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Lenore : humour noir et fillette morte

Par Julien Meyrat • mar 4 avr 2006 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Album publié en mars 2006

Appréciation de Julien niveau 1

Dans un de ses poèmes les plus joyeux, Edgar Allan Poe écrivit :
« A dirge for her, the doubly dead
In that she died so young.
»
Lenore, l’amour perdu de l’auteur des Histoires extraordinaires, celui que le corbeau de son plus fameux poème déclare impossible à retrouver (« Jamais plus ! »), morte deux fois car morte si jeune… Eh bien elle l’aura son « dirge ». Roman Dirge, pour être précis.

Devenue héroïne de bande dessinée, Lenore revêt l’aspect d’une « mignonne petite fille morte ». Gentille gamine malencontreusement décédée et embaumée, elle a préféré revenir pour assister à son propre enterrement. Depuis lors, elle squatte un manoir plutôt lugubre, entourée d’un bestiaire étrange et inquiétant. Inutile de chercher une quelconque logique, elle serait totalement hors sujet. Il suffit de savoir que dans Lenore, l’ambiance est lugubre, le thé a goût de liquide vaisselle (sinon d’essence à briquet) et l’humour se prend noir. Très noir.

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Après la fantasy, la science-fiction, le super-héros, nous voici dans le gloomy comics (vaguement traduisible par « BD glauque »). Le présent volume édité par Semic (collection Semic Gloom, justement) réunit les quatre premiers albums de la série. Une VF très correcte par ailleurs : Roman Dirge n’étant pas Poe, on pardonnera au traducteur Philippe Touboul de n’être pas Baudelaire ! Par delà l’influence du grand auteur américain, le personnage de Lenore (curieusement mignonne pour une tueuse psychopathe) se situe dans la droite ligne des créatures vicieuses et cruelles de Happy Tree Friends ou de Retarded Animal Babies. Dirge tient d’ailleurs un site web où on peut visionner les aventures de sa gamine décédée en flash (avec du son, c’est encore plus drôle).

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Mais l’influence majeure de Roman Dirge, celle qui saute aux yeux de quiconque feuillette quelques pages, c’est Tim Burton. Pas le Tim Burton romantique et attendrissant de Big Fish ou de Ed Wood, non, non. Je parle du Tim Burton des origines, le graphiste torturé qui s’est fait virer des studios Disney parce que ses croquis pour Taram et le chaudron magique étaient trop sinistres. Celui qui a réalisé Vincent et Frankenweenie, courts-métrages revigorants préfigurant Beetlejuice et autres Edward aux mains d’argent. Celui qui a conçu les designs fantasmagoriques de L’Étrange Noël de Mr Jack et des Noces Funèbres. Celui surtout qui a signé La Triste Fin du petit Enfant Huître, un recueil de poésies macabres, sombres et drôles, narrant les aventures de Stainboy l’enfant-tache, de la petite fille-allumette, de l’enfant avec des clous dans les yeux et d’autres créatures malheureuses et condamnées par leurs particularités. Des aventures pessimistes autant qu’hilarantes, servies par le graphisme unique d’un visionnaire multidisciplinaire. Dirge, fasciné par cet aspect joyeusement sombre, a donné à tous ces enfants une grande sœur à leur mesure. Lenore est une psychopathe tendant à brûler, piétiner, étrangler, hacher, mutiler et désentripailler tout ce qui est mignon autour d’elle. Sans une once de remord, cela va sans dire.

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Il ne s’agit là que d’un thème autour duquel Dirge brode au gré de son imagination. Tantôt poésies hallucinées à la Poe et illustrées à la Burton, tantôt saynètes n’ayant qu’un lointain rapport avec « l’héroïne », souvent dérangeantes (parfois sados, parfois masos, mais jamais triviales), tantôt éléments d’autobiographie visant clairement à boucher un trou dans les pages, Dirge nous mène sur la pente sombre et glauque du comics underground. Les dernières planches attestent d’ailleurs de son accointance avec le milieu du gothique new-yorkais : Jhonen Vhasquez (Johnny the Homicidal Maniac), Ted Naifeh (Courtney Crumrin et les choses de la nuit, paru en français chez Akiléos) ou encore Voltaire (Oh My Goth!) signent chacun une page sur la petite macchabée. Bel hommage à un des auteurs les plus représentatifs d’un genre certainement à part, car c’est sa raison d’être, mais décidément salutaire. « On a tous notre côté obscur, commente Dirge, je suis juste content que le mien ait pris l’apparence d’une mignonne petite fille morte ! »

Lenore, tome 1, Noogies, texte et dessins Roman Dirge, éditions Semic.
Crédit photographique : 1999, 2000, 2006, Roman Dirge et 2006 SEMIC S.A.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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4 Réponses »

  1. Il me semble que quand Poe publie Lenore et The Raven, Virginia n’est pas encore morte mais déjà malade et invalide. Morte et pas morte en même temps, comme la mignonne petite fille… morte.

  2. Merci pour cette précision. J’ai lu du Poe, mais je reconnais ne pas être un spécialiste de sa bio.

  3. lenOre es la mejor! me encantaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
    i love lenore
    is the best
    c’est trop cool!

  4. si es genial !!! que bonito su dibujo :D

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