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Une Pièce Montée de Blandine Le Callet

Par Dobrina Clabeaut • ven 24 mar 2006 • Categorie: Livres

Publié en janvier 2006

Dans son premier roman, Blandine Le Callet flirte avec le mariage, une cérémonie fort à la mode dont elle interroge et égratigne les conventions. Petite galerie de portraits à la noce.

Un jour de mariage, quelque part en province. Vincent et Berengère célèbrent leur union. Elle, bourgeoise perfectionniste, a choisi de ne rien laisser au hasard. La cérémonie se déroule comme une mise en scène longuement répétée. En braves petits soldats, les enfants s’intègrent au cortège d’honneur, les invités tiennent les rangs de cette campagne sévèrement chapeautée. Que quiconque s’avise de manquer à son rôle et le service d’ordre de la mariée interviendra, écartant ici et là une gamine trisomique, un neveu à la salopette non homologuée. Saluts mécaniques, poses étudiées : la grande bourgeoisie s’apprête à perpétuer ses rites autour du panthéon conjugal. Dans un décor bucolique, insidieusement péremptoire, le couple consacre son engagement, sa prétention à l’éternité. Un idéal de mariés en sucre glace, une croyance en l’immuabilité du bonheur qui dégouline au soleil. De ce culte du grand apparat, les témoins ne sont pas dupes. Et le marié lui-même ne peut se préserver d’un haut le cœur face aux exigences de sa future femme. La vue de l’impérieuse pièce montée, « cette pyramide grotesque […] cette monstruosité pâtissière sur son socle de nougatine », laisse le jeune homme écœuré, dubitatif.

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Dans ce roman où quelques invités livrent tour à tour leur point de vue, la petite Pauline ouvre le bal. Dans la luxueuse 806 en cuir de ses parents, entre son frère et sa sœur, elle contient sa hâte d’arriver à l’église. Là, derrière l’émerveillement des belles robes, sous le tourbillon des froufrous et des dentelles, elle voit poindre l’intolérance et l’égoïsme des grandes personnes. Lucie, la fillette étrange dont sa mère évoquait, à demi-mot, le handicap, se tient à ses côtés pendant la messe. Brusquement, la sœur de la mariée intervient, saisit la main de la petite pour l’extraire du cortège. Lucie est mongolienne. Elle restera à l’écart, à loin d’un cadre de famille voulu parfait. Pour Pauline, le monde des adultes s’est soudain ouvert, trahissant des tares familiales autrement laides et profondes que celle de Lucie. Son malaise d’enfant rejoint celui de Bertrand, le prêtre solitaire qui officie en face d’elle, et que le doute assaille en pleine célébration. Après la cérémonie, Madeleine, la grand-mère acariâtre, presque aveugle, gagne sa table à tâtons. Excédée par sa propre décrépitude, l’indomptable vieillarde vilipende quiconque tente de lui venir en aide. Quelque part dans le parc, au bord de l’eau, Hélène, la mère de Pauline, s’abîme en elle-même. À mille lieues de la fête, elle songe qu’il lui faudra bientôt quitter son mari. Quant à l’oncle Jean-Philippe, méprisé par les siens depuis sa mésalliance, il se morfond en songeant aux infidélités de sa femme, à jamais trop séduisante pour lui.

Sur la vaste scène de cette pièce montée, rodée, calculée au détail près, tous se croisent, se saluent et se toisent, le temps d’une valse, avant de disparaître, noyés dans la foule des invités. Le mariage est une fabrique de rencontres stériles, d’amitiés sans lendemain. La noce devient monde de l’éphémère que le récit restitue à travers une succession de points de vue dissonants, d’instants de vie pris sur le vif. Chaque personnage prend longuement la parole, laisse sa subjectivité affleurer à la lumière d’évènements que les autres vivent simultanément, mais sans aucun partage. À travers cette succession de regards intimes, Blandine Le Callet parvient à percer les apparences. Peu à peu, l’hypocrisie générale se fissure, les masques tombent. Chacun se replie sur soit, s’adonne à l’introspection, s’essaie au bilan de son existence amoureuse, et révèle du bonheur conjugal son envers. Ces histoires simples d’où nulle grandeur n’émane commentent comme autant de voix-off cette fête pompeuse, cette comédie de l’amour jouée à satiété.

Dans ce premier roman sérieux, miroir fidèle des prétentions bourgeoises et de leurs amères désillusions, Blandine Le Callet déploie une écriture fluide et efficace. Mais la lecture d’Une pièce montée se clôt sur une dernière scène lourdement indigeste. Face aux confidences poignantes de son aïeule revêche, Madeleine, archétype de la grande dame entrée en rébellion passive, la dédaigneuse Bérengère révèle in extremis sa fragilité touchante de jeune femme imparfaite. Un dénouement tarte à la crème dont certains sauront s’émouvoir.

Une Pièce Montée, Blandine Le Callet, éditions Stock, 324 pages.

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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Livre du magazine.
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2 Réponses »

  1. [...] “Une pièce montée” – qui sortira sur nos écrans en décembre prochain – adapté du roman de Blandine Le Callet publié en 2006 (avec les jeunes acteurs Jérémy Rénier et Clémence Poesy, sans oublier un [...]

  2. Le prochain roman sort début septembre chez stock !!! “La ballade de Lila K”. L’ayant eu entre les mains, je peux assurer que les fans ne vont pas être déçus !

    Voici la quatrième de couverture :

    La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge. Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue. Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité. Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore… Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.