  2. Cher Hugo Boris,

    J’ai eu le plaisir de découvrir votre message à mon retour de vacances. Je vous remercie de cette attention sincère, et espère vous lire prochainement.

    Excellente continuation.
    Amicalement,

    Dobrina Clabeaut.

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