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Collection Rupf : la face cachée du cube

Par Pascaline Vallée • lun 3 avr 2006 • Categorie: Peinture/Dessin

Exposition jusqu’au 5 juin 2006

Appréciation de Pascaline niveau 2

En démultipliant les points de vue, les cubistes entendaient offrir au spectateur une vision de l’objet qui soit la plus complète possible. Pourtant, une face ne s’offrait jamais au regard : celle posée sur le sol. Cette face, base invisible de l’objet, pourrait aussi être la métaphore de l’exposition Rupf présentée au musée de Grenoble. Des essais de Braque aux balbutiements de Léger, en passant par les recherches de Kandinsky, la collection offre en effet un aperçu de cette même face cachée, lieu d’effervescence et de recherches.

Picasso, Braque, Léger… Rupf les a connus et encouragés dès leurs premiers pas dans le monde déformé de l’abstraction. Exposées pour la première fois en France, les toiles de la collection Rupf témoignent de la qualité d’amateur éclairé de ce négociant suisse. En rendant publique la collection, par la création d’une fondation à son nom après la seconde guerre mondiale, ce philanthrope des arts prit soin de prévoir des fonds pour la poursuite des achats. Il assura ainsi l’existence d’un ensemble unique et inestimable.

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Vision parcellaire, l’exposition L’art de collectionner se révèle néanmoins très riche. Au détour des salles, on y découvre avec surprise des artistes tels qu’on ne les connaissait pas. Derain pas encore tout à fait fauve créait des toiles aux apparences d’aquarelles, bercées de demi-teintes et d’espaces blancs. Klee, que Rupf fut l’un des premiers à découvrir, révèle une vision surréaliste méconnue. Sa Tête avant l’éveil est en cela particulièrement remarquable. En effet, de loin, on y distingue un visage endormi, suggéré par des traits noirs et quelques taches de couleurs. En s’approchant, un dessin en filigrane apparaît. Quelques traits ondulés à la manière de collines parcourent une ligne horizontale, tandis que, sous la paupière close, on devine une petite porte fermée. Comment alors ne pas penser à Freud, et à ses réflexions sur le rêve, chemin qui ouvre les portes de l’inconscient ?

Moment d’entre-deux, le demi-sommeil occupait également André Masson, dont plusieurs dessins automatiques témoignent ici des recherches. Premières audaces de jeunes artistes, les œuvres ainsi rassemblées recréent un souffle de l’atmosphère créatrice qui pouvait régner à l’époque. Derrière de timides tentatives d’abstraction, l’envie de renouveau est palpable. La reprise de mêmes thèmes d’un artiste à l’autre permet d’ailleurs de comparer les évolutions et l’esprit créatif de chacun. Ainsi, le titre Guitare et Compotier s’applique aussi bien à une toile de Picasso (1909), dont l’harmonie et les doux tons pastel ont tout pour étonner, qu’à l’œuvre déjà démantibulée de Braque.

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Partout, on ressent encore l’influence de Cézanne. Des maisons penchées de Vlamink aux prémices cubistes de Braque et Picasso, ses principes semblent résonner à travers les salles. Léger, élève studieux, ira même dans son Contrastes des formes jusqu’à appliquer à la lettre l’instruction du maître, selon laquelle il faut « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône ». En effet, on y voit des cylindres en vol, déjà bariolés des traits rouges et bleus caractéristiques du peintre.

Car si elles ne sont pas très connues, ces œuvres ne peuvent cependant pas être qualifiées de mineures. On y reconnaît chaque style, certes pas toujours abouti, mais qui immanquablement s’exprime sans hésitation. Suivant les recherches tâtonnantes, le spectateur pénètre ainsi dans cette logique interne décrite par Braque, qui disait : « l’écho répond à l’écho, tout se répercute ». Devenu sourcier, ou plutôt chercheur d’or, le visiteur pourra à loisir suivre cet écho et découvrir des pépites, remerciant chaque fois Hermann Rupf pour ses talents d’explorateur de l’art.

Braque, Klee, Léger… L’art de collectionner, jusqu’au 5 juin 2006, au musée de Grenoble.
Maisons à l’Estaque, Georges Braque, 1908, huile sur toile, 73,0 x 59,5 cm.
Le Niesen, Paul Klee, 1915, aquarelle et crayon sur papier carton, 17,7 x 26,0 cm.
Crédit photographique : 2005 by Prolitteris, CH-8033 Zürich.

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Une Réponse »

  1. j’adore

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