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Le Sanglier d’Henri Bosco

Par Dobrina Clabeaut • ven 10 fév 2006 • Categorie: Livres

Publié le 5 janvier 2006

Le Sanglier, roman introuvable d’Henri Bosco, est réédité en poche pour la première fois depuis sa parution en 1932. Entre réalisme et surnaturel, l’histoire d’une initiation terrifiante au cœur du Lubéron noir.

La Provence n’est d’aucun ancrage, d’aucune certitude cartographique. Où qu’il aille, l’écrivain l’emporte avec lui.
Depuis 1931, Bosco a quitté la France pour le Maroc. Là-bas, de l’autre côté de la méditerranée, le professeur en exil réinvente les reliefs du Lubéron : « Je n’écris pas : je transcris – et ce sont des hallucinations que je transcris ». Une confidence qui en dit long sur une œuvre souvent circonscrite au genre régionaliste, comme celle de Giono, le voisin de Manosque. Plus que d’une reproduction toponymique, les romans de Bosco procèdent d’une reconstitution imaginaire, d’un retour du réel que médiatisent des réminiscences visuelles et olfactives proches de l’indiscernable et du rêve. Dans Le Sanglier, son premier véritable roman, les abords du Lubéron constituent déjà un espace mental, « une position de l’esprit », dira le narrateur.

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Septembre 1924. Monsieur René revient séjourner aux Ramades. Chaque année, il regagne cet ancien corps de ferme isolé entre la montagne et les eaux du Lubéron pour y peindre, lire, s’y reposer. À la gare de Cadenet, il retrouve Firmin, le braconnier laconique qui l’escorte en silence jusqu’à la maison. Rien n’a changé en apparence depuis sa dernière venue. La vieille Titoune lui tient toujours lieu de servante, s’occupe à la fois du ménage, des vivres et du courrier. Après le départ de la paysanne, à la nuit tombée, le narrateur croit percevoir une présence dans l’obscurité. Une ombre effrayante s’est glissée dans la bâtisse, a soufflé la lampe de sa chambre avant de disparaître comme par enchantement. Le lendemain matin, sur l’aire des Ramades, une bête énorme aux défenses acérées hume obstinément la terre. Immobile, le narrateur contemple pour la première fois le sanglier.

Le Sanglier s’ouvre sur un climat d’angoisse et de mystère. Seul dans cette demeure cernée par le fleuve et la montagne, Monsieur René, le narrateur, est en proie aux forces telluriques du Lubéron. Car la réalité prosaïque des campagnes se double chez Bosco de manifestations fantastiques qui, entre terreur et fascination, confrontent l’individu au(x) déchaînement(s) de la terre. A l’abri – ou pris au piège – des Ramades, le héros s’initie à l’inquiétante étrangeté d’un territoire brut et sauvage. L’ambivalence des lieux se révèle par émissaires interposés. Entre la bestialité sensuelle et maléfique qu’exhale le spectre nocturne, et l’animalité positive, vivifiante du sanglier au poil gorgé de soleil, M. René devra choisir, décider laquelle de ces deux natures sera sienne.

Au cœur des ténèbres, dans la chaleur suffocante du Lubéron, Bosco entraîne son personnage aux confins de lui-même, jusqu’à ces territoires cachés où l’homme et l’animal ne forment plus qu’une seule unité. Un récit énigmatique et fascinant.

Le Sanglier, Henri Bosco, éditions Gallimard, collection Folio.

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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Livre du magazine.
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