Vach’attitude
Par Pascaline Vallée • lun 1 mai 2006 • Categorie: Art Contemporain, SculptureJusqu’au 26 juin 2006

Après les dragons, place aux vaches ! Du 27 avril au 26 juin, les ruminantes envahissent les pavés parisiens. Etape de la grande Cow parade née à Zurich en 1998 pour introduire la campagne dans la ville, l’événement a surtout pour mérite d’emplir la rue des couleurs de l’art actuel. Intitulée « Vach’art » (en vertu de notre « chère exception culturelle » dixit l’edito), l’exposition française met ainsi à l’honneur cent vingt artistes ou collectifs contemporains.
Le troupeau, initialement constitué de sculptures neutres en résine du suisse Pascal Knapp, se décline en modèles marchant ou broutant, parfois volant, voire pétaradant. Pour les trouver, il suffit de se reporter au site Internet. Car pour débusquer ce troupeau dispersé, il faudra au visiteur l’astuce d’un pisteur, et les baskets d’un joggeur, afin de parcourir Paris, des trottoirs de l’avenue Matignon aux sous terrains du Carrousel du Louvre, sans avoir peur de s’égarer dans les rues du quartier Saint-Germain. Outre une fiche d’identité de nos bovines déjantées (nom, provenance, emplacement,…), le site propose également au visiteur d’élire sa vache préférée, qui recevra peut-être le très attendu Grand prix du public.
La vache se fait donc citadine, et choisit pour l’occasion les plus grands habilleurs. De la Vache qui rit de Bel à la sexy vachette gainée de Chantal Thomas, les nouvelles icônes feront partie du défilé. Si l’opération est caritative (les œuvres seront vendues au profit des associations partenaires en fin d’exposition), et comporte ses « vaches à lait », (quoi qu’en dise la vache de « Ben »), les talents sont néanmoins au rendez-vous.
Car sur ce pâturage artistique, les Colombine et autres Germaine côtoient des œuvres aux titres caractéristiques de l’art contemporain. Ainsi Estelle Maria Rey nous propose une Vache qui était en noire haute en couleurs, tandis que Frédéric Périmon intitule une de ses contributions Personne ne remplace Mike Brant, titre décalé symptomatique de l’artiste. Ce plasticien sétois, auteur de nombreux objets extra-terrestres, semble d’ailleurs trouver son bonheur dans ce pré, puisqu’il signe pas moins de sept vaches de son humour survolté.
Dans un tout autre registre, Yanne Kintgen présente de son côté sa Vache bucolique. Le placide animal a élu domicile sur les Champs Elysées, espérant sans doute y trouver un brin d’herbe savoureux. Sur son dos, un homme, une femme et leur fidèle compagnon contemplent tout aussi placidement les passants. Du haut de leur nappe à carreaux, plongés chacun dans leurs pensées, ils interpellent ainsi le citadin dans sa routine. Bien qu’elle soit riche en couleur, cette sculpture rappelle ainsi le travail habituel de Yanne Kintgen, qui s’illustre notamment par des représentations de foules et de leurs mouvements (La houle, Le curieux,…). Beaucoup plus sobres, ces œuvres semblent déteindre sur les couleurs de la Vache bucolique, pour en faire resurgir le fondement purement réflexif. La société singée n’est plus dans le sujet sculpté, mais se reflète dans l’oeil de celui-ci. Le spectateur est devenu spectacle.
De touche loufoque en mélancolie, l’expo-déambulation Vach’art s’offre de satisfaire tous les goûts. Vaches internationales, les œuvres expriment visions du monde et envies de couleurs multiples qui égayeront le trottoir parisien.
Vach’art, Collectif, rues de Paris, jusqu’au 26 juin 2006.
PS : un indice pour les pisteurs amateurs : les mœurs de cette race très spéciale de bovidés semblent révéler un goût prononcé pour le luxe et les (petit) palais.
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Dommage de s’attarder sur ces vacheries…
En Belgique, l’opération n’avait de caritatif que les effluves, cela se voulait avant tout une grosse opération marketing dans laquelle les plus floués ont été les artistes…
On est à deux doigts du More o’ Ferral dédié à l’art, encore faut-il rester critique quant à la sélection et aux ambitions des artistes impliqués…
Pour l’anecdote:
Nombreux ont été les bovidés victimes de réactions publiques et même d’un kidnapping, ce qui a valu une médiatisation supplémentaire à l’événement…