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Réouverture de l’Orangerie

Par Pascaline Vallée • lun 31 juil 2006 • Categorie: Peinture/Dessin

Exposition permanente

Appréciation de Pascaline niveau 2

« Toute nuit noire est une aube qui vient », écrivait Edmond Fleg. S’ils avaient une âme, les Nymphéas de Monet auraient fait de cette phrase leur exutoire. Méticuleusement couvertes pendant les sept années de travaux de l’Orangerie, dont elles ne pouvaient être déplacées sans dommages graves, les célèbres toiles voient de nouveau le jour. Selon le vœu initial de Monet, c’est une lumière naturelle qui les éclaire, tamisée par un système d’abat-jour lorsque le soleil se fait trop généreux. Comment une œuvre faite de variations lumineuses a-t-elle pu se nourrir de lueurs artificielles pendant tant d’années d’exposition ? On ne peut que saluer la décision des architectes de réouvrir les grandes verrières si longtemps occultées par l’étage supérieur. Grace à eux, les salles ovales de l’Orangerie baignent désormais dans le bleu tendre des motifs impressionnistes, qui immergent ainsi le spectateur dans leurs eaux caressantes.

Une telle prouesse n’a été possible qu’en bouleversant l’architecture du bâtiment. L’étage créé, voué à la collection Jean Walter et Paul Guillaume a été entièrement détruit, afin de permettre la construction de deux puits de lumière. Pour renouer avec l’esprit de Monet, les salles des Nymphéas sont reliées au hall d’accueil par une passerelle, clin d’œil à celle créée par l’artiste dans son jardin de Giverny. Le long de cette traversée du temps, une chronologie retrace l’histoire du tableau. Par ce dispositif de mise en valeur, les Nymphéas retrouvent ainsi la place qui leur est due.

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La collection Jean Walter et Paul Guillaume a donc trouvé un nouvel emplacement. Creusées en sous-sol, les salles regroupent les toiles prêtées pendant la durée des travaux. Œuvres majeures pour certaines, elles couvrent la fin du XIXème et le début du XXème siècle, avec des artistes tels que Renoir, Picasso, Derain ou Soutine. Accueillant le visiteur, l’Age d’or de Derain précède le couloir où se succèdent les chefs-d’œuvre de Cézanne et de Renoir. Immense toile au graphisme simple, elle présente des lions et des hommes vivant en harmonie au milieu de la nature. Elle introduit ainsi le spectateur dans un monde où les sages portraits de Renoir côtoieront en toute quiétude la puissance sauvage de Soutine ou d’Utrillo. Deux pièces sont également consacrées aux donateurs. Présentant la vie et une maquette de l’appartement des Guillaume, elles permettent de remettre la collection dans son contexte original, de la considérer dans sa continuité, et de partager le regard du propriétaire sur la globalité des tableaux.

Afin de rivaliser avec le magnétisme des Nymphéas, l’institution se devait de proposer une muséographie attrayante. Pour cela, elle a fait le pari audacieux de présenter une partie des œuvres sur des murs colorés. En effet, si la majorité des toiles s’affichent sur fond blanc, certaines salles arborent une couleur spécifique. Ainsi, les peintures naïves de Rousseau sont exposées sur un fond rouge foncé, couleur fétiche du mouvement. Intense, elle rappelle les peintures tribales faites à base de terre, et immerge le visiteur dans l’atmosphère du tableau. Le choix le plus judicieux a été fait pour Soutine, dont les oeuvres sont exposées sur un mur bleu profond. Le support épouse ainsi les tons utilisés par le peintre, et diffuse leur caractère intimiste et mystérieux dans toute la salle. Il met également en avant les tons chauds en créant un contraste.

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Avec la réouverture de l’Orangerie, l’Impressionnisme dispose désormais d’un lieu spécifique de reconnaissance. Des expositions temporaires et multimedia redonneront un certain souffle au musée, avec dès novembre, un retour sur l’exposition Peintres de la réalité, créée en ce même lieu en 1934. Un parallèle sera fait à cette occasion entre ces artistes du XVIIème siècle et leurs homologues du XXème. L’Orangerie fait preuve d’une réelle volonté de renouveau et abolit judicieusement les clivages temporels pour nourrir une autre réflexion artistique.

Surprise de la rénovation, un pan de l’enceinte construite par Charles IX a été mis à jour. Ce mur, construit pour protéger le domaine de Catherine de Médicis, a été surnommé « enceinte des fossés jaunes », sans doute à cause de la couleur de la terre aux abords du site. Hasard ou non, le caractère pictural de ce nom n’aurait sans doute pas déplu à Monet…

Musée de l’Orangerie, jardin des Tuileries, 75001 Paris.
Crédit photographique : Jean-Christophe Ballot.

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