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Adam Green - Jacket full of danger

Par Labosonic • jeu 6 avr 2006 • Categorie: Musique

Album sorti le 13 mars 2006

Appréciation de Labosonic niveau 2

Si l’on se fie à sa discographie passée, en solo ou avec les Moldy Peaches, on pourrait faire croire qu’Adam Green aime la folk music (voire l’anti-folk) mais Jacket full of danger, où sa voix mi-nonchalante mi-désabusée qui s’illustre sur des mélodies soigneusement orchestrées, est un pur album de crooner. Il est cependant ardu de trouver un épithète pour préciser et éviter toute confusion. En effet, il est hors de question de mettre ce disque sur le même plan que celui de Paul Anka, contraint pour se persuader d’être moderne de reprendre des chansons que même ses petits-enfants trouvent ringardes. Pire encore, on pourrait le classer dans la catégorie des James Blunt ou autres Michael Bublé, clones masculins de Norah Jones, dont les mélodies à l’eau de rose dégoulinent de bons sentiments à défaut d’être inventives. Tout le talent d’Adam Green réside dans sa capacité à être moderne dans un style musical qui n’attire que les railleries et les clubs du troisième âge.

Pour réaliser ce défi, il va prendre le pire et le meilleur du genre pour en réaliser une synthèse dont le résultat est à couper le souffle. De Frank Sinatra, le maître incontesté, il a les capacités vocales et surtout cette faculté de faire swinguer les mots les plus banals. À cette excellence musicale soulignée par son talent, il va opposer une thématique très proche de la personnalité du même Sinatra. Mais certainement pas le personnage public, non l’autre, le vrai, celui qui dans les années 50 régnait sur Las Vegas avec la Mafia, organisait des orgies, se vautrait dans les pires excès et n’enfilait un masque de gendre idéal que pour chanter des bluettes aux ménagères de l’amérique puritaine.

En d’autres termes et comme l’indique si bien le titre de l’album, la voix d’Adam Green est dangereusement subversive. Ainsi, sa variation sur le sempiternel thème du chanteur mal aisé s’intitule Drugs et narre le désespoir d’un homme dont l’amante a jeté les stupéfiants. Pay the toll qui ouvre l’album, s’apparente à une complainte de l’amoureux éconduit. Mais il ne peut s’empêcher de poser quelques questions qui pervertissent ce qui aurait pu être une banale chanson d’amour : « How many drugs does it take to find something to do ? How many drugs does it take to get you out of my mind ? »

À ses ballades chantées d’un ton romantique mais aux textes décalés - on notera par exemple un titre aussi incongru qu’Hairy Woman – s’ajoute aussi un réel travail musical. Aux côtés des paroles déconcertantes merveilleusement orchestrées, se trouvent des mélodies influencées par d’autres styles, notamment la country. Sur White women, Adam Green s’improvise rockeur sur un fond de guitares électriques et de batteries lourdes.

Nat King Cole, probablement le meilleur moment de l’album, se révèle être un habile mélange de guitare acoustique et de cordes symphoniques qui s’emballent au fur et à mesure que l’enthousiasme gagne l’interprète. Entamant son hommage au jazzman de sa voix la plus charmeuse, l’ex-leader des Moldy Peaches s’énerve au fil de la construction du morceau pour terminer par des hurlements rock’n'roll dignes d’un Elvis Presley de la grande époque.

Tour à tour crooner décadent et rocker à la voix de velours, Adam Green fait avec cet album une formidable démonstration de l’étendue de ses talents. Mais le plus remarquable de Jacket full of danger n’apparaît pas à la première écoute. La plus grande richesse de cet album est dans l’art du timing, dans la manière qu’a Adam Green de réaliser des chansons courtes (une quinzaine en un peu plus de trente minutes) sans les vider de leur substance, ni étirer l’essentiel pour le faire rentrer dans un quelconque moule préformaté.

Jacket full of danger, Adam Green, publié par Rough Trade.

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