City Hunter : les héros ne meurent jamais
Par Julien Meyrat • mar 28 fév 2006 • Categorie: Bande Dessinée / MangaTome 3 publié en février 2006
Souvenez-vous : une ombre file dans la nuit. C’est un assassin qui s’enfuit. Une voiture qui surgit, un coup de frein, des pneus qui crient, un coup de feu qui retentit… la justice s’appelle ?
Nicky Larson, bien sûr. Le justicier obsédé sexuel a bercé l’adolescence de toute une génération. C’était les années Dorothée, la folie Dragon Ball, quelques temps après l’arrivée des premiers « animes » japonais sur le petit écran français (Goldorak, Albator et autres Cobra…). Mais si la série télé a connu un succès exceptionnel, ce n’était pas seulement à cause de la performance des doubleurs (Vincent Ropion qui prêtait sa voix langoureuse au séduisant Nicky, Maurice Sarfati et ses fascinantes voix de méchants…), c’était aussi parce qu’elle adaptait un excellent manga.
Après Cat’s Eye, une série policière échevelée et tout aussi célèbre, Tsukasa Hôjô décide de conter les aventures de Ryô Saeba [1], tueur à gages sombre, tourmenté et… obsédé sexuel. Un héros culte venait de naître, un personnage formidablement attachant dont l’archétype sera repris dans moult mangas ultérieurs (de Kenshin à Trigun…). Le principe ? Un personnage qui a l’air de prime abord complètement incapable, à des kilomètres de sa réputation inexplicablement flatteuse. Ainsi Ryô apparaît-il à la plupart de ses clientes (il n’accepte que les femmes, au grand dam de son acolyte Kaori) comme un épouvantable satyre intéressé uniquement par leurs dessous, voire plus si affinités. Ce n’est que dans les situations de crise que Ryô Saeba daigne se prendre au sérieux, redevenant un héros de polar aux dents blanches, au regard perçant et au brushing impeccable. Un dieu de la gâchette, ancien mercenaire qui en a vu de belles et sait parfaitement protéger les gens qui l’emploient. Mais dès que l’action retombe, il redevient illico le crétin délirant qu’il était. Dans le genre, mais en plus occidental, on peut le rapprocher d’un certain lieutenant incarné à l’écran par Peter Falk, qui promène encore aujourd’hui son indolence feinte sur les écrans français. Passer pour un incapable est un excellent moyen de faire baisser sa garde au méchant de l’épisode. Et d’enchaîner les gags.
Les premiers tomes alternent le plus pur délire avec un aspect beaucoup plus sombre : même s’il n’élimine que des criminels avérés, notre héros reste un tueur. Mais le ton s’oriente très vite vers la comédie débridée. La mécanique humoristique de City Hunter est étrange mais extrêmement efficace. Enchaînant sans transition les moments graves et les pures bouffonneries, le manga fait régulièrement éclater de rire le lecteur. Le tour de force de Hôjô consiste à brasser avec un humour extrêmement paillard, mais aussi une finesse incroyable, des trivialités souvent à base d’érection surpuissante. Son trait ultra précis, à des lieues des experts du genre de l’Hexagone (Vuillemin ou Dany, pour citer les plus classiques), donne à ces grivoiseries un tour merveilleusement subtil. Le personnage hyper charismatique de Ryô, héros sans peur et sans reproche mais loin du côté « bloc de marbre » des héros occidentaux comme Tintin ou Spirou, est pour beaucoup dans le succès de ce manga. Le duo formé avec Kaori, son assistante masculine et reine de la massue, et la présence d’Umibozu (« Mammouth » pour les fans de la série télé) ajoutent un indéniable plus comique.
Hôjô ne signe cependant pas avec City Hunter sa meilleure série. Le mangaka a montré par la suite qu’il savait attaquer des sujets plus fondamentaux comme l’identité sexuelle dans Family Compo (la vie dans une famille de travestis, toujours aussi drôle et subtil). Son principal travers rejaillit cependant dans toutes ses séries : Hôjô ne sait pas finir. Il est capable de rallonger autant qu’il le veut n’importe quelle intrigue, mais la conclusion pêche toujours. La plupart du temps, elle consiste d’ailleurs en un « ad libitum » presque assumé. La mécanique est bien huilée, pourquoi s’embêter à terminer une série conçue non pas comme une grande intrigue mais bien comme une succession d’épisodes indépendants, à quelques personnages près ? Un défaut qui ne saurait cependant pas justifier un quelconque boycott de l’artiste ! Panini Comics réédite en ce moment City Hunter dans un format agrandi qui ne s’imposait sans doute pas, assorti de quelques pages en bichromie sans grand intérêt. Mais comme l’ancienne parution ne se trouve plus qu’en bouquinerie, c’est l’occasion de (re- ?) découvrir une série mythique. De plus, la suite de City Hunter, Angel Heart, est en cours de publication chez le même éditeur. Beaucoup plus sombre, elle commence quelques années après la fin de la série d’origine. Kaori est décédée et son cœur a été greffé dans le corps d’une tueuse à gage. Une nouvelle série d’un grand maître, à suivre donc.
[1] Le nom « Nicky Larson » a été inventé par les traducteurs de l’époque qui avaient tendance à franciser ou angliciser tout ce qui leur passait sous la main.
City Hunter, Tsukasa Hôjô, trois tomes, éditions Marvel Panini France.
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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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Si la serie (Angel Heart) venait à être traduit en français, il serait préferable que ce soit vincent ropion qui reprenne l’inimitable voix de City Hunter!!!
City hunter, une référence dans le monde du manga. info : J’ai tout récemment crée un forum RP (role plya ou vous vous glissez dans la peau d’un personnage) dans l’univers de city hunter.
http://cithy-hunter-rp.xooit.com/index.php
N’hésité pas a venir y faire un petit tour, le forum evolue constamment, il est encore récent mais possede déja 25membres environs, nous travaillons déja sur le design 2.0 du forum nous vous attendons, venez vivre vos aventures dans l’univers fantastique du city hunter. Je rappel que vous avez également la possibilité de créer votre propre personnage et de le faire évoluer a votre guise dans notre univers.
A bientot.