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Gilles Balmet, le plus-que-parfait du subjectif.

Par Pascaline Vallée • lun 20 mar 2006 • Categorie: Art Contemporain

Exposition du 22 mars au 8 avril 2006

Sur la vitrine de la galerie Nuke, où trois œuvres de Gilles Balmet étaient exposées jusqu’au 4 mars, une grande figure symétrique s’étalait. Telle la toile finement construite d’une araignée un peu farfelue, Window allie délicatesse et hasard, donnant une forme construite aux interprétations multiples. En effet, l’œuvre de Gilles Balmet s’inspire du test de Rorschach, dont elle reprend le mode aléatoire de construction. Ainsi, elle prend vie selon les spéculations du spectateur.

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Car pour ce jeune artiste, l’art se conjugue au plus-que-parfait du subjectif. Dans ses œuvres, tout est harmonieux et minutieux. Tout, jusqu’au chaos que pourrait générer l’aléatoire, et qui retrouve une organisation par la symétrie. Toujours, l’œuvre finie exalte un sentiment d’équilibre, de ceux qu’on éprouve habituellement à reconnaître un sujet peint avec justesse. Mais ici pourtant, la forme n’est pas figurative, et la seule reconnaissance possible naît de l’imagination du spectateur. Au fil des découpes et des traits, celui-ci est en effet libre de recréer un visage, un objet, ou de se laisser guider sur les chemins sinueux de ces traits.

Pour sa deuxième exposition personnelle, Gilles Balmet avait choisi trois supports différents, qui lui permettaient de développer son style tout en conservant le principe de la série. Outre la découpe adhésive, utilisée sur la vitrine, le visiteur pouvait ainsi s’attarder devant une toile et une installation, qui démultipliaient dans le même esprit des entremêlements noirs et symétriques. La toile a été créée par un pliage en éventail, ce qui a permis de dédoubler les formes tracées. L’installation quant à elle, consistait en une étagère dont chaque case contient un classeur noir, découpé et plié de manière symétrique selon un dessin aléatoire. L’œuvre faisait ainsi écho à l’étagère remplie de classeurs qui occupe un autre mur de la galerie, devenant ainsi sa symétrie conceptuelle.

En se réappropriant un procédé aléatoire, Gilles Balmet crée une nouvelle forme de langage, fait de dessins tribaux dont il appartient au visiteur de reconstituer l’histoire. Loin de s’apparenter à des motifs décoratifs, les éléments déploient en effet une telle amplitude contrôlée qu’ils attisent inévitablement la curiosité.

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Pour en savoir plus, Culturofil a donc rencontré l’artiste…

Pascaline Vallée : Trois œuvres, trois techniques, pourquoi ?
Gilles Balmet : J’aime bien varier les mediums. La toile a déjà été présentée lors de mon expo d’Amiens (Digital Garden, sa première exposition personnelle, ndlr), quant à l’installation, j’avais déjà commencé à travailler sur cette idée. La galerie Nuke a été le cadre propice.

PV : Cette bibliothèque ressemble beaucoup à celle de la galerie Nuke, qui sert aussi de bureau.
GB : J’aime surtout l’idée de combiner l’élément minimal de la bibliothèque (qui pourrait s’apparenter à une sculpture minimale) et d’éléments (les classeurs découpés) de sculpture moderne. L’installation des classeurs fonctionne aussi sur l’évocation qu’elle suscite. C’est-à-dire que l’on peut s’imaginer des fonctionnaires réaliser le même traitement à leurs classeurs et donc entreprendre une appropriation esthétique des éléments de leur travail. Je m’intéresse aussi au travail de projection mentale du spectateur sur les modèles classeurs.

PV : D’où t’est venue l’idée de t’inspirer du test de Rorschach ?
GB : Il y avait d’abord un attrait visuel pour les choses symétriques, mais c’est aussi un intérêt conceptuel. Avec mes oeuvres j’ai développé une sorte de grammaire visuelle, un procédé qui a ses codes… C’est vrai qu’il y a un côté un peu « laboratoire » dans mon travail.
L’Histoire de l’Art m’intéresse beaucoup. Des gens comme Antoine Pevsner ou Louise Nevelson m’ont sans doute inspiré.

PV : Toutes ces œuvres engagent à la libre interprétation, pourquoi choisir de ne pas orienter le spectateur ?
GB : C’est l’idée de l’ « œuvre ouverte » d’Umberto Eco. L’œuvre suggère une multitude d’interprétations. La perte visuelle m’intéresse aussi. J’aime bien l’idée qu’on essaie de se raccrocher à des éléments de l’œuvre. D’ailleurs, le vernissage était un véritable concours de lecture, les gens voyaient des visages, des insectes, c’était plutôt intéressant… D’une manière plus générale, j’aime bien les procédés rapides de création d’image. Il me faut de l’efficacité, que l’œuvre se crée dans l’impulsion.

PV : J’ai vu qu’une de tes œuvres a récemment été achetée par le FMAC de Paris.
GB : Je suis très heureux que Les Winterdreams, qui était l’œuvre maîtresse de la première exposition à la Nouvelle Galerie de Grenoble, soient entrées dans la collection du FMAC, d’autant que les œuvres circulent par la suite dans des lieux intéressants.

PV : Quelle serait la collection dans laquelle tu aimerais entrer, celle qui marquerait pour toi la consécration ?
GB : Pour l’instant, j’aimerais continuer à exposer dans des lieux intéressants, en France et à l’étranger, et pouvoir produire de nouvelles pièces, qui pourront peut-être un jour intégrer de bonnes collections, privées ou publiques, d’art contemporain.

PV : As-tu d’autres expositions en perspective ?
GB : Je reviens tout juste d’Allemagne, où j’exposait à la Kunsthalle de Halle. Je montre aussi une vidéo au LAAC de Dunkerque, dans une programmation qui s’intitule Loosing my mind. En Mars, je participe à une programmation vidéo, à la salle Michel Journiac (à la Sorbonne). Ma vidéo Aïkido sera projetée dans la programmation Displacements du 22 mars au 8 avril.

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PV : Peux-tu me parler de ces vidéos ?
GB : Je produis beaucoup de nouvelles pièces. Chacune est l’objet d’une nouvelle réflexion, souvent liée au cadre de vie et à la temporalité. Je cherche à capter un moment d’entre-deux, ici la fin d’une séance d’aïkido. En général, les gens ne savent pas qu’ils sont filmés, ce qui a poussé certains à parler de voyeurisme. Je réalise souvent des plans séquences. L’aspect chorégraphique de mes vidéos est un paramètre important, qui se retrouve dans plusieurs de mes œuvres. Je travaille aussi surtout sur la construction/déconstruction des images. J’ai également filmé des ouvriers en pause (Workers) ou même utilisé l’irisation de la lentille de la caméra pour Les Peintres. J’ai aussi filmé un voyage en train où chaque arrêt mémorisait une image qui restait en surimpression par la suite. L’important est que le travail de l’image évoque quelque chose en nous, qu’il amène à une réflexion, qui peut être d’un ordre méditatif. C’est aussi un réceptacle pour nos fantasmes.

Un artiste à suivre…

Exposition Salle Michel Journiac, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UFR d’arts plastiques et sciences de l’art, 47-53 rue des Bergers, Paris 15e.
Crédit photographique : Gilles Balmet.

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Une Réponse »

  1. gilles, t’es le plus beau!!!

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