Lights d’Archive
Par Labosonic • jeu 8 juin 2006 • Categorie: MusiqueAlbum publié le 22 mai 2006

La discographie d’Archive laisse perplexe. Leur premier album, Londinium, chef-d’œuvre de ce trip-hop qui transcrivait si bien le blues de la fin du millénaire dernier, est digne de toutes les comparaisons avec les meilleurs disques de Massive Attack, Tricky ou Portishead. Leur second disque, moins réussi, était résolument pop, le suivant, encore un peu moins bon, évoquait par moment le rock progresso-psychédélique de Pink Floyd … Passons rapidement, sur la discographie récente du groupe, particulièrement sur leur calamiteuse bande originale du film Michel Vaillant. Les optimistes verront dans ces multiples directions musicales, empruntées avec une fortune diverse, une volonté constante de se remettre en question. Les autres ne trouveront dans chacune des nouvelles réalisations de la formation de Darius Keeler et Danny Griffiths, qu’un pas de plus vers une inéluctable fin. Leur nouvel album, a-t-il une chance de redorer leur blason déjà terni ?
Lights, qui donne son nom à l’album, à défaut d’être réussi, en est un excellent résumé : trop long et sans aucune cohérence musicale. À peine une ambiance, basée sur des claviers, est-elle installée que des inopportuns riffs de guitare détruisent toute la magie du morceau. Pendant un peu plus d’un quart d’heure, on doit subir une suite de démonstrations virtuoses de chacun des instruments, synthétiques ou organiques, qui rivalisent de médiocrité sur des partitions fades qu’une débauche d’effets sonores, saturations et autres échos, masque mal. L’ensemble, accompagné d’une omniprésente batterie très mal mixée, est de plus chanté d’une voix geignarde qui reprend des paroles qu’on a l’étrange sentiment d’avoir déjà entendu sur un précédent album du groupe.
Il y a indéniablement un problème avec la section percussions d’Archive. Le batteur ayant raté une vocation dans le heavy metal, s’avère tout au long de l’album catastrophique, plus ennuyeux et monotone que ne le pourrait l’être toute boîte à rythme. Sa présence, sur un morceau comme Programmed, suffit à gâcher l’une des seules bonnes idées de Lights, à savoir celle d’imposer quelques effets électroniques comme éléments rythmiques. I will fade, morceau plus acoustique et sans percussion, est d’ailleurs l’illustration parfaite de ce problème. Seul morceau réussi, grâce à une sobriété qui fait cruellement défaut dans le reste du disque, il parvient à sortir du lot en mélangeant, simplement, une voix harmonieuse et féminine avec quelques guitares.
Lights cumule ainsi toutes les lacunes possibles : un manque total d’imagination, une suite de nappes de clavier pompeuses sur lesquelles se superposent des « You break my heart » braillards, une rythmique pesante délibérément mise en avant, une production où l’ingénieur du son donne plus le sentiment de s’amuser à découvrir toutes les facultés de ses machines que d’avoir un quelconque sens musical. Pire encore, on a l’impression globale d’écouter un fatras sonore : les morceaux s’enchaînent sans aucune logique, l’un est délibérément pop (Veins) tandis que son prédécesseur et son successeur sont rock (Sit back down et System). De même, Lights, poussif et pompeux, se voudrait downtempo et Fold une ballade. On finirait même par se demander légitimement si les divers membres du groupe se sont concertés pendant l’enregistrement, tant l’enchaînement des plages manque autant de cohérence que chaque morceau lui-même.
Même si les mots manquent pour décrire le niveau de ce disque, tant il est bas, il conclut assez bien la trajectoire d’un groupe qui n’a jamais su se remettre du succès, fut-il d’estime, de ses débuts. En dix morceaux, Archive synthétise sa fin de carrière sans créativité ni cohérence : de très rares moments de grâce musicale (un seul en vérité), de trop nombreuses directions mal explorées, la répétition de formules éculées, censées faire leurs preuves mais qui n’impressionnent plus personne. Lights est ainsi à l’image de ses interprètes : dispensable voire même pitoyable.
Lights, Archive, publié par Warner Music.
Technorati Tags: Archive, Massive Attack, Tricky, Portishead, Pink Floyd, Darius Keeler, Danny Griffiths, Musique, Critique, Opinion, Culture
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Hello!
Je te lis par criticoblog (d’ailleurs je n’arrive pas à syndiquer ton blog dans mon agrégateur…) et en lisant cette critique, je me suis dit: putain, il est dur.
Par contre, tu m’as donné envie d’écouter Londonium. Il est en train de passé sur ma chaîne et je comprends mieux…
Je comprends même très bien. J’aimais les disques récents d’Archive (même la BO de Michel Vaillant !!!!!) mais je ne sais si je vais encore les sortir souvent de l’étagère, maintenant…
Bonne continuation (excellent article sur l’album de PSB au passage).
A bientôt pour de nouvelles aventures.
C’est amusant parce qu’à peine avais-je fini de terminer mon petit artisanat hebdomadaire de transformation des émotions musicales en mot, je m’étais justement dit que j’avais peut-être été un peu dur et qu’il y aurait probablement un lecteur aux oreilles aiguisées qui m’en ferait la remarque.
Ce billet fonctionne assurément sur le principe du “qui aime bien, châtie bien” et j’avoue que pour un autre groupe mes mots auraient probablement été moins cassants. Mais j’ai effectivement passé tant de temps à décortiquer Londinium par toutes les notes (en particulier ce son de triangle dans la plage cachée qui semble si hors du temps) que je ne peux pas nourrir de déception envers Archive.
Cet album marque pour moi une nouvelle étape du gachis qu’a réalisé Archive à force d’errances tant dans son effectif que dans les directions sonores envisagées, un peu à la manière de Massive Attack qui est passé d’un collectif aux idées foisonnantes à un simple besogneux composant (mal) la BO de Danny the dog pour quelque gros chèque.
Il est évident que si ma raison l’avait emporté sur la passion, j’aurais probablement été plus modéré, un peu à l’image de ce que j’avais réalisé auparavant pour The Antidote de Morcheeba dans ce qui allait devenir Culturofil.
je ne suis absolument pas d’accord avec toi…
même si Londinium est un excellent album trip-hop, il ne faut pas cracher sur ce que Archive a fait après parce que leur style de musique a radicalement changé….
au contraire, je trouve que cet album est leur meilleur depuis Londinium… tu te plagnains de la voix geignarde de Pollard Berrier, mais c’est toujours plus harmonieux que celle de Craig Walker… quant au batteur, Smiley, je trouve au contraire qu’il est très bon, preuve en est sur Sane… mais tu ne peux pas critiquer ce qu’il fait sur Programmed, il n’y a pas de batterie^^!
enfin, le morceau Lights aurait certainement pu être plus réussi, la longue note de piano répétée en tout pendant plus de deux minutes devenant vite lassante et les guitares un peu désordonnées aussi mais le riff au synthé est tellement envoutant qu’on leur pardonne… et le batteur est encore une fois très bon!
les ballades comme Fold ou Taste of Blood sont assez réussies, mais en revanche le morceau pop Veins est carrément inutile, je te le concède, je trouve cette chanson mielleuse au possible… bref, cela reste tout de même un bon album avec un premier single, System, très rock et entêtant, malgré l’absence de guitare^^ eh oui, écoutez bien!
en tout cas je conseille aux gens qui sont intéréssés un tant soit peu intéréssés par les mélanges musicaux de l’écouter, ça vaut le détour!
Bonjour Victor et merci pour les nombreux commentaires sur cet article .
Je retiendrais particulièrement la phrase de conclusion qui invite chacun à écouter un album pour s’en faire sa propre idée. Mes avis sont subjectifs et assumés comme tels. Je ne prétend pas détenir la vérité et à ce titre, j’invite chaque lecteur à toujours prêter une oreille plus attentives aux sons dont je parle qu’un oeil sur mes mots.
Sur le point précis des percussions, je pense que le souci est autant du côté de Smiley que du côté de la production. Dans le souci de donner un son rock à l’album, sa batterie (ou la boîte à rythme programmée comme une batterie sur Programmed) est mixée trop en avant à mon goût. Chaque coup de baguette m’a paru trop fort au point d’empiéter sur les autres instruments et de dénaturer chaque morceau.
D’une manière générale, je n’ai rien contre Archive, parce que leur style a radicalemnt changé, bien au contraire. Je serais même ravi qu’ils aient réussi à en changer et à s’en trouver un. Mais hélas, j’ai l’impression qu’album après album (et formation après formation), ils n’ont toujours pas réussi à s’en forger un unique. Chacun des éléments de leur discographie essaye d’explorer un style et jamais je n’arrive vraiment à trouver une sorte de constance dans leur trajectoire.
Disque après disque, Darius et Danny tentent des choses et ne s’y tiennent pas. A ce titre, Veins en est un magnifique exemple. Mal situé dans l’album, il ne fait que dénaturer un enchaînement intéressant entre Sit Back Down et System.
Je pense sincérement qu’avec un peu plus de travail et de professionnalisme de la part d’Archive, des “accidents” de ce genre peuvent être évités (je n’écoute moi-même le CD qu’avec un enchaînement des morceaux programmés différemment de l’ordre originel du disque pour essayer de lisser ces contrastes maladroits.).
Je suis sans doute un peu sévère pour attacher autant d’importance à ces petits détails mais si c’est digne d’indulgence pour un groupe débutant, j’avoue que de la part d’un groupe à la discographie déjà riche, c’est très décevant de trouver de telles erreurs de jeunesse.
Chers internautes ne prenez pas note de ces inepties, et laissez-vous guider par “l’oreille”…. et si VOTRE oreille sonne juste et bien a l’écoute des divers opus d’Archive, et bien l’essentiel est là.
Je pense qu’il n’est pas néccessaire d’emettre des critiques si on est pas objectif, et là, pas d’objectivité, c’est évident.
Irréductible et entêté auditeur des éternels floyd, genesis, supertramp ou marillion, m’interdisant même l’écoute d’ oeuvres de formations plus récentes! Et bien par l’intermédiaire d’un ami j’ai découvert ce archive, et là j’ai redécouvert les sensations émotionnelles que j’avais reçentit à l’écoute des tous ces grands noms précités. Je suis soulagé le flambeau est bien repris. Archive n’est pas un groupe au compositions “jetables”, ça met un certain temps à démarrer, ça s’écoute, ce réécoute, et il faut le temps pour rentrer dedans, mais leur son à vraiment qqc d’ipnotisant, c’est une musique qui vous parle, mais faut-il encore parler le même language, sans quoi c’est l’incompréhension comme en témoigne les vénères critiques précédentes.Mais pas d’inquiétude pour Archive qui trouve bien son public toujours grandissant. Merci Archive pour votre travail!
“Lights” est juste…affreux. Je crois qu’il n’y a pas d’autre mot. C’est vrai que la discographie d’Archive laisse quand même pour le moins songeur…sans doute les changements de line-up incessants y ont-ils leur part…Bref…avec “Lights”, ils touchent le fond. Et je ne sais pas si tu les as vus sur cette tournée là…c’était monstrueux. La voix était fausse du début à la fin du concert, à la limite du supportable. Je crois qu’en fait Archive est une mauvaise blague qu’on a fait aux lecteurs des Inrocks
Ce n’est pas Archive qui a enregistré “Londinium”, c’était en fait un groupe fantôme constitué de Tricky et de différents membres de Radiohead, Massive Attack et Earthling. Archive ne joue vraiment que sur les albums suivants. J’vous jure
Allons, soyons sport…: il y a un titre magnifique sur “Lights”, le dernier si j’ai bonne mémoire (car je confesse ne plus avoir réécouté ce disque depuis facilement un an et demi). Il justifierait presque à lui seul l’achat…