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L’œuvre infinie de Roman Opalka

Par Pascaline Vallée • lun 16 jan 2006 • Categorie: Art Contemporain, Peinture/Dessin

« L’étendue est la marque de ma puissance, le temps est la marque de mon impuissance », écrivait le philosophe contemporain Layniau. D’une certaine manière, Roman Opalka met cette opposition en relation dans son œuvre. En effet, il y exprime par un travail plastique son impuissance face au flux temporel. Constatant sa fuite, il en fixe les marques de diverses manières, et conduit ainsi une réflexion sur son irréversibilité.

Depuis 1965, l’artiste polonais a entrepris d’inscrire sur d’immenses toiles, qu’il intitule Détails, la suite des nombres en ordre croissant. Parti d’un fond noir, il éclaircit de 1% la teinte de chaque nouvelle pièce, et compte ainsi achever son œuvre par une écriture blanche sur fond blanc. Parallèlement, Roman Opalka prend après chaque séance de travail son visage en photo, vêtu de la même chemise claire ouverte sur la même chaîne en or. Les clichés, archivés, permettent ainsi de suivre son évolution. « Je voulais définir le temps, son changement dans la durée, celui que montre la nature ; mais d’une manière propre à l’homme, sujet conscient de sa propre existence : le temps irréversible. »

C’est donc son effet sur l’homme plus que le temps lui-même qui intéresse l’artiste. Comme le philosophe Bergson, il se penche plutôt sur le phénomène de la durée, qui est spécifique à la conscience humaine. Or selon lui, la durée se manifeste dans l’espace. La meilleure manière de démontrer le passage du temps était donc de photographier son propre visage à travers les différents âges de la vie.

Loin d’espérer ainsi rattraper le temps, l’artiste semble au contraire en contempler l’effet irrémédiable. Tel un sage qui méditerait sur sa course, Opalka marque l’écoulement des instants en en dénombrant les possibilités. Car pour lui, la vie n’est qu’un passage, dont le but est la mort. L’existence est donc une perpétuelle construction, qui ne s’achèvera qu’une fois sortie du temps humain.

La forte présence du gris dans ses toiles est en cela significative. Car le noir servant de fond à la première toile est dès la suivante passé dans la catégorie du gris. Jusqu’aux toiles blanches finales, le gris sert donc de base à Roman Opalka. Couleur neutre, c’est aussi une couleur universelle, car il contient en germe le spectre des couleurs. Ainsi, au travers de ses multiples et infimes nuances, il symbolise la vie en attente de la mort, tel le cocon d’où sortira le papillon.

Opalka travaille donc à une œuvre-vie, à la naissance de laquelle on assiste, pour la suivre dans sa maturité puis dans sa mort. Car bien que l’œuvre soit légendée d’un « 1965-infini », la mort de l’artiste viendra interrompre son travail et, selon lui, en marquera l’apogée finale.

Posant la mort comme objectif de la finitude, l’œuvre de Roman Opalka se révèle être une nouvelle Vanité. Se concentrant sur l’image du sablier fréquemment présent dans ces tableaux, l’artiste en compte jusqu’à l’infini les grains de sable. Au lieu de dénoncer les occupations futiles, il choisit paradoxalement une démarche vaine.

Face à ce travail, la réaction est donc évidente : le spectateur prend conscience du temps qui passe. Mais pourquoi, s’interroge-t-il, si Opalka SAIT que le temps passe, ne cherche-t-il pas à multiplier les expériences, au lieu de faire un travail si vain et ennuyeux ? « Et toi ? » semble lui répondre la toile… Et voilà, effet garanti…

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4 Réponses »

  1. Sauriez-vous où il en est maintenant ? le numéro du Détail, et les chiffres obtenus ?

  2. “D’après le Monde du 1er août 2004 et Wikipédia, Opalka en est arrivé le
    22 août 2004 à son 227ème Détail et au nombre 5 486 028.

    Il sera exposé du 2 juin au 28 août 2006 à Saint Étienne

    Merci à la rédac’chef pour ces infos!! ;-)

  3. En fait il a commencé à éclaircir le fond de la toile après être arrivé à son premier million, ça devait être en 72.

  4. joli billet, ça à l’air assez fascinant comme oeuvre.

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