Fullmetal Alchemist : rien ne se perd, rien ne se crée, tout rend plus fort
Par Julien Meyrat • mar 17 jan 2006 • Categorie: Bande Dessinée / MangasPublication prévue du tome 4 le 12 janvier 2006
Dans un monde original et vaguement steampunk, l’homme a développé l’alchimie : une science qui permet de créer des objets à partir d’une même quantité de matière. Seules limites : sont interdites les transmutations de l’or (pour d’évidentes raisons économiques) et de la vie humaine (tabou absolu qui s’avère de toute façon impossible). L’alchimie a néanmoins permis d’importants progrès et, d’une manière générale, ses praticiens sont respectés par la population. Sauf les alchimistes d’État, affiliés à l’armée et donc mal vus en ces périodes d’insurrection. Edward Elric est justement un de ces soldats d’élite, admis à l’âge incroyablement jeune de douze ans. Trois ans plus tard, lui et son frère Alphonse parcourent le pays à la recherche de la pierre philosophale, seul élément permettant de transmuter la vie humaine. Ed et Al sont bien placés pour le savoir : le premier a perdu un bras et une jambe en tentant de ressusciter leur mère. Il y a gagné deux prothèses mécaniques qui lui ont valu le surnom de « Fullmetal Alchemist ». Al, encore moins chanceux, a perdu son corps tout entier. Son frère a tout juste eu le temps de greffer son âme à une gigantesque armure de combat, lui donnant une allure de guerrier massif contrastant avec son caractère calme et posé. Chacun cherche la pierre pour rendre à l’autre son corps d’origine. Mais voilà qu’un individu non identifié décime les alchimistes d’État…
Fullmetal Alchemist est un manga a priori peu original. Archétype du shônen (manga pour jeunes garçons), il sort du lot grâce à une intrigue intelligente mêlant politique et quête personnelle, des personnages attachants et surtout un thème particulièrement bien trouvé : la loi d’équivalence chère à Lavoisier (« rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »). En alchimie, pour obtenir quelque chose, il faut sacrifier autre chose de valeur équivalente. Les héros, alchimistes jusqu’au bout des doigts (de chair ou métalliques), se réclament tout entiers de cette logique, y compris dans leur vision du monde. L’aventure commence avec un mélange de légèreté et de gravité. Pratique courante dans le manga, les premières histoires font semblant d’instaurer le style. Pour citer des classiques du shônen, Trigun (Yasuhiro Nightow) aussi commençait par des historiettes amusantes, Kenshin le vagabond (Watsuki Nobuhiro) ressemblait au début à une aimable pochade ; pourtant ces aventures tournent très vite au tragique, voire au sordide. Dans Fullmetal Alchemist, les deux héros vont payer cher leur tentative impie de résurrection maternelle. L’auteur n’hésite pas à faire usage d’une cruauté terrible (les lecteurs sont invités à ne pas trop s’attacher aux enfants croisés par ci par là, les gamins n’étant guère épargnés) mais, par définition, jamais gratuite. En accord avec le principe même de la série, toutes les expériences subies par les frères Elric les font grandir un peu plus. Quelque part dans ce manga, Lavoisier croise Nietzsche (« ce qui ne nous tue pas… »). Le tragique est compensé par des moments de pure hystérie, certains personnages apparemment sérieux (les alchimistes d’État en particulier, une bande de beaux ténébreux toujours prêts à l’autodérision) n’hésitant pas à passer en mode délire absolu au gré des cases. Ed lui-même est un teigneux qui, bien que bon comme du bon pain, fait montre d’un caractère épouvantable (en particulier quand on se moque de sa petite taille).
Graphiquement, l’œuvre est classique et se lit donc plaisamment. Reconnaissons à la grande majorité des mangakas un certain génie dans la lisibilité. Leurs bandes dessinées se feuillettent si rapidement qu’on ne prend souvent pas le temps de remarquer à quel point leur mise en page est riche et ingénieuse, à quel point les dialogues, si courts, sont percutants. Les bagarres, auxquelles Fullmetal Alchemist fait la part belle, sont claires et compréhensibles malgré les nombreuses entorses aux combats classiques que permet le principe alchimique. Le fait que les combattants puissent transformer n’importe quoi en n’importe quoi d’autre ouvre de sacrées perspectives, qu’Arakawa Hiromu exploite à fond. Très bonne initiative de Kurokawa, petite maison d’édition dont on reparlera sans doute. Ceux qui auront découvert la série TV en DVD (chez Dybex) ne seront pas déçus par la version papier.
Fullmetal Alchemist, textes et dessins : Arakawa Hiromu, 3 tomes (bientôt 4), éditions Kurokawa.
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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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