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Scandale Mélancolique de Hubert-Félix Thiéfaine

Par Labosonic • jeu 15 déc 2005 • Categorie: Musique
Album sorti en octobre 2005

Hubert-Félix Thiéfaine était jusqu’à présent le secret le mieux gardé de la chanson française. Depuis vingt-sept ans qu’il a débuté, il a accumulé vingt albums dont six lives. Il a surtout la caractéristique hors du commun de ne jamais passer par le circuit promotionnel classique qui consisterait à écouter le discours compassé, hargneux ou provocateur d’un animateur télé. Les disques de celui que ses nombreux fans surnomment HFT, basaient leur succès sur un bouche à oreille de premier ordre. Le chanteur jurassien était une référence qu’on ne se donnait que de fans à initiés, un secret de polichinelle sur fond de rock avec des textes, d’une poésie à la fois elliptique et surréaliste.
Scandale Mélancolique, son nouvel album, échappe à cette coutume qui, jusqu’à présent, régissait la carrière de Thiéfaine. C’est un album de collaborations avec les représentants d’une nouvelle forme de chanson française et un plan marketing opportun l’a fait plus passer à la télévision en deux semaines qu’en vingt années de carrière. Sur ce CD, on trouve les noms d’artistes déjà fameux à la composition : Cali, Mickey 3D, Jipé Nataf et bien entendu l’inévitable -M- qui y joue du banjo. On découvre les prometteurs rockeurs d’Elista et retrouve même les paroles d’un ancêtre : Boris Bergman, parolier entre autres, de Christophe, Alain Bashung ou Paul Personne. Avec de tels invités et sa carrière, HFT accède aux plateaux des prime time et même le plus inculte des présentateurs télé trouvera bien une bonne question à poser.

Mais l’écoute de Scandale Mélancolique justifie-t-elle une telle surexposition de celui qui n’en a finalement jamais eu besoin pour remplir des salles ?

Libido Moriendi, le morceau d’ouverture, fait de bien belles promesses. Cette nostalgique et sombre balade sur le thème de la séparation permet au verbe de Thiéfaine de s’épanouir à loisir. On y retrouve la patte du grand parolier qu’il est au travers de métaphores dont lui seul à le secret : « chiens vitreux de la peur » ou « ultime prédatrice dans sa robe de vamp araignée. »
La magnifique musique qu’Elista a composé à la manière de Noir Désir pour Télégramme 2003, donne l’occasion d’une missive émouvante de Thiéfaine à Bertrand Cantat, le rockeur français écorché si vif qu’il en a cassé tous ses jouets.
Confessions d’un Never-Been s’impose dès la première écoute comme le chef-d’œuvre de l’album. La musique y est discrète, alternant piano mélancolique et guitares aux sons rock ou acoustiques, ajoutant quelques trouvailles ici ou là : une légère explosion électronique vers la fin et surtout une respiration en guise de break rythmique. Le texte est lui aussi très inspiré : autoportrait verbal de celui qui y avoue avoir volé son âme à un clown. Cette énième variation sur le thème du malaise de l’artiste après sa sortie de scène laisse très loin derrière tous les autres coups de blues déjà chantés : du Chanteur abandonné de Johnny Hallyday au Mal aimé de Claude François.

Gynécées, le duo avec Cali, est ce qu’il convient d’appeler une collaboration réussie mais n’en demeure pas moins hélas un morceau raté. Le télescopage de ces deux univers ne prend pas : Cali, qui trouve ses marques dans l’énergie de la mélodie, n’apporte aucun relief au très joli texte d’un Thiéfaine qui lui peine visiblement à placer ses mots sur une musique qui ne lui convient que peu.
Le jeu de la Folie, Loin des temples en marbre de lune, When Maurice meets Alice et même Scandale mélancolique, chacun à leurs manières, sont un peu dans la même veine. Des chœurs omniprésents et superflus gâchent un texte qui aurait sans doute gagné à être mieux mis en valeur par d’autres orchestrations, voire même d’autres mélodies.

Une grande chanson n’est peut-être simplement que la rencontre d’un interprète, d’un texte et d’une musique. Thiéfaine est assurément un grand chanteur mais l’alchimie a du mal à prendre sur un album qui est réellement inégal, bien que sa voix soit irréprochable et ses textes impeccables. La simple écoute de That angry man on the pier que Bergman a écrit pour lui montre à quel point seuls ses mots et, peut-être aussi ceux de Léo Ferré qu’il adore, sont adaptés à son chant. Mais, trop souvent, ni la musique, ni les orchestrations que d’autres ont imposés ne lui permettent de donner toute la mesure de son talent. Comme un peintre se pliant à l’exercice difficile du tableau de commande, HFT fait le grand écart entre des mélodies parfois résolument prêt-à-porter et des paroles sur mesure qu’il est à la fois le seul à pouvoir écrire et chanter.

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Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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