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Angoulême : l’événement, comme toujours !

Par Julien Meyrat • mar 31 jan 2006 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

« Angoulême, pfff ! Un troupeau de moutons qui ne font que dans le commercial ! Rejoignez le front de libération anti-Zep ! » crachent les exégètes obsédés par le renouvellement de l’art séquentiel. Ceux-là qui considèrent L’Association comme une bande de parvenus et refusent même de prononcer les noms des grands éditeurs.
« Angoulême, c’est génial, comme une grande fnac avec des auteurs en dédicaces ! » s’écrient les gamins qui courent entre les stands Kana (« Ouah, le dernier Naruto ! ») et Glénat (« Y a un nouveau Titeuf ? »).

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Le festival international de la bande dessinée d’Angoulême est devenu la pierre d’achoppement de toute la culture BD. Incontournable, adoré, haï, siège de perpétuelles remises en question, il présente cet avantage considérable de mettre en place sur le même lieu des dizaines de styles, de genres et de conceptions différentes d’un même art. Conséquence heureuse de l’ancestrale confusion entre genre et media, de l’époque où « la BD, c’était pour les gosses » : aujourd’hui, tout cohabite sur un même espace. À quelques tentes de distance en tout cas. Quoique cette année, les traditionnelles bulles du Champ de Mars étant fermées pour travaux, l’agencement des tentes a été modifié et re-réparti autour de l’hôtel de ville. Idée plutôt riche au final, puisqu’elle a permis de repenser la disposition en mieux. Ainsi, une seule bulle abritait les farouches guerriers de l’indépendance (notamment les Requins Marteaux, éditeurs de la formidable revue underground Ferraille) et les abominables sbires du Satan capitaliste (en particulier les éditions Dupuis, de retour après plusieurs années de boycott remarqué). Une rencontre plutôt sympathique qui permettait de passer agréablement de l’un à l’autre, au gré des mouvements de foule. Et que dire de la géniale idée d’isoler l’insupportable stand Soleil (obscurité, musique et spots lumineux mettant les nerfs à rude épreuve) dans sa propre tente ?

Parallèlement, quelques expositions tentaient d’attirer l’œil du chaland. L’exposition Poisson Pilote, où les auteurs de la prestigieuse collection de chez Dargaud (dont Larcenet, Sfar, Trondheim, Sattouf…) étaient mis en parallèle avec les monstres sacrés du magazine Pilote (Gotlib, Fred, Mandryka, Lauzier…), présentait un contenu certes riche mais une scénographie plutôt pâlichonne. À côté, une exposition de bandes dessinées finlandaises dépaysait très agréablement le visiteur, de même que l’expo Kotobuki Shiriagari, mangaka quasi inconnu par chez nous mais culte (à raison) au Japon. Homme aux styles multiples, Shiriagari aborde tous les genres et tous les styles avec une égale facilité : philosophie, politique, société, humour, guerre, romance, le tout saupoudré de beaucoup d’absurde, dans un style graphique polymorphe à des lieues du formatage habituel des mangas paraissant chez nous.

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Un petit Angoulême toutefois que ce cru 2006. Le président du jury et grand organisateur Georges Wolinski n’a pas vraiment révolutionné le festival. Rien d’exceptionnel, si ce n’est quelques moments mémorables. La projection d’Entre 4 planches, le film des Requins Marteaux, en fait incontestablement partie ! Hilarant du début à la fin, y compris quand l’équipe du film, en pleine gueule de bois, monte sur l’estrade pour essayer de répondre aux questions du public. Le concert de dessins, instauré sous le mandat de Zep, fait également toujours salle comble. Les rencontres internationales, notamment avec Mike Mignola (Hellboy), Enki Bilal (La Trilogie Nikopol) ou Jim Lee (Batman Hush), connaissent aussi un grand succès.
Mais le public était tout de même moins au rendez-vous que l’an passé (le samedi en particulier, journée pourtant décisive). Un état de fait (pas foncièrement désagréable pour l’amateur éclairé) que l’organisation du festival attribue à la météo, particulièrement taquine cette année. La neige est tombée à gros flocons toute la journée de samedi, « bloquant la France entière » selon les prévisions. La fréquentation du festival en a beaucoup souffert, au point d’annuler les nocturnes du samedi soir. Mais il faut aussi tenir compte du fait que Wolinski déplace moins les foules que Zep, l’idole des cours de récré. Le programme lui-même était nettement moins affriolant que celui des années précédentes. Le gros succès d’Angoulême reste les concerts de dessins, extraordinaires spectacles où les bédéastes œuvrent sur fond de musique originale. Une idée de Zep, n’en déplaise aux aigris qui le conspuent sur les stands de fanzines. Par ailleurs, l’absence remarquée et bénie de StarAc et autres L5 a permis d’éviter ces bruissements irritants de prépubères aussi intéressés par le neuvième art que par la controverse calviniste.

Il n’en reste pas moins que, si le festival en lui-même n’avait rien de phénoménal, les travaux de la ville ont permis d’introduire quelques changements dans une organisation jusque-là quelque peu sclérosée. Rien de mieux pour une institution qui fête ses 33 ans !

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Le palmarès 2006 :

On ne peut pas taxer le jury (composé entre autre de Louis Schweitzer, ex-président de Renault, Dominique Poncet, scénographe, Stéphane Vacchiani-Macuzzo, journaliste…) d’avoir fait dans l’ésotérisme. Personne n’objectera la qualité des œuvres élues dans ce palmarès 2006, mais le choix reste tout de même bien frileux.
Ainsi, si le prix du meilleur album revient à Gipi pour Notes pour une histoire de guerre (Actes Sud BD) et le prix du scénario à Étienne Davodeau pour ses Mauvaises Gens (Delcourt), deux incontestables réussites, le choix de Blacksad (Dargaud) comme meilleure série laisse un goût étrange. La série de Canales et Guarnido est certes très proche de la perfection, mais trois numéros sont-ils suffisants pour juger de la qualité de l’œuvre en tant que « série » ? D’autant qu’elle avait déjà emporté les prix du dessin et du public en 2004.
Le prix du patrimoine décerné à Jaime Hernandez pour Locas, un des tomes de la série culte Love and Rockets (Le Seuil), apporte un peu de sang extérieur à un palmarès très franco-français. Il semble loin le temps où un manga comme 20th Century Boys emportait le prix de la meilleure série… Prix du dessin, Le Vol du corbeau (Dupuis) consacre Jean-Pierre Gibrat, illustrateur somptueux. Sillage (Delcourt) repart avec un surprenant prix jeunesse 9/12 ans (la série de Morvan et Buchet paraissait pourtant raisonnablement adulte). Le reste du palmarès est disponible sur le site du festival.
La grande surprise, et sans doute la meilleure de tout le festival, est et reste le couronnement de Lewis Trondheim comme grand prix de la ville d’Angoulême. En consacrant un des auteurs phare, révolutionnaire de la Bande Dessinée française de ces dernières années grâce à une multitude d’albums (Pichenette, Les Formidables Aventures de Lapinot, Donjon…), le jury offre au festival 2007 un futur président du jury extrêmement prometteur. Vivement l’épisode 34 !

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Crédit photographique : Wolinski/FIBD, Kotobuki Shiriagari, Damien Joly.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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3 Réponses »

  1. Oui, je suis d’accord que le prix de la meilleure série pour Blacksad est un peu prématurée dans la mesure où il n’y a que 3 albums, mais les dessins sont tès bons et donnent réellement l’impression de mouvement. Les scénarii tiennent la toute. On verra si ça continue….

    Autrement, même si je n’ai lu que quelques Donjon, je pense que Lewis Trondheim méritait un prix depuis qque temps s’il n’en a pas encore eu.

  2. Ce qui est gênant avec la “consécration” de Blacksad, c’est qu’elle a déjà eu lieu. Guarnido et Canales ont reçu les prix du meilleur dessin et du public en 2004. Fallait-il encore insister sur cette série (au demeurant excellente) alors que d’autres auraient sans doute mérité le prix ?

    Quant à Trondheim, il avait reçu un Alph-art “coup de coeur” en 1994 pour Slaloms, puis le prix de la Série 2005 pour le dernier album des Formidables Aventures de Lapinot, La Vie comme elle vient. Des récompenses bien méritées.

  3. [...] La télévision peut être un excellent moyen de donner envie de lire. Canal + diffusera à partir du 10 février le dessin animé Monster adapté de la série manga du même nom de Naoki Urasawa. Prix de la meilleure série à Angoulème avec 20th Century Boys, l’adaptation animée des traditionnelles histoires de “médecin illégal” narrées par le plus doué mangaka actuel mérite au moins le coup d’œil qui vous donnera envie de plonger dans les bandes-dessinées. (L) [...]

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