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Manège de Claude Closky

Par Pascaline Vallée • lun 26 juin 2006 • Categorie: Art Contemporain

Exposition jusqu’au 31 juillet

Appréciation de Pascaline niveau 1

Lauréat du prix Marcel Duchamp 2005, Claude Closky s’est vu offrir une salle du Centre Georges Pompidou le temps d’une exposition. Déjà connu de la maison, il est l’auteur du « design » des tickets d’entrée, œuvre passe-partout qui témoigne de sa volonté d’un art non esthétisant. Basée sur le temps, l’installation n’affiche pas, en effet, la volonté d’ancrer des valeurs esthétiques dans l’esprit du spectateur. Celui-ci est au contraire invité à trouver lui-même sa place dans une œuvre sans indications.

Dans la salle, Manège étale ses seize écrans bleus, dont un diffuse une mini-séquence vidéo. Quelques secondes et quelques notes techno plus tard, son voisin s’anime à son tour, diffusant ses propres images, et ainsi de suite. On peut à loisir passer des heures à suivre (dans le sens des aiguilles d’une montre s’il vous plaît) ce « manège » construit sur plusieurs milliers de séquences vidéo. Attention toutefois au mal de crâne, car les images s’accompagnent toujours de notes électro-techno-disco, annoncées comme tirées de la variété contemporaine (on reconnaîtra seulement Daft Punk).

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Face à cette succession ininterrompue, le spectateur voit ici extrapolé l’art du zapping, coutume répandue dans nos sociétés. Passant du coffre d’une voiture en remplissage séquencé aux formes géométriques d’une rosace en plein coloriage, son esprit n’a le temps de se fixer sur rien. Aucun fil ne relie la joyeuse éponge animée au cours intensif de pliage de serviette de table. La musique, pour sa part, contribue à un certain abrutissement. Attiré par le son, le visiteur est forcé de suivre le mouvement vers la droite, et se trouve ainsi pris dans un manège où il ne peut s’accrocher à rien, et subit le rythme imposé par l’artiste.

Si le mariage incongru d’une aiguille qu’on enfile et d’une musique techno endiablée surprend l’esprit endolori du spectateur, la réflexion est de courte durée. Closky le place ainsi dans un monde virtuel et mouvant, pourtant présent de manière continue. Une impression de durée s’inscrit dans l’esprit du spectateur, sans qu’il puisse toutefois saisir une histoire conductrice.

Les images renvoient souvent à l’utilisation des symboles du monde contemporain par les médias. Jeux vidéo et images de synthèse trouvent ainsi leur place dans cette immense galerie. Toujours en action, que ce soit pour un mouvement ou une transformation, les scènes symbolisent un monde où le dynamisme est roi, stimulé par les pulsions des sons électro.

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Temps monopolisé et espace disponible sont donc le reflet d’un monde contemporain où le virtuel prend le pas sur le réel. On en sort étourdi comme d’une foire trop grande, où ce n’est plus nous qui tournons autour de l’axe du manège mais l’inverse. On se rapproche donc plus de la configuration d’un manège pour chevaux où les images apprendraient à trotter, et tourneraient indéfiniment sur leur rythme régulier. On peut toutefois concéder à Closky une qualité exemplaire de miroir, qui nous place face à une certaine absurdité dont il n’est pas mauvais de prendre conscience.

Manège de Claude Closky, jusqu’au 31 Juillet, au Centre Georges Pompidou.
Crédit photographique : Jean-Claude Planchet, courtesy Galerie Laurent Godin, Paris.

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