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Hellboy : Apocalypse soon

Par Julien Meyrat • mar 11 juil 2006 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Publié en juin 2006

Appréciation de Julien niveau 2

Après avoir quitté le BPRD (Bureau de Défense et de Recherche sur le Paranormal, qui y a gagné sa propre série dessinée), le rejeton de l’enfer le plus taciturne qui soit rencontre un vieux shaman africain qui, comme souvent, lui parle par énigmes. Puis il est enlevé par trois sirènes qui lui plantent un clou dans la tête, manque de se faire découper en tranches par une sorcière des mers et finit par obtenir une information intéressante : tout va bien, c´est bientôt la fin du monde.

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Dans la catégorie « culte », je voudrais Hellboy. Le premier tome de l’œuvre de Mike Mignola (Les Germes de la destruction, édité à l’origine chez Dark Horse France et republié il y a peu par Delcourt) s’était imposé comme une référence dans l’histoire de la bande dessinée américaine. Il faut reconnaître qu’elle avait tout pour fasciner : un graphisme déroutant mais envoûtant, rappelant le trait sombre d’un Frank Miller (Dark Knight Returns) qui aurait échangé son bleu nuit contre un rouge saturé, un héros charismatique à souhait et un scénario fleurant bon l’ésotérisme et l’indicible à la Lovecraft, auteur à la mode s’il en fut. Les aventures du démon adopté par les États-Unis ont vite connu un succès mérité, aboutissant au film de Guillermo del Toro avec en vedette un Ron Pearlman particulièrement bien choisi. Malheureusement, passé cet excellent casting, le film passait à côté d’à peu près tout ce qui faisait l’intérêt de la BD, à savoir son ambiance glauque, souvent presque muette, ses intrigues au classicisme épuré, ses petites phrases inoubliables et ses hommages permanents aux grands maîtres du fantastique et de l’horreur que sont Edgar Poe, H. P. Lovecraft ou Bram Stoker. Rappelons d’ailleurs que Mignola avait signé l’adaptation dessinée du Dracula de Coppola, un résultat assez magnifique.

Ésotérique, Hellboy ? Oui, certainement, mais pas au même titre qu’un Professeur Bell (J. Sfar) ou qu’un Troisième Testament (A. Alice). Nous ne sommes ni dans une logique judaïque, ni chrétienne. Nous sommes bien au-delà, dans le domaine non plus de la simple réinterprétation des écrits mais bien de la terreur païenne, de la sorcellerie et des mythes malsains d’avant les grands monothéismes. Le décorum de la série, tout de statues gothiques grimaçantes, de pentacles, de symboles chthoniens rappelant qu’en de sombres éons, la mort même peut mourir… tout cela nous transporte dans un univers qui nous dépasse. On peut sans doute considérer que, l’invulnérabilité du personnage principal mise à part, Hellboy constitue la meilleure adaptation de l’univers de Lovecraft jamais réalisée. Rappelons que Howard Philip Lovecraft, auteur américain des années vingt, avait créé un panthéon de dieux sombres et maléfiques qui, la nuit où les étoiles seraient de nouveau en conjonction, reviendraient pour détruire l’humanité (et la dévorer avec un peu de sauce barbecue, selon la version de Neil Gaiman). On n’a jamais aussi bien représenté la puissance occulte, la force obscure qui patiente sous nos pieds selon l’auteur de Providence. Et si Hellboy croise des figures de la mythologie classique, telles que loups-garous, vampires, fantômes et autres Baba Yaga, cela ne fait que rapprocher l’inévitable venue de l’Ogdru Jahad, le dragon à sept têtes annonciateur de l’Apocalypse. Autant dire le retour des Grands Anciens, Cthulhu et autres Shub-Niggurath en tête.

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À ce titre, ce septième tome est remarquable. La première partie, contant l’affrontement entre Hellboy et la Bog Roosh, une sorcière des mers déterminée à l’éliminer pour éviter l’Armageddon, est un hommage pervers mais vibrant à Andersen et sa Petite Sirène (qui, rappelons-le, finit mal !). Une aventure fascinante où notre héros joue une fois de plus son rôle de râleur pris dans une situation dangereuse qui l’ennuie au possible. Cette histoire avait été pré-éditée en noir et blanc grand format il y a quelques mois, la redécouvrir en couleurs est un bonheur. La suite, moins prenante, n’en est pas moins indispensable puisqu’on nous explique enfin l’origine de Hellboy et de sa fameuse main droite. Ou du moins, on nous en donne une nouvelle version qui vient compléter les fragments que les lecteurs attentifs auront déjà collectés. Un aboutissement qui laisse à penser que la fin approche. La série, jusque-là constituée d’historiettes plus ou moins indépendantes, trouve à présent son rythme de croisière (rythme d’autant plus évident que Delcourt s’est enfin décidé à numéroter convenablement les volumes). Un volume capital donc, mais cela fait bien longtemps que les fans ne ratent aucun épisode.

Hellboy, tome 7, Le Troisième Souhait, textes et dessins Mike Mignola, couleurs Dave Stewart, éditions Delcourt, collection Contrebande.
Crédit photographique : Mike Mignola / Guy Delcourt Productions.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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2 Réponses »

  1. Ah ben moi qui ai bien aimé le film de DEL TORO et qui comptais me procurer la BD, je ne peux qu’apprécier que tu en parles en termes aussi élogieux… surtout si c’est nettement meilleur que le film (dont un deuxième épisode, toujours dirigé par Del Toro, verra le jour en 2008)…

    MERCI

    SysTooL

  2. Et voilà… je reviens après m’être procuré (et lu, bien sûr) les différents épisodes d’HELLBOY en BD… Ce septième tome est superbe, peut-être bien mon préféré avec Le Ver Conquérant… le trait de Mignola a encore gagné en intensité et se fait très expressionniste par moment…

    Vivement la suite!

    SysTooL

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