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V pour Vendetta de James McTeigue

Par Marie Guyot • mer 12 avr 2006 • Categorie: Cinéma

Sortie prévue le 19 avril 2006

Appréciation de Marie niveau 2

Pour son premier long métrage, James McTeigue s’est attaqué à un gros morceau en adaptant la bande dessinée d’Alan Moore et David Lloyd. Car V pour Vendetta est bien plus que l’histoire d’une espèce de sauveur au masque clownesque : c’est un véritable hymne à la Liberté.

Vu l’épaisseur de l’œuvre originale, il est normal qu’en passant sur grand écran quelques passages aient disparu. Certains détails modifiés (comme le fait qu’Evey sorte après le couvre-feu pour rendre visite à son oncle malade et non pour se prostituer) visent d’ailleurs à rendre notre héroïne plus pure, plus lucide sur le monde qui l’entoure et plus forte, ce qui bien sûr facilite notre attachement au personnage.

Lorsqu’Evey échappe de justesse à un viol perpétré par des représentants de l’ordre de son gouvernement grâce à l’arrivée de V, elle est loin de saisir jusqu’où les propos de son sauveur vont changer sa vie. « Remember, remember, the 5th of november »1 est sur le point de devenir le leitmotiv de tout un peuple du fait de l’action d’un seul homme. V pour Vendetta peut alors être vu comme un film sur les mouvements de masse, car il nous réapprend ce qu’est l’effet domino : il suffit qu’un seul agisse pour que les autres suivent. Mais ce qui permet à tout un pays d’avoir la force de se soulever contre ses dirigeants est aussi ce qui fait qu’il se tait. Car il suffit qu’un seul se taise, qu’un seul obéisse pour que les autres suivent.

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N’oublions pas que le film de James McTeigue se déroule dans un monde dérivé du nôtre : il y est donc aussi question de « temps de cerveau humain disponible ». Ainsi les personnages sont constamment rivés à leurs écrans de télévision : dès la scène d’introduction, Evey et V regardent la même chaîne ; plus tard Evey regardera le déroulement des actions de V par l’intermédiaire d’un écran ; juste après V se sert des écrans installés dans les rues et chez les particuliers pour lancer un appel en vue du prochain 5 novembre… Et bien sûr la télévision est manipulée par le gouvernement qui lui fait dire ce qui l’arrange.
Heureusement aujourd’hui nous avons encore en France quelques journalistes soucieux d’établir une certaine vérité des faits. Mais la situation des médias telle qu’elle est dépeinte dans V pour Vendetta ne nous est pour autant pas si étrangère que cela puisque les images diffusées à la télévision sont soigneusement choisies et montées pour aller dans un certain sens. Et s’il ne s’agit pas forcément de faire mentir les faits, la subjectivité des équipes de télévision, leurs points de vue, leurs opinions s’immiscent obligatoirement dans le processus de création des images que l’on nous apporte tous les jours au 20h.
En adaptant la bande dessinée, James McTeigue va un peu plus loin qu’Alan Moore dans la dénonciation de cette dictature de l’image : au lieu de figurer le chancelier Sutler, symbole de ce règne, regardant ses hommes de main par l’intermédiaire de petits écrans, le réalisateur choisit au contraire de montrer Sutler presque uniquement par l’intermédiaire d’un écran géant que son visage occupe tout entier. Cette position toute puissante du chancelier, ainsi que les gros plans sur sa bouche lorsqu’il modifie comme ça l’arrange la signification des événements qui ébranlent son pays, finissent de donner au pouvoir des images une place majeure dans V pour Vendetta. Ainsi les plans de ces écrans qui diffusent la bonne parole du chancelier, et que plus personne ne regarde à la fin du film, auront une signification très forte.

La force de V pour Vendetta réside aussi dans ses allusions à un passé historique ayant réellement existé. En ancrant la narration du film dans une réalité palpable, toutes les références au nazisme (le chancelier tout puissant, Evey complètement déshumanisée avec ses cheveux rasés, les marches militaires avec les drapeaux rouges et noirs, la haine de la différence avec la chasse aux homosexuels…) permettent au spectateur non seulement d’adhérer à l’histoire, mais aussi de croire en la possibilité d’un réveil du peuple.

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D’autre part, le masque que porte V participe aussi à toute cette iconographie. Perçu au début du film comme un simple système pour cacher la véritable apparence de son visage (à la fois son identité et son histoire), ce masque prend progressivement un sens différent en se multipliant sous l’impulsion de V.
Toujours étonnamment souriant, cet objet devient le symbole d’une véritable marche vers l’unité : V s’incarne en tout le monde en même temps, et chacun s’incarne en V. Ainsi le peuple tout entier devient l’idée même poursuivie par V et Evey : il ne s’agit plus d’individus, mais d’une collectivité qui se bat pour la même cause. Ce n’est que lorsque ce mouvement sera en marche que les idées pourront réellement résister aux balles, et cette invincibilité ne s’acquiert que par le nombre, ne s’obtient que lorsque les différences s’unissent au lieu de se tirailler. Mais la grandeur de V pour Vendetta réside justement dans le fait que le film ne prône pas pour autant un désir d’effacer les différences. Car une fois que la collectivité a atteint son but, que l’Etat a compris qu’il ne pouvait plus lutter, chaque individu peut retirer son masque et vivre pleinement la Révolution qui a lieu sous ses yeux aux côtés de ceux qui l’ont aidé à la mettre en œuvre, avec sa propre personnalité et toutes ses différences.

Pour visualiser cette bande annonce, vous devez avoir Quicktime.

Réalisation : James McTeigue.
Scénario : Andy et Larry Wachoski, d’après l’œuvre d’Alan Moore et David Lloyd.
Avec : Natalie Portman (Evey), Hugo Weaving (V), Stephen Rea (Inspecteur Finch), John Hurt (Chancelier Sutler), Stephen Fry (Deitrich), Tim Pigott-Smith (Creedy) et Sinéad Cusack (Delia Surridge).
Crédit photographique : 2006 Warner Bros Entertainment.

  1. « Souviens-toi, souviens-toi du 5 novembre »[]
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Marie Guyot est la fondatrice et la Rédactrice en Chef du magazine. C'est aussi une des rédactrices Cinéma.
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2 Réponses »

  1. Je rejoins Mlle Guyot dans son interessante analyse du film et j’ajoute :

    L’anarchisme est toujours défini de façon négative, c’est-à-dire par ce à quoi il s’oppose. Mais l’anarchisme c’est avant tout l’amour de la liberté ! Une politique qui nous conduit à lutter pour l’avènement d’une société plus juste, dans laquelle les libertés individuelles pourraient se développer harmonieusement et formeraient la base de l’organisation sociale tout comme les relations économiques et politiques.
    V pour Vendetta nous le rappelle dans l’essentiel. Il est une incontestable réussite. Technique par sa mise en scène, inspirée, qui souligne ses effets dès les premières minutes (un subtil effet de miroir entre l’héroïne et son futur pygmalion). Idélogique puisqu’il est une célébration, romantique, de l’esprit libertaire face à toutes formes d’oppression.
    En outre, le film se retrouve considérablement enrichi chez le spectateur français par les évènements qui ont secoué la France et son gouvernement; la désinformation et la langue de bois de notre gouvernement trouvant un echo dans le gouvernement totalitaire dépeint par le film.
    A voir donc et à lire aussi…

  2. Tout à fait d’accord avec toi Willy! Pour une fois que nos points de vue convergent sur un film… :-)

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