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Nam June Paik, video fish

Par Pascaline Vallée • lun 6 fév 2006 • Categorie: Art Contemporain

L’art vidéo est en deuil. Ce 29 Janvier 2006, Nam June Paik, initiateur du genre, s’est éteint, laissant derrière lui une œuvre aussi diverse qu’originale. Ce Coréen a en effet révolutionné le domaine artistique par ses performances et ses vidéos. Auteur du célèbre TV cello (1971), l’artiste a souvent été qualifié de « néo-dadaïste », pour sa déconstruction des genres et la nouvelle forme artistique qu’il a contribué à créer. L’occasion pour nous de revenir sur une de ses sculptures vidéos.

Avec Video fish (1991), Nam June Paik propose une œuvre en mouvement. Dans cette nouvelle forme de performance, l’ « acteur » a laissé place à quarante cinq petits poissons japonais, qui assureront la pérennité de l’œuvre. Comme dans la plupart de ses travaux, l’artiste a joint au matériau vivant une partie vidéo, placée ici au fond des aquariums. Ceux-ci sont au nombre de sept, et créent ainsi un effet de démultiplication, accentué par leur grande ressemblance. Confondues avec l’eau, les images sont détournées de leur fonction première de témoignage, et deviennent partie prenante de l’œuvre.

Cependant, le film projeté ici n’est pas une histoire. Il s’agit au contraire de courtes séquences, d’images hétéroclites et modifiées, intercalées de perturbations aux couleurs et aux formes psychédéliques. Associations d’idées sans aucune logique, la vidéo s’assimile alors au rêve, par sa grande liberté. Le message n’est donc plus dans le sujet mais dans ses nouvelles formes de transmission. La vidéo est montrée en tant que telle, et non comme support d’un message. L’artiste se place ainsi entre cinéma et formes picturales traditionnelles, en créant une sorte de « peinture qui bouge ». C’est le principe même de l’art vidéo, dont Nam June Paik est l’un des fondateurs.

Son « art-temps », comme il le qualifie lui-même, s’étire ici en boucle. De la même manière que le poisson tourne irrémédiablement en rond (en rectangle ?) dans son aquarium, la vidéo repasse sans cesse les mêmes séquences. L’observateur peut alors s’interroger : lequel des deux, du chanteur à l’écran ou du poisson, est le plus vivant ? L’artiste joue ici sur les similitudes physiques entre la vitre du bocal et l’écran de la « boîte » qu’est la télévision. L’image ainsi enfermée n’est plus alors le véhicule du monde extérieur mais la fenêtre ouverte sur un micro monde, régi par ses propres codes. Les poissons viennent sans cesse s’intercaler entre le spectateur et les images, décrédibilisant celles-ci. Comme dans certains mangas animés, où un petit oiseau passant sur l’écran vient souligner le caractère absurde ou stupide d’une situation, ils obstruent sans gêne l’espace vidéo, accaparant l’attention sur leur va et vient.

Par cette juxtaposition, Nam June Paik remet donc en cause nos systèmes de communication. En effet, une telle organisation n’est pas sans évoquer certains usages du monde actuel, qui font de la télévision un meuble. Elle n’est plus rien d’autre, dans ce cas, qu’un aquarium dans lequel on regarde de naïfs poissons s’agiter. De plus, contrairement à la plupart de ses œuvres, le son est ici absent. Prisonnier de la situation, il semble avoir été absorbé par l’ambiance aqueuse. L’observateur se retrouve alors lui aussi dans une bulle, et entre dans l’œuvre.

Se nourrissant d’incessantes innovations, cet avant-gardiste a par la suite exploité les possibilités d’autres techniques des images. Seul artiste à avoir ses studios, Nam June Paik a pourtant toujours distingué l’art comme finalité de la communication, qui le réduit au rang d’outil. L’artiste remet ainsi tour à tour en cause les deux activités.

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