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A Bittersweet Life, une vie aigre-douce, entre poésie et violence

Par Marie Guyot • mer 3 mai 2006 • Categorie: Cinéma

Sortie prévue le 10 mai 2006

Appréciation de Marie niveau 2

Sans doute l’un des meilleurs films de l’année, A Bittersweet Life nous prouve, s’il en était encore besoin, que ces temps-ci les plus belles esthétiques viennent d’Asie. Entre violence brutale et poésie, Kim Jee-woon nous raconte comment Sunwoo, respecté directeur d’hôtel, va à la fois découvrir ce qu’il en coûte de trahir sa propre mafia et rencontrer l’amour.
Mais contrairement aux apparences, ce n’est ni un film d’arts martiaux, le cinéaste donnant la priorité à la mise en scène de la détermination de Sunwoo plutôt qu’aux combats, ni une romance de plus, la passion du héros n’étant ni réciproque, ni consommée.

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Dès les premiers plans, une vue en noir et blanc sur un arbre ressemblant à un saule et dont les branches se balancent au vent, nous sommes plongés dans un onirisme qui ne quittera pas le film jusqu’à la fin. Une voix off nous conte une sorte d’allégorie dans laquelle un sage parle d’amour à son élève tandis que les branches prennent de la couleur, et nous nous retrouvons ensuite dans l’hôtel de Sunwoo en ayant la vague impression que cette introduction n’était sans doute pas là par hasard. Ce n’est que dans les dernières scènes du film, lorsque ce sera au tour de l’élève de parler d’amour à son maître, que nous saisirons toute la portée et l’importance de cette séquence introductive.

Le rythme de A Bittersweet Life, son élégance, viennent de cet aspect binaire presque dansant, comme un lent duo qui s’étire d’un bout à l’autre des images. Non seulement la plupart des séquences fortes, importantes, trouvent leur pendant plusieurs minutes plus tard, mais en plus ce métrage pourrait parfaitement être plié en deux dans le milieu de la narration, au moment où Sunwoo décide de désobéir à son patron.

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Là encore Kim Jee-woon défie les apparences puisqu’il ne fait pas du centre de son film un simple effet miroir. Non seulement les faits qui se répètent auront subi une ou plusieurs modifications dues au changement de voie choisi par Sunwoo, mais en plus chacun d’entre eux, même les plus banals, seront imprégnés de poésie du fait de l’introduction du film. Loin d’être anodins, ce feuillage, ces branches qui dansent et se colorant peu à peu, en prenant vie progressivement, influencent incontestablement toute la lecture du film. On en retrouve la poésie dès le générique de début avec les noms qui partent en fumée, puis dans presque chaque élément du film, dans la musique jouée par Heesoo, celle qui changera sans le vouloir la vie de Sunwoo, dans les plans de feuillage que nous retrouverons plus tard, dans tous les ralentis, et même dans le très ironique “La Dolce Vita” qui orne le fronton du bar de la séquence finale.
Ainsi les éléments répétitifs les plus communs, comme la manie de Sunwoo d’allumer et d’éteindre la lumière ou les lampes offertes, se pareront de cette même poésie, faisant de A Bittersweet Life un vrai monument artistique.

Bien sûr Sunwoo est le symbole de l’aspect poétique du film, héros en apparence dépourvu de sentiment et qui, alors que cela finit par bouillir en lui, reste quoi qu’il arrive l’incarnation de la classe, ce que son idiot de collègue appelle rester cool.
Les deux flash-backs présents dans le film de Kim Jee-woon ont non seulement, par l’essence même de leur caractère binaire, les connotations artistiques dont nous venons de parler, mais en plus il viennent enrichir le personnage de Sunwoo en nous donnant accès à des informations que nous ne pouvions que soupçonner, ou ressentir grâce à un plan sur sa nuque ou à son reflet dans une vitre, sans pouvoir alors en avoir la certitude. La richesse de la construction intellectuelle du héros fait donc ici écho à la richesse du film qui n’hésite pas à pencher vers des genres très différents. Musique de western pour introduire une inévitable séquence d’affrontement, un orchestre qui joue un morceau intitulé Romance pour la révélation amoureuse du film, des scènes de violence entremêlées d’actes de torture difficilement supportables, et des larmes de sang, le tout évidemment non sans une certaine dose d’humour.
Sans en avoir l’air, caché derrière une histoire qui aurait pu se révéler plus que banale, Kim Jee-woon fait donc de A Bittersweet Life une œuvre d’une finesse et d’une beauté incroyable.

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Réalisation et scénario : Kim Jee-woon.
Avec : Lee Byung-hun (Sunwoo), Shin Mina (Heesoo), Kim Young-chul (le chef Kang), Whang Jung-min (le chef Baek), Jin Gu (Min-gi), Kim Roi-ha (Moon-suk) et Moon Chong-hyuk (Tae-gu).
Crédit photographique : BOM Film.

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Marie Guyot est la fondatrice et la Rédactrice en Chef du magazine. C'est aussi une des rédactrices Cinéma.
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3 Réponses »

  1. Je vous cite :
    “Les deux flash-backs présents dans le film de Kim Jee-woon ont non seulement, par l’essence même de leur caractère binaire, les connotations artistiques dont nous venons de parler, mais en plus il viennent enrichir le personnage de Sunwoo en nous donnant accès à des informations que nous ne pouvions que soupçonner, ou ressentir grâce à un plan sur sa nuque ou à son reflet dans une vitre, sans pouvoir alors en avoir la certitude. ”
    Pour moi le reflet dans la vitre à la fin du film n’est pas un flash-back mais la fin d’un rêve, son rêve. Je me demande si je suis le seul à avoir vu ça… Si vous voulez m’envoyer un mail pour en discuter avec moi ça sera avec plaisir !

  2. Je suis tout à fait d’accord. Je l’ai compris comme le retour à la réalité. Depuis le début il s’imagine appartenant à une mafia alors qu’il n’est qu’un simple serveur. C’est confirmé lorsqu’il se présente à la fille en tant qu’homme gentil travaillant dans un hotel.

    Par ailleurs, je suis tombé amoureux de la musique joué par l’orchestre de la fille. Si quelqu’un à réussi à trouver l’artiste, qu’il m’en fasse part…

    Merci

  3. J’ai revu A Bittersweet Life récemment et, franchement, je ne suis pas du tout d’accord! Pour moi si rêve il y a, c’est plutôt l’inverse. Ne pas appartenir à la mafia serait la seule possibilité pour Sunwoo de vivre son amour pour Heesoo. Les plans sur le reflet dans la vitre font certes penser à un rêve, d’une part esthétiquement, et d’autre part parce qu’on les rapproche automatiquement du plan d’ouverture sur les branches du saule qui paraît un peu hors de tout, mais il ne s’agit pas d’un retour à la réalité, car rien ne montre que nous l’avons quittée.

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