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Les Trois Accords - Gros Mammouth Album

Par Labosonic • jeu 29 déc 2005 • Categorie: Musique

Album sorti en octobre 2005

Les Trois Accords est un groupe québécois qui gagne largement à être connu. Le ridicule de leur nom laisse apparaître un énorme sens de la dérision mais cache (mal) une des règles d’or du rock : nul n’est besoin d’être virtuose pour réaliser des chefs-d’œuvre du genre. Les Sonic Youth, quand ils reprenaient le Ça plane pour moi de Plastic Bertrand, composé d’une seule note, l’avaient bien compris. Trois accords de guitare sont largement suffisants pour réaliser une bonne chanson voire un bon album, l’essentiel du rock n’étant ni dans la musique, ni dans les paroles, juste dans ce qu’on pourrait appeler l’attitude : une somme de détails et de petits à-côté qui font qu’aussi belle que fut la voix d’Elvis Presley, ce fut son déhanché ravageur et sa coiffure qui firent son succès.

Le Gros mammouth album constitue le premier opus de ce groupe qui décline son talent sur deux axes majeurs : l’énergie et les paroles les plus débiles du monde. Sur leur disque s’éparpillent donc une quinzaine de chansons avec des mélodies simples et efficaces qui font la base du rock : une section basse-batterie rudimentaire qui fait écho à des déluges de guitare électrique et parfois un kazoo, instrument mythique de tous les musiciens qui ne connaissent que trois accords. À ces musiques simplistes et toujours limpides qui constituent le secret des plus grands s’ajoutent des textes aux rimes riches. Super bon, orchestré comme une ballade, est une chanson d’amour au romantisme exacerbé : « Je ne comprends pas pourquoi le blanc de tes dents est aussi grand que l’océan. »

Hawaïenne débute dans une ambiance yukulélé avant d’offrir une parodie de hard-rock en règle, avec un chorus braillé par le chanteur dont on ignore s’il imite un animal égorgé ou Bernie Bonvoisin chantant Antisocial à la grande époque de Trust. Lucille, sous prétexte d’une longue énumération à peine exagérée de symptômes de l’état amoureux, s’affirme comme une excellente composition digne d’Offspring. Ho ma jolie est un rock d’une efficacité absolue dont les paroles, plaidoyer pour l’obésité, cachent mal un solo des plus brillants.
Bateau est un exemple de parfaite maîtrise musicale de tous les codes inhérents au genre : percussions judicieusement placées, guitares impeccables et refrains en chœur qui restent dans la tête longtemps après l’écoute. Mais la plus belle chanson de l’album est sans aucun doute Saskatchewan, nostalgique cri de douleur d’un amoureux trompé, aux faux accents de Red Hot Chili Peppers.

Au fil de l’écoute de l’album, on hésite entre l’admiration devant les compositions d’une efficacité redoutable et la consternation due à des paroles d’un ridicule absolu. Et c’est finalement tout ce qui fait le charme de cet album. Il a toutes les qualités des meilleurs albums de rock anglo-saxons, dont la force mélodique pousse à reprendre les paroles sans même prendre le temps de les comprendre. Ses paroles, aussi ridicules ou absurdes soient-elles, dépassent de loin le niveau moyen général du rock Made in France. Supplantés les rigolos, tendance chanson paillarde, Elmer Food Beat ou les VRP ; battus à plates coutures, les contestataire à deux sous : Noir Désir ou autres Manu Chao, pseudo alter-mondialistes, prompts à contester un système de maisons de disques omnipotentes mais incapables de survivre sans elles ; les Trois Accords sont loin devant les soi-disant rockers, Kyo, -M- ou autres avatars de la télé-réalité calibrés et formatés, loin devant tout le monde, ils ont de la classe, de celle de feu les Garçons Bouchers ou de l’inaltérable Didier Wampas.

Gros mammouth album est sorti pour la première fois en 2003, ça fait donc déjà un petit bout de temps que les Québécois peuvent se le procurer et s’injecter leur dose d’hilarité quotidienne en méditant sur des chansons-manifestes comme Vraiment beau qui dévoilent des vérités aussi profondes que « La soumission n’est pas une option pour ceux qui ont une moustache de champion. ». Les Trois Accords commencent à faire du bruit de ce côté de l’Atlantique. Dès à présent, en prélude à une tournée française qui mérite largement qu’on aille les voir sur scène, vous pouvez demander leur album à votre marchand préféré. Parions qu’en l’achetant en ce début d’année 2006, vous serez parmi les premiers initiés à savoir prononcer correctement le mot « Saskatchewan » qui sera sur toutes les lèvres des fans de rock dans les mois à venir.

Gros mammouth album, les Trois Accords, éditions V2 Records.

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Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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5 Réponses »

  1. Un message de l’autre côté de l’Atlantique, pour apprécier cette critique qui a su retracer l’essence même des Trois Accords. Vous répondez positivement à cette question fondamentale qu’on se posait ici au Québec : est-ce que les français comprendront?

    Agréable de constater la percée du groupe chez vous. Profitez-en!

  2. Très bon texte! Vraiment! Bon succès au trois acccords en France!

  3. [...] Les Trois accords débarquent en France pour une tournée qui promet d’être Turbo sympathique : huit dates du 28 Janvier au 9 Février. Pour moins de quinze euros, on peut encore aller écouter des gens qui font du rock et ont partagé la scène avec Marroon Five et les Rolling Stones. Renseignements et réservations chez Nouna Prod [...]

  4. [...] En musique, réaliser un bon album du premier coup n’est pas chose aisée mais réussir ses passages sur scène est encore plus ardu. Le concert des Trois accords de ce vendredi 3 février suscitait une vraie curiosité pour de multiples raisons. Leur Gros Mammouth Album apportait une fraîcheur inconnue dans le paysage musical hexagonal. Mais malgré leur excellente réputation en concert, rapportée par la presse et les internautes enthousiastes, le public français allait-il adhérer à ces délires québécois ? La simple vue de l’Elysée Montmartre rempli de fans, pour certains déguisés en hawaïenne avec des colliers de fleur, ne pouvait que rassurer les observateurs sur le public et son enthousiasme. L’arrivée des cinq gars de Drummondville sur scène allait prouver que le “Mieux qu’Elvis” inscrit sur l’affiche n’était pas qu’un slogan en forme de blague. [...]

  5. tout les titres sont bons; rien n’ est a jeter… ne ratez pas l’occasion d’aller les voir en concert !!!

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