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La Vierge en bleu

Par Dobrina Clabeaut • ven 28 avr 2006 • Categorie: Livres

Publié le 30 mars 2006

Appréciation de Dobrina niveau 0

La Vierge en bleu, premier roman de l’américaine Tracy Chevalier, paraît en poche. Un récit double et inégal, qui déploie, sur le fond d’une remontée dans l’Histoire, une théorie de l’identité larmoyante.

Au XVIe siècle, pendant les guerres de Religions. Fille d’un fermier et d’une accoucheuse, Isabelle du Moulin vit en Lozère, aux abords du Tarn. À l’heure de la Réforme protestante, elle voue un culte secret à la Vierge Marie. Isabelle est rousse comme la sainte bannie par le protestantisme, et sa ferveur suscite, au même titre que sa chevelure, l’hostilité des villageois. Violée par Etienne Tournier, elle est contrainte d’épouser ce jeune homme brutal dont elle porte l’enfant. Auprès de sa belle-famille, elle va connaître les persécutions infligées aux huguenots et subir l’exil vers la Suisse. Mais Moutier ne sera qu’un refuge illusoire pour cette mère maintenue sous le joug de la violence conjugale, en une terre condamnant sa croyance comme le nom qu’elle a donné à sa fille : Marie.
Quatre siècles plus tard, Ella Turner a quitté les Etats-Unis avec son mari, Rick Middleton, un brillant architecte engagé par une agence toulousaine. Le couple s’installe à Lisle-sur-Tarn, un charmant patelin situé à proximité de la ville rose. Isolée, déracinée, Ella perçoit la méfiance des habitants à son égard. Pour seul repère, elle possède l’adresse d’un cousin suisse établi à Moutier, à quelques huit cent kilomètres de là. En attendant de passer le diplôme l’autorisant à exercer sa profession de sage-femme, elle suit des cours particuliers de français et décide d’entreprendre, avec l’aide de Jean-Paul, l’énigmatique bibliothécaire du village, des recherches sur ses ancêtres, les Tournier. Mais chaque nuit, Ella rêve en bleu, d’un bleu dense et ruisselant qui l’étreint et la submerge, tandis que des pleurs convulsifs et des psaumes inconnus récités à haute voix résonnent alentours. Un jour, dans une chapelle, elle découvre une représentation de la Descente de la croix. La Vierge y apparaît en robe bleue, de ce même bleu qui surgit dans son sommeil. Comme un signe ralliant le rêve à la réalité, le nom du peintre figure en bas du tableau : Nicolas Tournier.
La Vierge en bleu narre alternativement l’histoire de ces deux femmes, lointaines parentes dont les destins se joignent et se complètent au terme d’une quête initiatique.

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La généalogie et ses mystères : tel est le thème central du roman de Tracy Chevalier. Des personnages hantés par le bleu de la Vierge, à plusieurs générations de distance, font l’expérience de cette couleur intense, sombre et obsédante. Le bleu est pour l’héroïne américaine, exilée dans le pays de ses lointaines origines, l’indice de la résurgence du passé. Voir des images à travers d’autres – la peinture, l’icône, le rêve -, et y déceler la vérité. Soit. La littérature et les sciences inductives s’y sont remarquablement attelées. Mais La Vierge en bleu véhicule surtout une conception « mystico-psycho-physiologique » de la généalogie humaine. À mi-chemin entre hérédité naturelle et réincarnation, le roman attribue à l’intuition le pouvoir de révéler au sujet l’actualité d’un lien trans-générationnel. Et exige, au nom de la fiction, que nous croyions fermement à cette union éternelle de la chair et de la foi, comme aux noces de Claude Bernard et sainte Bernadette. Ainsi, plongée dans les archives départementales des Cévennes, la brune Ella Turner peut virer mèche à mèche au roux caractéristique de son ancêtre : il n’en faut pas davantage pour servir une intrigue vaguement policière, qui multiplie les ellipses pour se dénouer dans l’inexplicable. Dans le miraculeux, tout simplement.
Et le récit de briser patiemment ce qui faisait sa force : la reconstitution d’un contexte historique, l’évocation juste et sensible du monde rural, de l’âpreté de ses mœurs, de l’hospitalité vitale de ses éléments. Une peinture indéniablement précise et émouvante, battue en brèche par un suspense fallacieux qui, en menant de front intrigue sentimentale et quête des origines, en dilue les qualités, jusqu’à noyer le bleu dans l’eau de rose.

Seul halo de lumière à la relecture de ce premier roman : La Jeune fille à la perle, best-seller adapté au cinéma par Peter Webber en 2003, et le dernier roman de Tracy Chevalier, La Dame à la licorne, ont depuis confirmé la prédilection de l’auteur pour les fictions revisitant avec force détails les cours de l’art et de l’Histoire.

La Vierge en bleu, Tracy Chevalier, éditions Gallimard, Collection Folio, 428 pages.

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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Livre du magazine.
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