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De Cape et de Crocs : voyage au bout de la Lune

Par Julien Meyrat • mar 14 fév 2006 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Publié le 11 janvier 2006

Au milieu de l’océan de la collection « Terres de Légende » des éditions Delcourt émergent quelques îlots merveilleux, petites perles démarquées de leurs congénères par une imagination échevelée, une inventivité inhabituelle, un concept ingénieux. De cape et de crocs est de ceux-là : tout simplement une des meilleures séries françaises de ces dernières années.

Comme le tome 7 vient de sortir, un résumé des épisodes précédents s’impose pour ne point perdre le néophyte. À la grande époque des capes et des épées, quand les origines gasconnes étaient synonymes de bravoure et les duels monnaie courante, deux gentilshommes sans le sou quêtent la bonne fortune de par le monde. Le nom de ces aventuriers, justiciers à leurs heures ? Armand Raynal de Maupertuis, libre penseur français, cartésien et rimailleur, et don Lope de Villalobos y Sangrin, hidalgo, chrétien fier et querelleur. Lancés sur la piste d’un fabuleux trésor, ils s’embarquent pour les îles Tangerines, poursuivis par moult pirates, un seigneur de guerre maltais et un vieux ladre vénitien. Des péripéties qui finissent par les faire débarquer, leurs dulcinées et eux, sur la Lune, monde fantasmagorique semblable à une douce utopie. Las, le méchant prince Jean vise à renverser son frère le roi. Et nos deux compères d’offrir leur épée à ce dernier pour une mission d’importance : retrouver le « Maître d’armes », grand belliciste, seul capable de reformer le corps des cadets de la Lune.

Cette série a marqué le grand retour de l’aventure dans la bande dessinée française. L’aventure, la vraie, celle de Lagardère, de d’Artagnan et de Cyrano ! Celle qui se signe à la pointe de la rapière, l’honneur pour tout ruban, le feutre pour tout panache. Égayée de maintes références à la littérature (le premier tome rend hommage à La Fontaine et à Molière), cette bande dessinée rassemble plus d’idées dans chacune de ses cases que certaines séries en quinze volumes.
D’emblée, petit détail : Maupertuis est un renard, don Lope un loup. Une des particularités de ce récit consiste en effet à représenter certains personnages sous forme d’animaux. Pas tous : juste nos deux héros, leur compagnon Eusèbe (un lapin) et quelques autres. Et pas simplement des humains à tête d’animaux comme dans Blacksad, non ! Il s’agit vraiment d’un loup et d’un renard qui marchent sur leurs pattes de derrière. Sans que cela ne choque qui que ce soit.

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Les allergiques au style animalier auraient grand tort de snober la série : ce petit détail permet surtout de multiplier les bons mots et les références (à La Fontaine et au Roman de Renart en particulier, mais pas seulement). Le renard est rusé et raffole du poulet, le loup est fier et ombrageux, le lapin « trop mignon »…
Mais l’intérêt de l’œuvre ne se limite pas à cet aspect, loin s’en faut : le graphisme de Jean-Luc Masbou, somptueux et truffé de détails, crée un monde à la fois réel et absurde. Il se déchaîne particulièrement dans les tomes 6 et 7 qui, se déroulant sur la Lune, donnent sa pleine mesure à l’inventivité visuelle de l’artiste. Parallèlement, Alain Ayroles (également connu pour les fabuleuses aventures de Garulfo, grenouille changée en prince) nous sert des dialogues extraordinaires, quelque part entre Molière et Audiard avec de vrais morceaux d’Edmond Rostand. Dans ce domaine le tome 7 repousse des limites qu’on croyait déjà largement dépassées : la « rixme », sorte de « marabout – bout de ficelle » en alexandrins, ouvre l’épisode avec une verve incroyable, renvoyant directement à certaine tirade célèbre d’un Gascon non moins culte. Mais alors qu’on est encore sous le choc et qu’on craint que les auteurs n’aient épuisé leurs dernières cartouches en début d’épisode, la suite rabaisse cette prouesse au rang d’amusette. Et d’enchaîner sur un scénario certainement pas négligé. La toile de fond s’inscrit en effet dans la pure lignée des romans de cape et d’épée, avec combats, courses-poursuites, romance, duels, exotisme, pirates, poésie… Et même des conceptions scientifiques et philosophiques parfaitement référencées, entre Aristote, Kepler et Descartes… Le tout en y ajoutant, pour faire bonne mesure, un regard très actuel. L’équipage hétéroclite constitué d’un Français libertin, un chrétien espagnol, un corsaire barbaresque, un lapin au passé mystérieux, une malheureuse enfant perdue tombée de la Lune et une bohémienne au sang chaud n’est-il pas un hymne à la tolérance et à l’entente entre les peuples ? Un message qui n’a rien d’ancestral et évite les clichés.

La série était annoncée en neuf tomes. On n’est guère impatient d’en connaître la fin tant chaque épisode parvient à renouveler l’émerveillement qu’avaient suscité le précédent. Ce numéro 7 est si jouissif à la lecture qu’on n’ose même pas lui reprocher de ne pas faire beaucoup avancer l’intrigue. D’autant que sa conclusion, qui nous révèle (quoique dans la brume) un Maître d’armes bretteur, gascon, poète, scientifique et surtout fort susceptible sur certaine part de son anatomie, laisse augurer du plus formidable invité pour le tome 8 !

De Cape et de Crocs, tome 7, Chasseurs de chimères, scénario Alain Ayroles, dessins Jean-Luc Masbou, éditions Delcourt.
Crédit photographique : Delcourt.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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Une Réponse »

  1. j’ai lu tous les livres de cette B.D. et je les trouve génial ! ! ! A ne pas manquer !

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