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Seuls : Vehlmann isole ses héros

Par Julien Meyrat • mar 7 fév 2006 • Categorie: Bande Dessinée / Manga

Publié le 4 janvier 2006

Dans une grande ville française, les gens vivent. Normalement. Rien d’exceptionnel. Sauf qu’un matin, les gens disparaissent. Tous ? Non, cinq gamins sont toujours là. Cinq gosses de cinq à douze ans qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam mais qui finissent par se rencontrer au hasard des rues. Dodji, orphelin de dix ans ; Camille, timide blondinette obsédée par ses devoirs ; Yvan, artiste et grand théoricien ; Leïla, jeune fille débrouillarde et bricoleuse ; Terry, le plus jeune, apeuré. Un groupe plutôt désassorti qui va devoir se débrouiller seul dans la grande ville, entièrement livré à lui-même.

Le concept de base n’est pas vraiment révolutionnaire. Entre des séries pseudo-fantastiques comme L’Homme de nulle part ou des films comme 28 jours plus tard (Danny Boyle) ou même Le Lagon bleu (Randal Kleiser), l’idée du personnage qui se réveille seul est autant un cliché scénaristique qu’un cauchemar récurrent dans l’inconscient de toute l’humanité. Il n’empêche que bien menés, les clichés font souvent les meilleures intrigues. Et quand c’est Fabien Vehlmann, étoile montante de la bande dessinée française, qui s’attelle au scénario, tous les espoirs sont permis. L’auteur a déjà prouvé sa fascination pour les scénarii élaborés avec les trois tomes de Green Manor (Dupuis). Ces histoires de meurtre autour d’un club de gentlemen londoniens du dix-neuvième restent des petites merveilles de narration et de suspense. Du Conan Doyle saupoudré de cynisme. On y retrouve des intrigues à retournement de situation, soulignées par le trait simple et élégant de Denis Bodart. Autre série qui lui vaut les honneurs de la collection Poisson Pilote (chez Dargaud), Samedi et Dimanche va bien plus loin que son graphisme enfantin pourrait le laisser croire. L’auteur y réussit ce tour de force atteint seulement par les plus grands : offrir plusieurs niveaux de lecture et rendre ainsi la série accessible à tous les âges. Dernièrement, Vehlmann s’est également déchaîné dans le hors série Spirou et Fantasio : Les Géants pétrifiés. Résultat : une des meilleures aventures du duo, tous auteurs confondus. S’adressant aussi bien aux vieux fans qu’aux jeunes lecteurs, il livre une aventure tout en mouvement et en humour. Le trait dynamique de Yoann, qui fait ressembler Spirou à un personnage de Gorillaz, n’y est pas pour rien.
Pour Seuls, Vehlman s’est adjoint les services d’un artiste beaucoup plus académique : Bruno Gazzotti. Impossible de ne pas reconnaître le trait caractéristique du dessinateur de la série policière Soda (chez Dupuis). Héritier direct de l’école de Marcinelle (Franquin, Peyo…), son trait tout en élégance, souple et « coulé », remporte en général l’adhésion. Notamment dans les scènes d’action, où le dessin ne perd jamais son absolue clarté.

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Le duo nous entraîne dans une aventure dont on serait bien en peine de deviner l’issue. Bombardant cinq personnages attachants mais bien démunis dans un monde simple et dangereux (une grande ville vide), il pose les bases de ce qui pourrait devenir… n’importe quoi. Les personnages eux-mêmes échafaudent d’ailleurs toutes sortes de théories, presque aussi vite que le lecteur : alerte à la bombe ? Enlèvement extraterrestre ? Tout le monde est mort ? C’est nous qui sommes morts ? Autant de pistes trop évidentes, donc à écarter. Le scénariste se paie même quelques références illustres : le titre de ce premier tome, La Disparition, évoque un célèbre roman ; un passage fait directement penser au Rhinocéros de Ionesco. Autant de clins d’œil agréables.
Reste qu’on se demande toujours ce qu’il s’est vraiment passé ! On sait que Vehlmann n’est pas du genre à bâcler ses intrigues (là encore, cf. Green Manor), la surprise sera donc sans doute de taille ! Verrons-nous les personnages grandir ? La solution se montrera-t-elle d’elle-même ou iront-ils la chercher ? Difficile à dire. Pour le savoir, un seul moyen, le même depuis que le principe du feuilleton a été inventé… attendre. C’est ça qui est bon.

Seuls, tome 1 La Disparition, scénario de Vehlmann, dessins de Gazzoti, éditions Dupuis, 4 janvier 2006.
Crédit photographique : Dupuis.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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3 Réponses »

  1. Là où il y a “un sit sur c famux roman”, pourquoi pas plutôt : “une url sur un roman fort connu”?

  2. Oups, un oubli! Moins “un*e*”, donc plutôt : “Url sur un roman fort connu” ou “Url sur La Disparition, roman fort connu d’un grand taquin”.

  3. D’accord, il y aurait plus subtil. Mais tout ça fut fait trop vite… pardon, fut trop prompt. Dans mon prochain, sois sûr(e, mais ici il fut fatal !) : j’abolis l’obligation d’Oulipo. Et je remet le E en exergue !

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