culturofil_header.jpg

Pascal Colrat, Dans grève il y a rêve…

Par Pascaline Vallée • lun 10 avr 2006 • Categorie: Art Contemporain

Appréciation de Pascaline niveau 2

En ces temps d’agitation sociale, l’œuvre de Pascal Colrat semble coller au plus près de l’actualité. Créée en 1995, elle a été réactivée par les évènements actuels, et montre ainsi l’efficacité de l’art graphique. L’occasion pour nous de revenir sur cet art peu mis en avant.

Art de la commande, le graphisme est souvent assimilé à la publicité et à la communication. Pourtant, même si cette industrie culturelle occupe une grande place dans le secteur, il existe des graphistes auteurs, tels Pascal Colrat, qui font de leur support une scène artistique. Au milieu des contraintes imposées par les commanditaires, ces artistes expriment leur sensibilité et leurs idées.

L’abolition de la notion d’œuvre originale en annule-t-elle l’effet ? Faut-il considérer que ce qui est produit en série perd de ce fait sa valeur artistique ? L’exemple de Pascal Colrat et de ses homologues prouve que non. Cette revendication des graphistes reste pourtant méconnue, comme le prouve la discrétion du festival international de l’affiche et de l’art graphique, qui se tient depuis dix-sept ans à Chaumont, et dont Pascal Colrat réalise cette année l’affiche.

Avec Dans grève il y a rêve, Pascal Colrat conjugue pourtant avec talent réalité sociale et création artistique. Il exploite ici un des principaux atouts de son art, qui est de mettre en connexion une réaction au monde contemporain et une démarche esthétique. Son affiche, créée lors des grèves de 1995, propose en effet une vision originale des mouvements.

dans_greve_il_y_a_reve.jpg

Le texte, qui attire en premier le regard, révèle explicitement le message de l’auteur. À la fois pragmatique et poétique, il soulève le rideau sombre de la brutalité associée aux grèves. En l’inscrivant à même la peau, Pascal Colrat retranscrit subtilement l’ambiguïté de la situation. En effet, on peut sur une première impression y voir un poing levé sorti d’une zone couleur d’anarchie. Mais celui-ci se change en note positive par l’apparition discrète du pouce à son sommet.

On parvient ainsi à la métaphore idéale des manifestations de rue. Violentes en apparence, « coups de poing » au gouvernement, elles sont également porteuses des désirs et rêves sociaux de leurs participants. L’artiste propose ainsi une attitude positive, où la part de rêve et le message artistique sont mis en avant. Il invite son spectateur à dédramatiser l’actualité, et contrecarre par là même les images alarmantes souvent choisies par les médias. Tout se passe comme si, regardant l’incontournable « 20h » avec son spectateur, l’artiste avait subitement appuyé sur « pause », et saisi la main tendue pour y apposer son message en toutes lettres.

Comme dans les happening, l’Humain devient ici le support artistique et la photo sert de preuve de la performance. Le graphisme atteste ainsi de sa capacité artistique, par l’acuité d’un regard éthique et esthétique, dont la vitesse de réaction assure l’impact.

Dans grève il y a rêve, affiche, Pascal Colrat, 1995.
Crédit photographique : Pascal Colrat.

Technorati Tags: , , , , , , , ,

Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Pascaline Vallée

Laisser une réponse