Sans titre, de Marc Desgranchamps
Par Pascaline Vallée • lun 30 jan 2006 • Categorie: Art Contemporain, Peinture/DessinExposition jusqu’au 6 mars 2006
Si vous visitez l’espace 315 du centre Pompidou, vous pénétrerez dans le monde translucide de Marc Desgranchamps. Jusqu’au 6 Mars 2006, ses œuvres les plus récentes ont en effet investi les lieux et y recréent une atmosphère impalpable, où l’attraction terrestre affecte la peinture sans toucher les sujets représentés.
Bienvenue dans un monde où les paysages aux larges horizons, souvent marins, se peuplent de corps immatériels. Faisant son chemin parmi les multiples propositions de l’artiste, le spectateur-explorateur pénètre dans ce monde de l’indéterminé. Ici, impossible d’invoquer ses repères habituels. Si certaines similarités se dégagent des toiles, elles sont trompeuses. D’ailleurs, ses œuvres affichent toutes un « sans titre » déconcertant. Car c’est bien une nouvelle forme de représentation que crée Marc Desgranchamps.

Parmi les œuvres exposées, ce sans titre exprime le travail de l’artiste. Regards détournés, gestes esquissés et suspendus, des baigneuses nous transportent dans une scène de plage fantomatique. Tels des ectoplasmes, la tête littéralement dans les nuages, les corps semblent flotter dans les airs. Leurs yeux ont disparu, ainsi que les traits de leur visage. La place centrale est d’ailleurs occupée par une ombre sans corps, expression extrême de cette désintégration. À droite, deux figures se détournent de nous, attirées par l’horizon. Transparentes de chair, elles sont surtout visibles par leur vêtements. L’une d’elles, recroquevillée, n’est déjà plus qu’un amas de couleurs dégoulinantes.
Plus vivace, la jeune femme de gauche maintient une parcelle de personnalité par son rouge à lèvres, toujours visible. Son sourire éclatant et ses gestes d’allégresse figée la rapprochent indéniablement des premières affiches publicitaires vantant la Belle Epoque et les premières vacances au bord de la mer. Favorisée par la plage déserte et les tissus à rayures, cette atmosphère de joyeuse naïveté s’envole pourtant bien vite, et la femme à la jupe virevoltante reste aussi impalpable qu’un rêve.

Rochers, vestiges d’une vie plagiste ou corps désagrégé ? Des objets blancs, parfois rayés de bleu, parsèment la plage. De formes diverses, ils chatouillent l’imagination du spectateur, qui y voit tour à tour une main, un genou, ou divers accessoires de plage. Mais quelque soit leur résistance, les objets et personnages finissent par perdre toute consistance, simultanément vidés par l’attraction terrestre et transpercés par la lumière. En conséquence de cela, les pigments, privés de support, ne savent plus où s’accrocher, et dégoulinent sur la toile.
Ces traînées de couleurs ont pour effet d’abolir partiellement la perspective. Ainsi, elles réunissent par endroit l’écume de la mer et le sable du premier plan. Cependant, on constate que l’horizon, lui, ne dégouline pas, et trace un espace précis qui contraste avec le flou des figures. Un appel est ainsi lancé. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que les deux personnages de droite se tournent vers ce fond stable, où la matière ne semble pas encore en danger.

Ces dégoulinures intentionnelles laissent également une place prépondérante au hasard. Marc Desgranchamps met ainsi en valeur le rôle de ce dernier dans l’activité artistique. Car, partie prenante de la création, l’outil agit parfois de lui-même, hors du contrôle du peintre. Ici, la peinture attribue des franges plus ou moins longues à différentes parties de la toile, créant un tissu aléatoire de couleurs. Par dérision, Marc Desgranchamps semble ainsi mettre à nu une peinture inapte à traduire le monde, incapable d’en figer les éléments. Avec les corps, c’est finalement la représentation picturale qui tombe en lambeaux.
Et si démontrer cette désagrégation, n’était finalement que le moyen de créer une nouvelle forme de vision artistique ? En mêlant la vision détériorée d’un peintre devenu presque aveugle à l’inefficacité des supports, Marc Desgranchamps s’est en fait rapproché de l’essentiel de la peinture. Car sous son pinceau dévastateur, seuls subsistent le mouvement, et l’essence des choses, dégagées des artifices matériels. Leçon de modestie, son œuvre présente sans représenter, et conduit agréablement l’observateur à se détacher de ses habitudes de regard.
Sans titre, huile sur toile, 200 x 450 cm, collection Paul Dini, Lyon, courtesy Galerie Zürcher, Paris, 2005.
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Ceci n’est pas une critique de peintre, mais seulement un e impresssion perso, et un encouragement “familiale”!!!
Marc,
Cette nouvelle période “bleue” est très agréable , ton changement de style me plait énormément, je suis désolée de ne pouvoir me rendre à Paris où j’aurai eu plaisir à découvrir ces nouvelles oeuvres que j’ai pu consulter sur internet, ainsi que ton interview video.Bravo, et à bientôt pour une période autrement colorée.
Cousine Francoise, et tous les autres avec qui nous étions hier.
Bises
Mais une critique n’est-elle pas par essence même personnelle, puisque subjective?
Quoi qu’il en soit, nous sommes tous ravis à Culturofil de voir que Marc Desgranchamps nous lit…