Ultimates : le renouveau de la Marvel
Par Julien Meyrat • mar 20 déc 2005 • Categorie: Bande Dessinée / MangasPublié en décembre 2005
Considérant le succès plus ou moins mérité des adaptations cinématographiques de leurs bandes dessinées (Spider-Man et X-Men bien sûr, mais aussi Punisher, Daredevil, Fantastic Four et autres Elektra…), les éditions Marvel ont jugé bon de rajeunir un peu leur lectorat. Pour ce faire, une idée simple mais porteuse : reprendre à zéro les destinées des plus grands héros. Résultat : quatre séries recadrées pour les années 2000 dans le cadre de la ligne « Ultimate », aboutissant à Ultimate Spider-Man, Ultimate X-Men, Ultimate Fantastic Four et, titre paradoxalement le plus original, Ultimates.
Ultimates aurait pu s’appeler Ultimate Avengers. Le comics reprend en effet la genèse des Vengeurs (Avengers en VO), célèbre groupe de héros rassemblant Captain America, Thor, Iron-Man et pas mal d’autres. Un regroupement de pointures difficile à remettre au goût du jour : avec un chef comme Captain America, personnage aux idéaux aussi primaires que les couleurs qu’il arbore, la série accusait un côté assez « patriote ». La Marvel a eu la bonne idée de faire appel à un scénariste loin d’être à la botte du gouvernement : Mark Millar.
Connu notamment pour son travail anarchisant sur la série The Authority, Millar n’a pas vraiment la réputation d’un premier communiant. L’univers Marvel étant riche et plein d’opportunités, l’auteur s’est lancé dans l’aventure avec la ferme intention d’en finir avec le manichéisme. Le ton est donné d’emblée : le personnage principal de la série ne porte pas de collants mais du Armani, il n’est pas WASP mais noir sorti des ghettos, ce n’est pas un gentil savant fou mais un militaire. Son nom est Fury, Nick Fury, général en chef du SHIELD (sorte de CIA en mieux équipé et chargé – entre autres – de gérer les affaires en rapport avec les méta-humains). Dans un contexte trouble où les super héros (Spider-Man et X-Men en tête) se baladent sans surveillance et où les super vilains menacent l’ordre national (dans le premier cycle d’Ultimate X-Men, Magnéto humiliait publiquement le président américain), l’État se doit de disposer d’une force de frappe efficace.
Fury relance donc le programme « super soldat » interrompu à la fin de la seconde guerre mondiale par la perte tragique de Captain America, arme ultime des États-Unis. Pour l’instant, les résultats sont peu probants : le docteur Bruce Banner n’a réussi qu’à se transformer en Hulk, un monstre vert destructeur, et les professeurs Hank et Janet Pym savent désormais devenir respectivement très grand (Giant-Man) et très petite (la Guêpe). Rien de bien glorieux pour trois scientifiques pas vraiment taillés pour combattre les terroristes. Tout bascule le jour où on repêche miraculeusement Captain America de l’océan…
Millar accumule les coups de génie : déjà, il rend chaque personnage extrêmement humain et ne fait d’aucun un être positif et bêtement charismatique. Chacun de nos « héros » possède des côtés attachants mais aussi bien assez de défauts pour mériter le qualificatif de pauvre type. Banner est un faible qui trouve un exutoire dans la force brutale de son alter ego, Pym bat sa femme, Tony Stark, alias Iron-Man, est un alcoolique notoire et Thor est persuadé d’être la réincarnation du dieu viking du même nom. S’ajoute par la suite un certain nombre de personnages peu recommandables, apparentés à l’espionnage et au meurtre commandité (la Veuve Noire, Œil de Faucon, Vif-Argent, la Sorcière Rouge…) et pourtant présentés au grand public comme des héros. Le tout sous la houlette d’un capitaine Amérique encore ancré dans sa logique binaire des années 40 et incapable de comprendre que le monde a changé. Y aurait-il un message caché ? L’utilisation du terme « terroriste » pour désigner la plupart des vilains renforce encore plus le parallèle évident avec l’actualité.
Le personnage de Nick Fury, qui dirige tout en sous-main, est lui aussi un modèle d’ambiguïté. On ne sait très vite plus si on doit admirer ou détester ce « salaud magnifique » représenté sous les traits de Samuel L. Jackson. D’autant que ce personnage fait souvent le lien avec les autres séries Ultimate où il est tout aussi difficile à cerner, manipulant le monde à sa guise pour le compte de son gouvernement. Également présent, le président Bush est rendu tour à tour ridicule ou sérieux selon la situation (une case le représente notamment avec Hank Pym ironisant dans son dos en brandissant un bretzel). On savait que Millar n’était pas pro-Bush mais rarement il l’aura exprimé avec autant d’éclat. C’est d’autant plus intéressant dans une bande dessinée grand public paraissant outre-atlantique.
L’intrigue (se hasardant vers une guerre contre les extra-terrestres) est de peu d’intérêt à côté des véritables enjeux de la série, qu’ils relèvent de la politique ou des interactions entre personnages. Aux crayons, Brian Hitch (The Authority) nous sert ce qui va peut-être rester comme quelques-unes des plus belles planches du neuvième art américain. Son trait hyperréaliste emporte complètement le lecteur dans l’aventure. On regrettera juste un très léger statisme dans les poses, plus dû au parti pris graphique qu’à une quelconque faiblesse de l’artiste. Les couleurs également sublimes achèvent de transcender une œuvre phare, sans doute le meilleur comics grand public du moment. L’idée de Marvel France de proposer une compilation du premier cycle est à saluer chapeau bien bas, surtout en ces périodes de fêtes où l’on peut hésiter sur le choix des cadeaux…
Ultimates, scénario Mark Millar, dessins Brian Hitch, intégrale aux éditions Marvel Panini France, décembre 2005.
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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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Tres fine analyse, moi aui ai été élévé aux comics et autres Marvel.
C’est vrais que grâce aux cinéma ils reviennent à la mode et comme d’habitude c’est trés interressant de voir les débuts de chaqun.
L’idée de les confronter n’existe que dans les B.D (et bientôt au cinéma avec Batman VS superman).
En dehors du super héro et de ses super pouvoirs, il y a toujours une morale et c’est pour cela que ça fonctionne aussi bien à tout age.
Le cinéma ne fait pas que du bien aux comics : le film de Daredevil a sans doute fait fuir nombre de lecteurs potentiels, les éloignant des petites merveilles de Miller, Smith ou Bendis. Idem pour les malheureux spectateur du Punisher qui ne retrouveront pas le millième de l’intérêt de la version de Garth Ennis.
D’ailleurs, ça tombe bien, il se trouve qu’Ultimates va être adapté sous un autre format : le film d’animation. Sous le titre Ultimate Avengers, comme par hasard. Bande annonce disponible au http://austinfinder.free.fr/ultimate/downloads/uavengers/ultimateavengers_trailer.avi
A première vue, le résultat a l’air de tenir la route.
[...] Scénariste d’Ultimates et d’Authority, Mark Millar n’a jamais fait dans la dentelle quand il s’agissait d’attaquer l’hégémonie politique et militaire des États-Unis. Avec Chosen, il s’en prend maintenant à la religion chrétienne. Un jeune garçon vivant dans une petite ville américaine semble investi de pouvoirs divins. Réincarnation du Messie ? Tout porte à le croire. Un brûlot intelligent, sans concession et à lire jusqu’au bout pour bien en savourer toute l’amertume. Chosen : L’Élu, scénario Mark Millar, dessins Pete Gross, éditions Bamboo, collection Angle Comics. (JM) [...]