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One down, One Up de John Coltrane

Par Labosonic • jeu 5 jan 2006 • Categorie: Musique

Album sorti en octobre 2005

Dire que le jazz est avant tout une musique de clubs embrumés par les vapeurs d’alcool et la fumée de cigarettes, relève du cliché musical : simplificateur à l’extrême. Pourtant, il faut bien avouer que l’arrivée d’un format comme le disque compact a remis cela au goût du jour. En cassant la barrière mythique de la contrainte de temps (les fameuses trente minutes par face de disque vinyle), on a pu découvrir des rééditions de qualité. Même les plus grands standards que l’on croyait éternels disposaient de nombreuses prises alternatives. La sélection finale, ayant constitué tel ou tel album mythique, était finalement beaucoup plus subjective qu’il n’y paraissait. Et le cliché, aussi éculé soit-il, prouvait qu’il contenait une part de réelle vérité : le jazz, musique improvisée par essence, a toujours laissé la part belle à l’imprévu. C’est lors de concerts interminables qu’il prend toute sa dimension : à la fois fugace et virtuose.

One Down, One Up est l’enregistrement en 1965 de deux sessions, dans le club new-yorkais du Half Note. John Coltrane y jouait, accompagné de McCoy Tyner au piano, Jimmy Garrison à la basse et Elvin Jones à la batterie, pour le public et les besoins d’une émission radiodiffusée. Les deux disques vous immergent dans l’ambiance de deux soirées de printemps où la musique fut reine et l’atmosphère centrée autour d’un homme et de ses saxophones qu’ils soient ténors ou sopranos.

Coltrane, qu’on surnommait alors en France “le jeune homme qui joue trop de notes”, est à l’époque à un point clé de sa carrière. En 1965, il ne s’est pas encore totalement affranchi de l’influence du big-band de ses aînés, ni de ses aventures précédentes avec Miles Davis et Thelonious Monk. Sa philosophie du jazz est encore en construction : on assiste plus ou moins à ce qui sera sa grande contribution à la musique improvisée avec le Free Jazz, manifeste pour l’implosion des codes inhérents au genre. Sur les quatre morceaux présentés, il offre la quintessence de son talent dans un exercice à base de soli virtuoses. Tyner, Garrisson et Jones ne semblent dans le club que pour accompagner John qui s’époumone dans son instrument, et ne concède que quelques parties à ses compagnons. Le quartet explosera d’ailleurs dans les mois qui suivirent.

One Down, One Up n’est finalement que l’enregistrement d’un homme et de son instrument. Mais quel homme ! John Coltrane souffle à perdre haleine dans la anche de son sax pour y insuffler son âme, lui faisant produire des sonorités hors du commun : hurlements suraigus dont lui seul a le secret ou torrents de sons brefs auxquels il laisse à peine le temps de s’épanouir. Plus encore que les prouesses sonores, le style Coltrane est dans cette sorte de bégaiement musical, cette urgence absolue de jouer les notes : à toute allure, trop vite, comme s’il était porté déjà par toutes les suivantes.

One Down, One Up, qui donne son nom à l’album, est aussi à défaut d’être le morceau le plus réussi de tous, le plus significatif. C’est un lent glissement du style un peu convenu dont Coltrane essaye de s’affranchir vers sa vision propre du jazz : foisonnant terrain de jeu pour les délires de l’interprète. Vingt-huit minutes d’un jazz riche, libre, mais pas encore tout à fait Free Jazz. Song of Praise, dans une lignée différente, est lui aussi monumental durant près de vingt minutes, annonciateur d’une session très inspirée et d’un My Favorite Things mythique.

L’enregistrement est, comme souvent à cet époque, entrecoupé de toussotements ou commentaires du public. La stéréo y est plus que primaire : sections rythmique des deux côtés, saxophones à droite et piano à gauche, les basses mixées trop en arrière. Mais ce n’est pas ce qui constitue le gros handicap de ce disque : la contrainte de diffusion de l’émission de radio donne hélas au présentateur par deux fois le sombre privilège d’interrompre Coltrane au sommet de son art. Si l’on peut tolérer un enregistrement d’époque, il laisse cependant sur sa faim l’auditeur qui ne supportera qu’avec peine d’entendre My Favorite Things et Afro Blue ainsi amputées.
L’album ne vaut finalement que par le génie de l’interprète et la marche à pas de géant qu’il effectue vers son idéal. Dommage que son côté fond de tiroir mal fini ne rende pas à leurs justes valeurs l’atmosphère des deux sets et les abrège, pouvant ainsi rebuter les néophytes.

One Down, one Up, live at The Half Note, de John Coltrane, chez Verve Music/Impulse Records, enregistrements de 1965.

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