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Sans titre de Mahi Binebine

Par Pascaline Vallée • lun 12 juin 2006 • Categorie: Art Contemporain, Peinture/Dessin

Exposition jusqu’au 30 juin à Marrakech

Appréciation de Pascaline niveau 2

On peut être écrivain reconnu et artiste talentueux. Mahi Binebine, reconnu au Maroc comme à New York, est l’un de ces créateurs bicéphales qui allient avec talent encre et pigments. Qu’on ne s’y trompe pas. Les œuvres de Mahi Binebine n’illustrent pas ses textes, et ses textes ne racontent pas ses toiles. L’artiste n’entend pas, comme Hugo ou Cocteau (dans une certaine mesure), proposer un imaginaire complémentaire qui ne pourraient pas survivre à ses textes.

Toutefois, pinceau et plumes semblent se nourrir d’une même passion pour le corps et les errances. Cette attention particulière confère aux toiles comme aux écrits de l’artiste une réelle profondeur et transmettent une grande sensibilité.

De retour à Marrakech, Mahi Binebine y expose du 31 Mai au 30 Juin ses plus récentes toiles. Visages ou corps, souvent fragmentés, sur fond teintés en camaïeu présentent ainsi au spectateur les dernières recherches de l’artiste. Et pour ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir se payer un séjour sous le soleil marocain, le site de Mahi Binebine rend également accessible de nombreuses toiles récentes, assorties d’autre rubriques intéressantes.

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Sur cette interface multiple, l’internaute par l’onglet alléché peut en effet découvrir les diverses facettes de l’artiste. Outre sa biographie et son œuvre littéraire, le site présente en effet une page « peinture » bien remplie. Virevoltant des œuvres récentes au dessin, il peut effectuer un arrêt sur la peinture à quatre mains, composée avec Miguel Galanda, ou passer du côté des coulisses avec une série de clichés pris à l’atelier. Le panorama des toiles et sculptures permet aisément de parcourir cette galerie visuelle.

Ainsi ce Sans titre, issu de la série présentée en janvier 2006, présente une figure courbée, nouveau Sisyphe dont le rocher a pris forme humaine. Sur un fond bleu pastel, les formes du personnage épousent la rondeur de cette pierre devenue tête, et dont le bleu profond attire immédiatement le regard. Visage fermé, bouche pincée et yeux invisibles, elle pourrait être masque, sage ou pierrot bleu. Par cette couleur singulière, la figure rappelle les représentations des sept sages chinois, qui se voyaient dotés d’une peau bleue en symbole d’éternité. Mystérieuse en tous les cas, elle est ainsi propice à symboliser la multiplicité du fardeau existentiel.

Douloureusement courbée sous son poids, la figure affiche quant à elle une nudité rose pâle soulignée d’un contour plus vif. Chair délicatement nuancée, elle ne comporte aucun signe distinctif, que ce soit par les traits de son visage ou par la présence de cheveux. Apte à incarner tout un chacun, son corps devient ainsi une pure forme esthétique, dont les proportions ne correspondent plus à un véritable corps humain. Avalé par la « pierre », son dos laisse aux jambes, moteur vain de l’escalade, le soin d’envahir la toile.

Alliant bleu immatériel et rose presque neutre, l’artiste crée ainsi une œuvre spirituelle, ou chaque civilisation peut voir à sa manière la fatalité humaine. Cette tête ne serait-elle pas, finalement, le symbole d’une conscience collective aux Hommes, celle de leurs défauts et de leur finitude, qu’ils portent comme un poids trop lourd sans vouloir s’en délester ?

Exposition du 31 mai au 30 juin à Marrakech, à la Kasbah Agafay (route de Guemassa KM 20), à 15 km de l’aéroport.
Sans titre, 122x 85 cm, technique mixte cire et pigments sur bois, 2004.
Crédit photographique: Mahi Binebine.

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