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Luc Quinton, Vous avez dit : droits de l’homme ?

Par Pascaline Vallée • lun 27 mar 2006 • Categorie: Photographie

Exposition jusqu’au 5 avril, puis jusqu’au 7 août

Appréciation de Pascaline niveau 2

Vous avez dit : droits de l’homme ? Reprenant son art de l’équivoque, on pourrait répondre à la place de Luc Quinton : de quel droit ? Comment peut-on oser afficher, dans un monde si inégalitaire, l’assurance que l’égalité universelle est un fait accompli ? Et de quels droits, au sens strict, parle-t-on ? Pour créer le livre jumelé à l’exposition, l’ « artisan colleur » a fait appel à quarante contributeurs. Leurs textes, basés sur des articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, montrent qu’il reste des inégalités, et appellent parfois le lecteur à s’y opposer. Ainsi Zarina Khan lance-t-elle un clinquant « Debout les hommes ! Droits ! », pour que s’écartent les barreaux des inégalités. Les écrits entrent ainsi plus ou moins en résonance avec les collages de Luc Quinton pour une nouvelle déclaration universelle, celle de gens d’horizons différents, réunis au nom des droits de l’Homme.

Disposés sur des toiles de jute et encadrés, trente-cinq collages parcourent les mondes et révèlent leur étrangeté. Alliant humour et revendication sociale, Luc Quinton ne se contente pas de nous livrer un message univoque, car ce serait trop facile. Ce colleur en colère choisit plutôt de rapprocher habilement les réalités, et vient ainsi chatouiller les cordes de nos neurones pour les faire réagir. Les titres sont en cela essentiels. Equivoques, ils révèlent souvent un sens caché de l’image. Ainsi à fric permet de décoder l’assemblage d’un peuple portant des sacs et d’une table luxueusement dressée.

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Fausse note quant à lui, joue sur la subtilité. Tandis que l’image s’emplit presque entièrement d’une future nouvelle star se dandinant sur fond de hamburger dégoulinant, on découvre en bas à droite une petite fille convertie en joueuse d’accordéon mélancolique, qui aimerait voir un autre futur. Un verre de chez McDonalds, posé à ses pieds pour récolter quelques pièces, introduit la fausse note annoncée, en réunissant le décor et son envers.

Agitateur de neurones, Luc Quinton soulève habilement les paradoxes et déboires de notre société, le tout dans un panaché de couleurs. Déportés, femmes voilées, enfants aux grands yeux et autre déçus du monde peuplent ses images. Colporteur des résistances, il rend concret ce que leurs yeux muets semblaient dire aux photographes occidentaux en voyage, s’introduisant jusque dans leur inconscient. Le magnifique T’rêve, collage de façades fleuries sur des immeubles dévastés du Tiers-monde, nous place ainsi dans l’esprit plein d’espoir d’un habitant.

Par ailleurs, pour Luc Quinton, la pratique de ce qu’on pourrait appeler le Col’art ne va pas sans de nombreuses références historiques et culturelles. Car il ne s’agit pas ici de photomontages visant à produire une nouvelle réalité. L’œuvre produite est porteuse d’un héritage, plus ou moins facilement identifiable. Du front populaire au cuirassé Potemkine, en passant par la chanson du temps des cerises, l’artiste multiplie les emprunts symboliques. Ce faisant, il se rapproche de son spectateur, qui a lui aussi intégré cette culture. L’emprunt est même poussé jusqu’à réactualiser la peinture classique, lorsque s’ajoute aux Glaneuses de Millet une femme noire d’aujourd’hui.

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Certains collages, plus artistiques que politiques, abordent quant à eux les libertés de manière moins évidente. Ainsi les feuilles mortes nous montre un Jacques Prévert écrivant contre un mur son inspiration soudaine, tandis que des feuilles, porteuses de sa liberté d’expression, s’envolent autour de lui. Ailleurs, un singe posté en penseur tout près de la statue de la liberté semble juger sarcastiquement les hommes et leur hypocrisie.

Luc Quinton, qui entend « militer au travers des images », marie ainsi habilement art et problèmes sociaux, qu’il aborde d’une manière insolite et efficace. L’artiste rend communicatives l’envie d’agir sur les problèmes, mais aussi celle de pratiquer à son tour l’art du collage.

Luc Quinton, Vous avez dit : droits de l’homme? jusqu’au 5 avril à La Rampe, Echirolles, et du 21 juillet au 7 août 2006 à Mirabel. Exposition virtuelle sur internet.
Livre disponible en contactant l’auteur.
Crédit photographique : Luc Quinton.

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Pascaline Vallée est une ancienne rédactrice Arts du magazine.
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3 Réponses »

  1. Simplement merci à Pascaline - délicieux prénom - pour sa vision et, son article.
    Bien amicalement,
    Luc Quinton

  2. Lequel des deux est à remercier, la lune ou le doigt du sage qui montre la lune? ;)

  3. ” de deux choses lune, l’autre c’est le soleil “Prévert avait bien raison.
    Quant à moi, je ne sais si je suis le doigt du sage, mais…

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