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M. Gainsbourg Revisited - Compilation hommage

Par Labosonic • jeu 9 mar 2006 • Categorie: Musique

Album sorti en mars 2006

Le génie de Serge Gainsbourg a toujours été constitué d’une étrange alchimie : des mélodies aux orchestrations adaptées à l’air du temps qui se conjuguent à des textes qui dissimulent mal une réelle poésie sous de sulfureuses provocations ou des calembours parfois douteux. Quinze ans après sa disparition, s’il a été maintes fois copié, nul n’a jamais vraiment réussi à l’égaler avec constance. La sortie d’un nouvel hommage, intitulé Monsieur Gainsbourg Revisited, essentiellement anglo-saxon, va-t-elle donner l’occasion de trouver enfin un successeur digne de son talent ?

Des textes de ce disque, il n’y a, hélas, que peu à dire malgré le travail d’adaptation en anglais de Boris Bergman. Beaucoup perdent de leur magie pour les francophones, habitués à l’art unique qu’avait Gainsbarre de faire claquer les mots, des plus obscènes aux plus simples, comme des accords de guitare rock. Ainsi Le poinçonneur des Lilas, repris pourtant de manière habile par The Rakes, perd beaucoup de son charme transformé en un Just a man with a job.

Passons très vite sur ceux dont la performance, pourtant ratée sur l’album, ne décevra personne, tant leur manque d’originalité est habituel. Carla Bruni chante un lassant Ces petits riens rebaptisé Those little things de son traditionnel ton monocorde et accompagnée de sa sempiternelle guitare acoustique. Jarvis Cocker ne peut apporter aucun relief à sa reprise de Je suis venu te dire que je m’en vais très mal ré-orchestrée par un Kid Loco sans imagination. Brian Molko, avec son groupe Placebo sur The Ballad of Melody Nelson, est lamentable. Et ce n’est pas sa performance sur Requiem for a Jerk qui le rachète.

Fort heureusement, l’album n’est pas constitué uniquement de tels ratés. Par deux fois même, des femmes ajoutent au caractère sexuel des textes de Gainsbarre une certaine ambiguïté saphique qui réhausse les traductions d’un piment inédit. Karen Elson et Cat Power arrivent ainsi à s’imposer pour une intéressante reprise de Je t’aime moi non plus. Sly and Robbie, en vétérans du reggae et avec Lola R For Ever, donnent à Marianne Faithful l’opportunité de prouver à quel point elle est une grande dame. Elle roule les r du mot rastaquouère avec une voix rauque, profonde et sensuelle en accord parfait avec les rythmiques dub de ses compères.
Jouant aussi sur le même registre sulfureux, Marc Almond interprète un Boy toy qui va si bien à sa réputation. Avec l’aide de Trash Palace, il fait preuve d’une sensibilité dans l’interprétation qu’on ne lui connaissait guère plus depuis les grandes heures de Soft Cell.

Beaucoup plus étrange mais grandement réussi est l’Hôtel chanté par Michael Stipe ; le leader de REM s’y incarne en un Gainsbourg anglophone plus vrai que nature. Sans jamais verser dans le sacrilège et par la grâce d’une ré-orchestration discrète et brillante d’un des plus beaux moments de L’homme à la tête de chou, il démontre des qualités vocales insoupçonnables.
L’association, a priori incongrue, de Jane Birkin et de Franz Ferdinand est aussi une excellente surprise. Gainsbourg, contraint par le chétif filet de voix de sa muse, ne la posait que sur des arrangements subtils. À l’inverse, les quatre écossais jouent leur reprise de Sorry Angel avec toute l’énergie qui a fait leur succès, réservant les chuchotis de Jane aux breaks de leur relecture rock endiablée.

Mais l’album est marqué par deux véritables chefs-d’œuvre qui démontrent la créativité de leurs interprètes. Le Boomerang 2005 proposé est d’une impeccable modernité.
Feist, décidément toujours bien entourée et Dani se laissent guider dans un mélange de piano et de claviers reggae qui prend par moment des allures hip-hop. Gonzales, impressionnant maître de cérémonie, prouve s’il en était encore besoin, par cette collaboration, l’intégralité de son talent.
Quant à Tricky il réussit à faire d’Au revoir Emmanuelle un objet musical non-identifié. Comme à son habitude, il transfigure l’œuvre. Jouant sur les contrastes, il mélange le chaud et le froid, le divin et le démoniaque ; il juxtapose des boucles rythmiques malsaines et sa voix au bord de l’asphyxie avec de subtils fragments samplés soutenus par de doux chorus féminins. Tout en délicatesse, en nuances, il délivre une relecture trip-hop de l’œuvre de Gainsbourg au-delà de tout ce qui a été fait auparavant, y compris celle de Portishead très décevante sur cet album.

Monsieur Gainsbourg Revisited, compilation hommage, chez Barclay.

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Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
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3 Réponses »

  1. Un peu dure la critique sur la reprise de Placebo et de Melody Nelson, sinon je suis en accord avec le reste. Sympa ce petit site culturel… Bonne continuation.

  2. Merci beaucoup pour les encouragements! Nous espérons que Culturofil continuera pendant encore longtemps à satisfaire vos attentes.

  3. [...] La tendance des tributes, ou compilations rendant hommage à des artistes déjà reconnus, semble gagner la France. Après l’intéressant On dirait Nino l’an dernier et simultanément au Monsieur Gainsbourg Revisited, est paru un Grand Dîner, consacré à Dick Annegarn. Autour de la table sont convoquées les têtes d’affiche du label Tôt ou tard, et si le résultat est, comme d’habitude, inégal, certains morceaux méritent réellement le détour. (L) [...]

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