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Le jardin des Tuileries (suite et fin)

Par Pascaline Vallée • lun 5 déc 2005 • Categorie: Sculpture

Le jardin des Tuileries recèle bien des rencontres et des surprises. Loin de la poussière des musées, les sculpteurs contemporains s’amusent parfois à nous surprendre dans notre environnement. Ainsi Guiseppe Penone, avec son Arbre des voyelles, rend l’art quasiment invisible et invite à une réflexion sur cette qualité. L’art est plus présent qu’on ne le croit, et c’est parfois au spectateur de devenir actif pour le déceler. Dans un tout autre registre, le pimpant Coup de chapeau II et la linéaire Galatea de Roy Lichtenstein se font quant à eux remarquer, en agrémentant le parc d’un air de Bandes Dessinées.

Élément tout droit sorti des comic’s américain, le Coup de chapeau II témoigne de la vague du Pop Art qui toucha Les États-Unis dans les années 1960. À cette époque, les artistes réagissaient à l’apathie générale et à la domination de l’art abstrait en puisant leur inspiration au cœur de la vie quotidienne. On retrouve d’ailleurs cette opposition au sein même du jardin, en confrontant l’œuvre de Lichtenstein à l’étrange Roaring forties de Carl Andre, juxtaposition de plaques d’acier sans volume. Face à cet art plat, on ne peut plus abstrait, le Coup de Chapeau II symbolise le dynamisme, et la force de l’élément figuratif.

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Lichtenstein applique dans cette sculpture tardive sa technique longuement développée en peinture, qui consiste à isoler une vignette de BD en la portant au grand format. Sans aucune revendication réaliste, l’artiste replace dans son contexte tridimensionnel un élément concret : le chapeau. Mais si celui-ci s’élève bien dans les airs, la poussée qui l’y projette révèle par sa matérialisation l’aspect factice de l’œuvre. L’utilisation exclusive des couleurs primaires, soulignées par un contour noir, renvoie explicitement au monde de la Bande Dessinée. Élément narratif, le Coup de chapeau II ne possède donc pas de réelle revendication artistique, mais semble plutôt être un clin d’œil de l’artiste à lui-même, une sorte de signature devenue elle-même œuvre d’art.

Galatea en revanche, manifeste une recherche formelle beaucoup plus intéressante. En effet, elle est le fruit de l’évolution de l’artiste. Délaissant l’art figuratif, celui-ci se dirige avec cette sculpture vers une conception minimaliste. Car cette courbe coloriée représente en fait une femme enceinte, n’en conservant que les traits caractéristiques (cheveux, seins, ventre). Cette démarche, bien que plus explicitée, reste liée aux travaux précédents de l’artiste, la BD s’attachant à styliser plus ou moins les éléments.

Cependant, ainsi développé, l’art de Lichtenstein acquiert une dimension nouvelle, celle de la créativité. Car, bien qu’elles soient plus personnelles qu’on ne le pense, les œuvres tirées de BD conservent un caractère d’illustration, de copie, ne suscitant aucune réflexion. Galatea en revanche, contient une réelle ouverture artistique. Interrogeant davantage le spectateur, elle motive ses réflexions ou sa rêverie. Car on peut suivre lentement son trait et ses détours comme la chute paradoxalement inversée d’une feuille morte. Faut-il y voir la métaphore d’un art qu’on croirait mort et qui au contraire s’élèverait ?

Quoi qu’il en soit, ces deux œuvres, de manière différente, représentent un élan dynamique vers l’ouverture qu’est le ciel de Paris. Véritables sursauts, elles invitent le spectateur à s’éveiller d’un état passif pour aller vers l’art et y chercher un enrichissement.

Coup de Chapeau II, Roy Lichtenstein, sculpture en bronze peint, 1996.
Galatea, Roy Lichtenstein.
Crédit photographique : Pascaline Vallée.

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Pascaline Vallée est une ancienne rédactrice Arts du magazine.
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