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Michael Craig-Martin, Changement de climat

Par Pascaline Vallée • lun 27 fév 2006 • Categorie: Art Contemporain
Exposition jusqu’au 7 mai 2006

Le visiteur non averti passerait devant comme dans un couloir à la décoration douteuse. Depuis le 22 janvier, le Changement de climat de Michael Craig-Martin a investi la « Rue », espace central du Magasin de Grenoble (ancienne halle Eiffel dont on peut d’ailleurs saluer la rénovation). 140 mètres de papier peint constitué d’objets hétéroclites sur fond rose s’étalent ainsi sous l’œil surpris du visiteur.

Ephémère (faut-il le regretter ?), l’œuvre de Craig-Martin a été conçue uniquement pour l’exposition, en tenant compte du lieu et tout particulièrement de ses variations de lumières, dues à la verrière. Imprimée sur papier peint vinyle, elle offre un dégradé rose et bleu, dont la partie claire se situe au fond, invitant ainsi le visiteur à parcourir la salle en s’avançant vers ce refuge pour les yeux. Ce faisant, l’artiste met l’accent sur l’expérience, but premier de son travail.

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Car face à ce méli-mélo, le visiteur doit entrer dans le jeu. Les objets, relativement contemporains, évoquent ces livres d’images, dans lesquels l’enfant apprend en identifiant les choses. Révélés uniquement par leurs contours, ces théières, pinces et autres porte-bouteilles se détachent plus ou moins du fond par la couleur de leurs traits. Ainsi, bien qu’ils soient tous de même dimension, sans respect d’échelle, des plans se mettent en place, reléguant les objets clairs en toile de fond.

Par ces jeux multiples dans la composition, l’artiste revendique la volonté de créer des narrations, de susciter des souvenirs et des associations différentes dans l’esprit de chacun. Par cette démarche, il brandit face à son visiteur un miroir judicieusement placé en point de fuite de l’œuvre. On peut cependant regretter cette réflexivité. En effet, loin de remettre en cause l’art ou le monde, elle s’en éloigne dans un mouvement nostalgique et peu constructif.

Michael Craig-Martin met ainsi une certaine neutralité dans son œuvre. Dans sa manière d’utiliser l’informatique, il devient l’assistant de sa propre création et ne s’en sert plus pour s’exprimer. Il ne crée ainsi qu’une image et non plus un nouvel objet, susceptible de rejoindre les galeries d’art. Ce faisant, tout effet s’efface. Habituellement, l’artiste s’implique dans son travail, et celui-ci s’en trouve chargé d’un caractère unique. Ici, tout côté humain disparaît, et l’auteur ne transmet plus ni concept ni message. On peut regretter ce rôle de catalogue d’objets usuels, incapable d’influer sur la vie et sur la vision des gens (si ce n’est un aveuglement partiel si on le fixe trop longtemps).

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Même si on peut opposer à ce jugement qu’un artiste s’adapte au monde et à l’époque dans lesquels il vit, il reste néanmoins regrettable que la part de rêve que suscite l’art, fenêtre échappatoire vers un ailleurs, ait ici disparu. Reste une énigme quant à cette œuvre : pourquoi l’avoir intitulée Changement de climat ? Est-ce à cause des variations de luminosité qui font jouer les formes ? Est-ce le titre évocateur d’une rupture dans la création artistique ou n’a-t-il, tout comme l’œuvre elle-même, aucune fonction de message ?

Exposition au Magasin, 155 cours Berriat, Site Bouchayer-Viallet, Grenoble.
Crédit photographique : Ilmari Kalkinnen.

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