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Littoral de Wajdi Mouawad

Par Marie Baudet • ven 10 mar 2006 • Categorie: Théâtre

Représentations jusqu’au 22 mars 2006

La mort d’un père, un voyage initiatique et c’est la vie d’adulte de Wilfrid qui débute, incertaine, fragile, simplement, mais qui nous bouleverse et nous happe, car le temps n’est pas si loin où comme lui nous trouvions refuge dans la fiction, et qui sait, encore peut-être, le faisons nous dans les salles sombres.

Wilfrid vient de perdre son père. Sa vie d’homme commence et dans le deuil qu’il doit faire, il découvre qui il est : qui est ce père qu’il a si peu connu, cette mère morte à sa naissance, leur pays natal rongé par la guerre et où il a entreprit d’enterrer ce dernier. Littoral se déroule comme une quête initiatique, l’homme devient adulte en faisant face, seul, à la réalité. Pour cela, il doit se débarrasser de ses amis imaginaires que sont le chevalier Guiromelan et le réalisateur de cinéma, en leur donnant la mort par le simple fait de les engloutir dans l’oubli.

Et à travers cette quête, se dévoile l’image de la guerre. Des guerres en général, qui déciment tout un pays, qui le remplit d’horreur et laissent derrières elles des hommes sans espoir, ni avenir. Les personnes que Wilfrid rencontre, lors de son voyage, sont toutes des témoins qui décident de raconter leur histoire, parce qu’il faut dire avant de pouvoir être, il leur faut reconnaître leur père dans celui de Wilfrid pour porter leur deuil, le deuil d’un peuple qui ne se veut plus soumis, pour relever la tête, pour éloigner la malédiction. Se forment alors les témoignages pour ne pas oublier, il y a ces noms à retenir pour savoir qu’ils ont bien existés, que leur mort n’aura pas été vaine, il est important que personne ne tombe dans l’anonymat.

Et ici, c’est bien de l’existence dont il est question, de ses joies, de l’amour fou et de ses malheurs, existence qui souvent se mélange avec les rêves, même avec la mort, refuges illusoires face à la difficulté de vivre. Tout n’est que jeu d’ombres et de fantômes, dont Wilfrid doit se séparer pour affronter la douleur qui fera pourtant de lui un être accompli et serein. De l’insouciance de sa jeunesse, il lui faut prendre conscience de ses origines, de son passé, de la peine éprouvée lorsque l’on se retrouve orphelin ; après, c’est l’acceptation de soi et du monde : étape majeure qui donnera consistance à sa vie d’adulte, passage du songe enfantin à la réalité.

Quelques draps étendus pour tout décor, ainsi réduit à son strict minimum et c’est l’univers imaginaire de Wilfrid qui suffit à peupler la scène. Un rai de lumière nous fait passer du salon à la salle funéraire, un peu de sable nous emmène là-bas, en terre étrangère. Il n’y a pas besoin de plus, notre imaginaire est là aussi, qui se régale de la langue de Mouawad, l’auteur, du jeu si énergique des comédiens qui sont dans l’urgence de dire, de faire, la parole devenant vitale. Toujours en rupture, oscillant entre le rire et les larmes, cette pièce nous émeut et nous touche au plus profond, car ici, nul pathos, la vie se déroule sous nos yeux la plus simplement du monde aux travers des multitudes d’émotions, tout en légèreté et gravité.

Le souffle de Mouawad, de la mise en scène de Magali Léris, se fait comme la mer, il nous berce, nous avale, et puis nous emporte, nous emporte, nous emporte…

Littoral, Wajdi Mouawad, mise en scène de Magali Léris.
Au Théâtre de l’Ouest Parisien (Boulogne-Billancourt) du 10 au 14 mars, au Bateau Feu (Dunkerque) le 17, et au Théâtre de la Foudre (Petit-Quevilly) les 21 et 22 mars.

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Marie Baudet est une ancienne rédactrice Théâtre du magazine.
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