Brokeback Mountain d’Annie Proulx
Par Marie Guyot • ven 13 jan 2006 • Categorie: LittératurePublié le 3 janvier 2006
C’est à une partie des États-Unis à laquelle on aimerait ne pas trop penser qu’Annie Proulx s’attache dans sa nouvelle Brokeback Mountain. Celle de quelques redneck éparpillés dans un coin du pays qui nous font immanquablement penser au très dur Deliverance de John Boorman.
Mais en brossant le portrait d’Ennis et de Jack, l’écrivain nous rappelle au contraire qu’il existe quelques cow-boys qui réussissent avec peine à survivre grâce à leur ranch et qui ont tout de même l’esprit un petit peu plus ouvert que celui de quelques bouseux dont les coups partent vite.

Avec des phrases parfois courtes et sèches et des verbes qui se retrouvent par moments seuls pour assumer un dialogue sans sujet (mais faut-il réellement tirer ce genre de conclusion sur une traduction?), Annie Proulx réussit rapidement à nous plonger dans l’univers des deux héros qui, alors qu’ils n’ont même pas encore vingt ans, ont déjà été rongés jusqu’à l’os par la vie.
En choisissant de ne pas tout décrire, en racontant une vingtaine d’années sur quatre-vingt dix pages, l’auteur laisse au lecteur le soin de remplir les vides. Ce choix relativement extrême dans cette nouvelle aurait pu en conséquence exclure le lecteur du récit, mais c’est l’effet inverse qui se produit puisque cela nous donne envie de mieux connaître Jack et Ennis.
Racontant avec une certaine bestialité (mais sans détail, ce n’est pas un roman de gare) les ébats des deux jeunes hommes, Brokeback Mountain s’attache à dénoncer les conventions sociales lorsqu’elles nous empêchent de vivre un sentiment que nous ne pouvons pas contrôler.
Car si Jack et (surtout) Ennis refusent de s’accepter en tant qu’homosexuels, se cachant derrière leur désir toujours vivant pour les femmes, c’est avant tout par peur du regard de l’autre, regard qui ne fait que masquer une possibilité de mort.
C’est cette intolérance du peuple états-unien qu’Annie Proulx souligne dans son livre, et toute la force de cette nouvelle est de nous montrer que nous ne sommes pas loin en France d’une telle situation, le rejet de l’autre étant d’une manière générale nourri par la peur de la différence.
L’homosexualité est donc ramenée ici à sa juste valeur, le fruit d’un amour, et non un risque pour les hommes qui marchent dans le droit chemin d’être sauvagement violés dans l’ombre.

Tournant au départ autour de l’idée que si l’on ne peut pas changer quelque chose il faut s’y habituer, Brokeback Mountain s’évertue donc peu à peu au contraire à nous démontrer qu’il ne faut jamais s’arrêter de se battre contre ce qui nous empêche de vivre en harmonie avec notre cœur.
Une nouvelle militante sans en avoir l’air, à mettre entre toutes les mains.
Brokeback Mountain, Annie Proulx, éditions Grasset, 96 pages.
Crédit photographique : éditions Grasset et Fasquelle, UGC PH / Pathé Distribution.
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Marie Guyot est la fondatrice et la Rédactrice en Chef du magazine. C'est aussi une des rédactrices Cinéma.
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Hier : reprise des cours - après seulement un week-end plutôt fatiguant d’ailleurs - et cinéma. Je ne m’étendrai pas sur le droit et les sciences politiques.
Ainsi, il est 22h00 quand j’entre dans le hall du cinéma. Le choix du film est fait depuis bien longtemps, depuis que j’ai entendu les nombreux éloges qui ont été faits sur le Secret de Brokeback Mountain et le Lion d’Or qui a couronné le magnifique travail de Ang Lee ainsi que les critiques des virulents homophobes et congrégations religieuses à propos de ce film. C’est donc non seulement aller voir un film pour admirer une œuvre mais c’est aussi un acte militant.
Pour tout vous dire, l’acte militant aurait pu s’arrêter bien vite. Vous connaissez le sentiment que l’on éprouve quand on rentre dans un bureau de tabac et que l’on souhaite acheter une revue pornographique ? Vous avez la sensation qu’un regard, qu’un jugement se porte sur vous. Et bien j’ai éprouvé le même quand il s’est s’agit de dire le nom du film. Ce moment, si je vous le rapporte, est important parce qu’il conduit à une autre analyse du film, ou plutôt une mise en bouche.
Un western gay, et plus largement un film, est une idée bizarre parce qu’elle donne l’impression de viser une population spécifique. Pourtant elle se légitime par la disparition totale de cette même population de nos toiles et petits écrans. J’exagère à peine. Urgences et les quelques séries dans le même genre ont elles compris qu’il fallait être plus représentatif de son public et donc de la réalité.
Je ne regrette pas d’être aller voir ce film, ne serait ce que pour le pied de nez que j’ai adressé en prenant mon billet aux Vanneste et à tous les signataires de cette infâme pétition dont trop de parlementaires UMP se sont encanaillés.
Atypique, original, ambitieux, voilà les mots qui me sautent immédiatement à l’esprit. Il faut beaucoup de courage, de sérieux, pour traiter une histoire d’amour de ce type. Deux hommes, cow-boys, dans l’Amérique profonde se rencontrent, se séparent, se retrouvent et se déchirent.
C’est au paradis, à Brokeback Mountain, lieu de calme et de solitude, où Jack et Ennis vont s’éprendre l’un de l’autre, le temps d’une saison. Une complicité qui se dévoilera peu à peu en passion destructrice.
Ce n’est que quatre ans plus tard, leurs vies construites, que les retrouvailles se font, qu’un regard rappelle les moments passés ensemble, prélude au dévaste du reste.
De l’ignorance des hommes, ils ne vivront qu’une vie en pointillé où leur relation manque les répliques qui ne savent traduire leurs sentiments, où les chaises vides sont légions, où les vêtements sans corps ont toutes leurs places.
De leurs propres égoïsmes, ils gâcheront la vie de leurs entourages, leurs mariages, parce que ces masques sont trop minces pour se dissimuler la vérité. Le regard des autres est ce qui sépare, ce qui les sanctionne, ce qui les tue. Comme disait Renaud, pour vivre heureux, je vis caché, au fond de mon bistrot peinard, dans la lumière tamisée, loin de ce monde de bavards.
Alors j’irais le revoir, parce qu’il m’a touché, n’en déplaise aux réactionnaires. Seul, n’en déplaise à ceux qui devaient m’accompagner.
Effectivement cette histoire d’amour impossible est d’une beauté et d’une simplicité époustouflante. J’ai également été voir le film qui ne m’as pas déçue car il a su faire ressentir les sentiments forts qui avaient été exprimé dans l’ouvrage. Ce livre est non seulement un appel au respect de la différence mais aussi unqe façon de montrer que les sentiments font parti de la vie de chacun,…qui que l’on soit,…d’ou que l’on vienne,…et qu’elle que soit nos croyances.
C’est une merveilleuse leçon de vie et d’hummanité…
c’est un film et un theme de musique qui vous hante de maniere positive et qui vous prend au tripes et déja 7 nomination aux oscars 2006,pour moi et plusieurs critique de cinema le film de l’annee
Film tt simplement maginifique ou se mêlent pudeur, virilité et authenticité. Je hais les happy ends à l’américaine, j’aime qu’on me fasse voir ce qu’est la vie, la cruauté dont elle fait preuve, les entailles qu’elle creuse et qu’elle ne répare pas toujours. J’ai aimé Brokeback mountain pour tt ça, parce qu’on ressent profondément la frustration des personnages qui aimeraient… Mais qui renoncent à leur désir, ce qui rend le désir plus vif, plus fort. C’est un film poignant, une oeuvre majeure! Allez-y!
Allez voir ce film, c’est la seule chose que je peux ajouter à tous ces commentaires si justes. Il est d’une beauté rare, j’ai tellement été émue par cette magnifique histoire d’Amour, que j’ai, à quelques moments si émouvants et poignants, oublié qu’il s’agissait de deux hommes, et non d’une histoire “conventionnelle”. Ce film m’a pris au tripes, m’a retourné le coeur, m’a fait pleuré… ne le manquez surtout pas!
Brokeback Mountain. Rien que ces deux mots sonnent merveilleusement bien. La première fois que j’ai été voir ce film, c’était en Janvier 2006. J’y suis allé seul car aucun de mes “ami(e)s” n’aurait été apte à comprendre une telle histoire d’Amour. J’y suis allé pour plusieurs raisons personnelles. D’une part car j’en avais marre de voir des films à l’eau de rose ou trop “parfait” à mon gout. J’avais entendu pas mal de critiques au sujet de ce film, j’avais même vus dans une rubrique cinématographique que le film avait remporté le Lion d’Or à la mostra de Venise en 2005. Rien que tout ça me donné envie d’aller voir ce film. Et là, arriver dans la salle… le choc visuel et l’émotion qui se dégagé de ce film, c’était magique. Je pense que l’on soit hétérosexuel ou homosexuel, il ne faut pas se voiler la face, l’émotion marche pareil dans les deux sens pour le spectateur. Comment ne pas être touché par cette histoire d’Amour? Comment ne pas apprécier chaque regards de Ennis ou de Jack? Ang Lee utilise plus les images et la musique (sublimissime de Gustavo Santaolalla) que les mots pour captiver le spectateur, et c’est tant mieux. Il réalise ici un film d’une beauté et d’une finesse rarissime tellement elle est bien maitrisé. Un film poignant sur la quête de deux hommes qui cherchent à s’aimer au milieu d’un monde qui les rejette. Magnifique. Regardé ce film en pleine nuit, il vous retournera à coup sûr, et vous fera réfléchir je pense…