Propped de Jenny Saville
Par Pascaline Vallée • lun 12 déc 2005 • Categorie: Art Contemporain, Peinture/DessinLes Parnassiens prônaient la valorisation de sujets jugés hideux. Jenny Saville, auteur d’œuvres aux traits difformes, en serait la digne héritière. Dans un environnement où domine l’idéal d’une silhouette mince, la peintre choisit en effet de représenter des corps obèses, vus sous un angle amplificateur. C’est le cas de Propped, nu féminin sans embellie.
Mains croisées, crispées sur des cuisses difformes, tête légèrement inclinée et bouche ouverte, la femme obèse semble pousser un cri rauque de monstre souffrant. Pour accentuer son gigantisme, la vue est en contre-plongée, et le cadre coupe le sommet de son crâne. Ainsi, ce qui aurait pu être une œuvre suave (une femme nue offrant sa gorge) n’exprime plus aucune sensualité.
Car le but de Jenny Saville n’est pas de fournir une œuvre esthétique.
On a souvent rapproché ses oeuvres de celles de Lucian Freud, petit fils du célèbre psychanalyste, qui proscrivait toute idéalisation. Mais contrairement au peintre britannique, son travail reste stérile par manque de profondeur. Freud voulait que l’expression émerge du corps lui-même, et lui accordait pour cela une place centrale en le dégageant de tout artifice. Des décors inexistants ou simples, un coup de crayon attentif et des couleurs certes cadavériques mais non agressives lui permettaient d’atteindre son but.
Mais là où Freud donnait naissance à une peinture expressive, Jenny Saville ne réussit qu’à obtenir un grotesque pastiche de la réalité. Que peut exprimer d’humain un corps déformé et gonflé à outrance ? Suspendu dans un fond sans ligne de fuite, le sujet semble vu à travers un verre grossissant qui donne aux pieds et aux genoux des dimensions disproportionnées, accentuées par la hauteur démesurée du tabouret. De plus, la grande luminosité de l’ensemble donne au corps des couleurs irréelles, et estompe les contrastes avec le fond. Ces effets contribuent à égarer l’œil du spectateur, qui se retrouve perdu dans la masse du corps. Ici, le réalisme ne fonctionne plus et par conséquent, le message ne passe pas.
Pour appuyer son propos, Jenny Saville utilise pourtant un moyen supplémentaire en gravant à même la toile des citations de Luce Irigaray, féministe française. Cependant, le spectateur non averti ne les décèle pas et quoi qu’il en soit, ne peut les déchiffrer.
Sensée rendre justice aux personnes dévalorisées par leur obésité, Jenny Saville tombe dans la démesure et réussit davantage à créer un sentiment de dégoût. S’opposer au dictat des apparences est assurément une noble cause, mais l’effet désiré n’est sans doute pas atteint. Propped ressemble à une étude de nu ordinaire, ce qui rend beaucoup moins perceptible sa revendication. En cela, le spectateur est poussé à réagir dans le sens opposé à celui désiré. Pour qui regrette le regard de désillusion que portent beaucoup d’artistes sur le monde contemporain, l’œuvre de Jenny Saville semble pousser le désenchantement à son paroxysme.
L’artiste rencontre pourtant un réel succès aux USA, ou son travail apparaît pour ses admirateurs comme un réel combat féministe. Preuve en est la somme record et mirobolante (585.875€) de sa figure 11.23, vendue en 2002 chez Christie’s. Question de culture ?
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Se cacher derrière un article pseudo intellectuel de merde ne te donne pas raison et je serais toi j’abandonnerai les critiques d’art. Jenny Saville t’échappe, son oeuvre aussi. Et tes ressentis ne concernent que toi. (pour information l’acquereur principal de ces oeuvres n’est pas américain). Si tu fais la même interprétation et caricature des états unis on comprend mieux la médiocrité de tes propos. A ne plus te lire. Cordialement
Ne jouez-vous pas le jeu que vous dénoncez en m’attaquant personellement?
Si je n’ai pas “compris” Jenny Saville, merci de me (nous) l’expliquer.
Tout aussi cordialement
Prenez l’exemple de son autoportrait. Plus que Lucian Freud, Jenny Saville se réfère à de Kooning, qui, lui aussi traitait les corps de femmes en peinture avec violence et acharnement. C’est extrêmement bien peint, avec tous les détails de la peau, les petites imperfections, le bouton noir au milieu du dos. Le cadre limite le corps, son nez s’écrase contre le bord de la toile, mais son corps déborde ailleurs. L’angle de vue est inhabituel, pour dire le moins, elle peint d’après une photo prise d’elle par un assistant. Certainement l’autoportrait le plus dérangeant de ces dernières années. Prenez un pinceau Pascaline et nous en reparlerons…car la peinture ne se juge pas avec des mots elle se ressent. “La peinture, c’est comme la merde ; ça se sent, ça ne s’explique pas.[Henri de Toulouse-Lautrec]“, et quoi de mieux que de se coller au pinceau pour en parler et ne pas tomber dans des articles aussi bien écrit qu’injustes…