La Disparue de Noël d’Anne Perry
Par Dobrina Clabeaut • ven 6 jan 2006 • Categorie: LittératurePublié en novembre 2005
Anne Perry publie un roman policier hors série. Le temps d’un étrange voyage dans les Highlands, une initiation au polar victorien.
Dans les sphères huppées de l’Angleterre du 19ème siècle, les soirées passent et se ressemblent. Salutations, sourires crispés et révérences s’y échangent par convention, entre automates de la bienséance. Une société close, hostile au monde extérieur, qui perpétue avec ses titres un culte immuable du paraître. Et étanche sans scrupules sa soif de ragots et de cancans. Isobel Alvie connaît ces mécanismes. Célibataire en mal de beaux partis, cette langue de vipère s’est toujours tenue dans le respect de l’étiquette, en jouant de l’hypocrisie comme d’une arme. Pourtant, en ce soir de décembre, parmi les quelques convives réfugiés dans une résidence de campagne à Applecross, elle adresse une remarque acerbe à une jeune veuve nommée Gwendolen. Les intérêts amoureux de cette dernière, avide de convoler à nouveau, sont mis en doute sous les yeux de son prétendant. Désavouée par les autres invités, l’inconvenante Isobel devra présenter ses excuses. Mais la portée des mots égale parfois celle des gestes. Le lendemain matin, le corps inerte du souffre-douleur est retrouvé, noyé dans l’étang. Ce suicide inattendu désigne Isobel à la vindicte mondaine. Aux yeux de tous, elle est l’unique responsable de cet acte désespéré. L’ostracisme sera son châtiment. Alors, pour racheter sa faute et prévenir son bannissement, Vespasia plaide en faveur d’une peine singulière. Isobel devra d’accomplir un voyage expiatoire vers l’Écosse pour annoncer à la mère de Gwendolen la triste nouvelle.

La Disparue de Noël met en scène un personnage déjà connu des lecteurs d’Anne Perry. L’indomptable Lady Vespasia, auguste aïeule de Charlotte dans la série dite des « Thomas Pitt », apparaît ici sous un jour inédit. Cette comtesse téméraire, « la plus belle femme d’Europe » aux dires du prince Albert, a pris part à la révolte romaine de 1848, et entretenu une liaison sulfureuse avec un jeune républicain. Caractère bien trempé, un tantinet désabusé quant aux vertus de la noblesse, Vespasia est l’héroïne véritable du récit. Une figure de proue qui séduira les néophytes dans son rôle de cicérone en jupons.
Car l’altière anglaise a seule choisi de soutenir l’accusée au cours du chemin de croix qu’elle doit entreprendre, jusqu’à sa rédemption. Un périple hautement symbolique, inspiré des procès moyenâgeux. Pour prétendre au pardon de sa faute, le criminel pouvait dans certains cas laver ses péchés en accomplissant un pèlerinage éprouvant. Marche vers l’inconnu qui n’est pas exempte de suspens et d’interrogations. De Londres aux territoires sauvages du Nord, l’inquiétude des deux femmes grandit à mesure que s’approche le terme de leur mission.
La Disparue de Noël est ainsi une fable éthique, un appel à la clémence des juges qu’incarnent ses quelques personnages, souvent inflexibles et hautains. De l’Écosse où elle a elle-même trouvé refuge, Anne Perry plaide en faveur de la présomption d’innocence, du pardon des proscrits et de leur réhabilitation. Sa tribune romanesque, fidèle à son univers, mérite la curiosité du lecteur, et son attention.
La Disparue de Noël, Anne Perry, éditions 10/18, collection Grands Détectives.
Crédit photographique : éditions 10/18 et Antoine Kralik.
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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Littérature du magazine.
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