Equilibre de Josépha
Par Pascaline Vallée • lun 21 nov 2005 • Categorie: SculptureJusqu’au 27 novembre à Annecy, et à partir du 15 novembre 2005 à Clermont-Ferrand
Rares sont les plasticiens contemporains qui s’engagent encore sur les chemins du figuratif. Josépha pour sa part, bien qu’elle ne revendique pas une volonté de réalisme, nous offre des visages et des formes reconnaissables et douces. Entrer dans l’atelier de cette artiste reviendrait à pénétrer un univers de conte de fées, peuplé de femmes aux mouvements souples, aux positions naïvement sensuelles, entremêlées dans une joyeuse atmosphère de fête. Equilibre, femme cuivrée aux formes pleines, fait partie de ces sculptures qui invitent l’œil et l’esprit à une parenthèse de légèreté.
En faisant de la femme son unique sujet, Josépha est passée maître dans l’art d’exalter son essence et ses allures mystérieuses. Ainsi Equilibre est bien plus le symbole d’un atout féminin que la énième statuette d’un art académique. Car le regard de l’artiste cherche une harmonie impalpable et nous transmet davantage que la beauté d’un corps.
En effet, une position que pourrait aussi bien prendre le modèle d’un Modigliani ou d’un Degas devient sous les doigts de Josépha l’expression d’une dimension supérieure. Car c’est un élan, une harmonie régénératrice qui se dégagent d’Equilibre. Ce rapprochement entre femme et équilibre métaphysique n’a d’ailleurs rien d’arbitraire. Les mythologies et la pensée en général n’utilisent-elles pas fréquemment l’image rassurante de la mère nourricière ? Par cette silhouette élancée, Josépha recrée une nouvelle sorte d’icône féminine, image harmonieuse et apaisante.
Souffle de vitalité, Equilibre fait honneur à son titre. Par la magie de la sculpture, la femme y semble en effet posée avec stabilité sur un support pourtant mince. Arqué en forme de lune, celui-ci fait contrepoids avec la silhouette légèrement penchée. Portée par la courbe du métal, la femme sculptée semble s’amuser de cette situation et prend une pose sensuelle appuyée par des gestes amples et sûrs. Ainsi positionnée, elle semble prête, par une imprévisible poussée, à s’envoler, laissant le métal dérouler son arc pour la propulser. L’équilibre n’est alors plus synonyme de la symétrie et de la rigidité classiques, mais se charge d’audace et de légèreté.
Pour appuyer cette harmonie des formes, le cuivre vient se parer d’arabesques en relief, habillage subtil. Omniprésents dans l’œuvre de Josépha, ces traits aux allures de dentelles sont l’héritage de son passé de modiste. L’artiste sait astucieusement habiller et souligner les formes épanouies de ses créatures. Celles-ci se voient ainsi vêtues de corsages, de jambières, ou de tresses judicieusement enroulées, et qui semblent faire partie intégrante du corps. Ces vêtements légers et discrets confèrent alors comme ici aux femmes sculptées des allures de fées.
Jouant admirablement avec la féminité, Josépha nous offre ici avec Equilibre la vision épanouie d’un être idéalisé. La grâce se fait divine, et les mouvements assurés, appuyés par l’harmonie de la matière, confèrent à cette femme une réelle vitalité, loin des canons académiques et de leur platitude.
Exposition du 7 octobre au 27 novembre 2005 à la galerie Platini à Annecy.
Exposition à partir du 15 novembre 2005 à la galerie Salvany à Clermont-Ferrand.
Technorati Tags: Josépha, Modigliani, Degas, Equilibre, Sculpture, Critique, Opinion, Culture
Pascaline Vallée est une ancienne rédactrice Arts du magazine.
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