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Confrontation des genres

Par Pascaline Vallée • lun 17 juil 2006 • Categorie: Art Contemporain, Sculpture

Exposition jusqu’au 8 octobre 2006

Appréciation de Pascaline niveau 0

Le Musée Zadkine est comme un château envoûté, qui ne se révèle qu’à ceux qui méritent de le voir. Au fond d’une cour, il dérobe à la rumeur citadine le secret d’un petit paradis terrestre. Envahi de végétation, un jardin peuplé des œuvres du sculpteur accueille le visiteur curieux. On y entre presque sur la pointe des pieds, partagé entre le sentiment de pénétrer dans une propriété privée, et celui de retrouver un abri familier.

Un homme-harpe grimaçant et au geste lyrique se dresse dès les premiers pas tel le gardien d’un temple de nymphes. Pourtant ici, pas de nostalgie larmoyante, mais la joie d’une pureté retrouvée. Au fil des allées puis des salles, tout n’est qu’ « ordre et beauté, luxe calme et volupté [1] ». Semblables au paradis tropical entrevu par Baudelaire, les œuvres d’Ossip Zadkine exhalent la chaleur d’un monde ensoleillé. Prométhée y côtoie de nombreux corps de femmes, qui forment une forêt mêlant pierre et bois dans une entente originelle.

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Et pourtant, l’Homme a marqué de stigmates ce jardin d’Eden. Disséminée dans la propriété, l’exposition Refroidissement et réchauffement en Juillet tranche trop brutalement avec la simplicité des œuvres de Zadkine. Pourtant, la directive donnée aux artistes était de prendre pour objet même le musée, et son projet d’extension. Malgré cette volonté affichée de s’intégrer au lieu, les œuvres y débarquent comme un colon aux Amériques : sans délicatesse et laissant présager un futur peu réjouissant.

Se donnant comme lourde tâche de choisir le papier peint, Daniel Walravens déroule un parcours Z en trois temps. Griffant une salle de traces criardes, il tente aussi maladroitement d’accrocher aux murs de grands cadres unichromes. Présentées dans les salles d’exposition, ses œuvres altèrent plus qu’elles n’épousent l’atmosphère zadkinienne.

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Sylvain Soussan quant à lui, propose au spectateur une réflexion sur l’espace-temps du musée. En présentant une œuvre en train d’être soulevée par un engin, il la déplace de son contexte et remet en cause son caractère immuable. Il active ainsi une fonction méta-artistique. En effet, est-ce l’œuvre elle-même ou la place qu’elle occupe qui lui donne sa reconnaissance? Une pièce a-t-elle le même impact sur le visiteur si elle se trouve à tel endroit plutôt qu’à un autre? L’intéressante réflexion de cet artiste ne recevra pourtant que l’indulgence de quelques esprits déjà familiarisés avec le milieu.

Des trois interventions, seule celle de Jean-Baptiste Bruant et Maria Spangaro, qui ont choisi d’agrémenter le jardin d’un carré d’herbes folles, entre en harmonie avec le musée. Cette haute végétation donne en effet aux statues du jardin une allure d’idôles oubliées dans un temple abandonné. Masquer le passé pour faire place à l’avenir apparaît alors comme une alternative plus douce à la démarche de Walravens.

[1] L’invitation au voyage, extrait des Fleurs du mal, de Charles Baudelaire.

Refroidissement et réchauffement en juillet, Musée Zadkine, 100 bis rue d’Assas, 75006 Paris.
Crédit photographique : musée Zadkine.

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