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Fast man, Raider man de Frank Black

Par Labosonic • jeu 10 août 2006 • Categorie: Musique

Album publié en juin 2006

Appréciation de Labosonic niveau 1

Frank Black mène bon gré, mal gré deux carrières de front : la première en solo où il fournit avec autant de régularité que de passion un album annuel et la seconde, avec les Pixies. Le quatuor américain est mort depuis longtemps mais depuis quelques étés déjà, Black Francis rejoint Kim Deal, Joey Santiago et David Lovering pour des tournées dans les festivals européens, histoire probablement de les aider à régler leurs arriérés fiscaux. Si le geste est louable, il condamne Frank à égrener de vieux tubes devant un public de trentenaires nostalgiques et d’adolescents ayant découvert Where is my mind à l’occasion d’un film à succès.

Fast Man, Raider Man est un double album dans la droite ligne de son prédécesseur Pistolero. Il est, comme son auteur, format king-size : pas moins de vingt-sept titres qui jouent, tous, la carte d’un son 100 % américain. Avec plus de deux douzaines de chansons et l’aide de presqu’autant de potes, Frank Black y évoque l’Amérique profonde. Les USA de ce disque sont celles qui portent des stensons et des chemises de cow-boy, celles qui à l’heure du village global et d’internet continuent à croire que le bonheur consiste en une escapade dans un pick-up dont l’autoradio ne débite qu’une musique aux accents country et riche de guitares électriques. Et, pour cela, comme pour tout, Frank n’a pas fait les choses à moitié en s’entourant d’une pléiade de professionnels de très haut niveau. La production y est assurée par Jon Tiven, dont les principales références sont Robert Plant et BB King et parmi les musiciens, on trouve des requins de studio qui ont eu l’occasion de s’aguerrir aux côtés de Frank Zappa, Johnny Cash, Wilson Pickett ou Emmylou Harris.

De tels collaborateurs, directement sortis du Who’s who du rock’n'roll, assurent la qualité musicale de l’album ainsi que sa cohérence artistique. Ils permettent à Frank Black de montrer l’étendue de son talent sur Johnny Barleycorn, rock’n'roll pur jus, impeccablement mené où les claviers s’enchaînent à merveille avec les guitares, où les saxos nasillards répondent en écho à la voix si caractéristique de l’ex-Pixies. De la même manière, I’m not dead (I’m in Pittsburgh), ballade country-nostalgique, est un modèle du genre dont la qualité n’a d’égal que le côté « couleur locale » qui lui donne des airs de carte postale sonore du pays de la bannière étoilée.

Pourtant, la reprise du Dirty Old Town des Pogues donne une toute autre image de l’album, souffrant entre autres de la comparaison avec l’interprétation originale et à l’haleine surchargée de whisky de Shane Mac Gowan. Elle apparaît poussive malgré les vociférations de Frank et sonne far-west bien au-delà du cliché. Pire encore, elle est révélatrice : ce double-album manque cruellement d’attraits, comme si Frank Black, à force de s’asseoir le cul entre deux chaises avait fini par avoir la tête ailleurs. Et la formule country-rock que propose l’ex-leader des Pixies a l’air bien terne.

Même comparé avec d’autres grands rockers qui, eux aussi, renouent avec la tradition d’une musique 100 % USA, Fast Man Raider Man apparaît fade. C’est d’autant plus paradoxal qu’il est musicalement plus évolué que l’enfant du couple ménopausé que constituent Mark Knopfler et Emmylou Harris. Sa production , soignée jusqu’à la perfection, permet de mettre en valeur l’ensemble de tous les instruments avec un naturel qui rend encore plus artificiel les Seeger Sessions de Bruce Springsteen. Mais malgré tout, il apparaîtrait presque plus raté que ces deux opus.

Sans doute est-ce parce qu’il est trop long et qu’il aurait gagné à être condensé en moins de titres, ne serait-ce que pour avoir l’air d’être plus qu’une simple collection de chutes de studio. Peut-être aussi, a-t-il été victime des efforts vains de Black Francis pour composer un album de reformation de son groupe originel ? Toujours est-il que Fast Man Raider Man déçoit et on pourrait presque en vouloir personnellement à son auteur. L’ex-leader des Pixies avait su tourner intelligemment la page de l’histoire du rock que le groupe de sa jeunesse avait écrite en lettres majuscules, il avait su évoluer vers un son plus adulte sans perdre sa formidable capacité d’écriture ni sa faculté à transformer un refrain en une suite de vociférations déjantées. S’il n’a pas encore tout perdu de ses talents, Frank Black vient de prouver qu’il pouvait ne réussir qu’en partie. L’excellence ayant un prix, on considèrera peut-être cet album comme à demi raté, alors que l’indulgence est de mise avec bon nombre de ses contemporains qui délivrent des disques à moitié réussis.

Fast Man Raider Man, Frank Black, distribué par Cooking Vinyl.

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Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
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3 Réponses »

  1. “son prédécesseur Pistolero.”
    Hum, hum, hum. Une petite faute d’inattention ?
    Quoi qu’il en soit, pour écouter un album de Frank Black, il faut oublier les Pixies. Oublier que c’est le même homme qui a écrit 99% des coups de génie spontanés de leurs cinq albums. Oublier les Pixies, faites comme si vous ignoriez le parcours du sieur Black et n’écoutez que la musique. Quand on n’espère pas, on n’est pas déçu. Secundo, ici, un album, ce n’est qu’un ensemble de chansons écrites à un moment précis. Ce n’est pas un album-thème. Le fait est que Black ne peut pas passer un temps indéfini sur une chanson, c’est pour ça qu’il les enregistre toutes le plus vite possible pour pouvoir passer à autre chose. Pour la petite histoire, à l’issue de la première session d’enregistrement, Ken Goes avait choisi les titres qui serait retenu ceux qui formaient un album cohérent et écarté ceux qui ne convenaient pas. Mais entre temps, Black a enregistré une deuxième session, et il regrettait aussi que certains titres intéressants de la première session ne soient pas retenus. C’est finalement comme ça que Fast Man/Raider Man est devenu un double-album. Donc, si vous n’aimez pas les chansons types blues-country, si vous voulez un album des Pixies, fuyez ! Mais si vous êtes assez ouvert d’esprit pour apprécier tous les genres, essayez cet album. Évidemment tout n’est pas sensas’ (d’accord pour la reprise inutile de Dirty Old Town), mais il y a quand même “Raider Man”, à mon sens la meilleure (oui, je l’ai bien dit) chanson de Frank Black, il y a “In the time of my ruin” est une petite perle et qu’avez-vous contre le son New-Orleans de Dog Sleep ?

  2. Pour la référence à Pistolero, qui date de 1999, compte-tenu que j’ai précisé auparavant qu’il avait un rythme annuel et quasi-métronomique de publication, j’aurais peut-être du indiquer la date pour que tout le monde comprenne que la référence était plus sonore (c’es l’album de sa discographie qui s’en approche le plus) que chronologique.

    De la même manière, il me semble que le début de l’article qui détaille que Frank Black semble victime d’un dédoublement de personnalité musical abonde dans le sens de votre premier argument, celui d’oublier les Pixies pour pouvoir apprécier Frank Black.

    Pourtant, je fais deux reproches à cet album :
    - le premier est qu’il ne soit justement qu’un ensemble de chansons écrites à un moment précis : En gros, les chansons sont quand même bonnes (à Dirty Old Town près), la production studio est remarquable, les musiciens invités assurent, il ya pleind e qualités et bizarrement, quand on e écoute l’labum il est quand même un poil bancal parce que une partie du boulot n’est pas fait : celle qui est de sélectionner les meilleures chansons, les mettre dans l’ordre qui va bien, etc … Je trouve ça un peu dommage quand on voit que tout le reste est vraiment impeccablement soigné (surtout la partie production du disque). Pour résumer, je suis dans la petite histoire plutôt du côté de Ken Goes que de Frank Black. ;)
    Je pense aussi que sur ce coup-là, Frank Black s’est peut-être aussi laissé emporter par l’élan de “Frank Black Francis” qui est un album adapté à ce format plus bric à brac (ou Christmass qui viendra plus tard et qui a ce petit côté gadget cadeau de Noel pour les fans).

    Mon second reproche est mineur et Frank n’y peux rien, mais Fast Man Raider Man n’est pas sorti au bon moment. Pour rédiger ces chroniques de disques, je m’efforcer d’écouter “sérieusement” quatre à cinq disques par semaines et au moment où il est sorti, il y avait une espèce de tendance qui était dans l’air de faire un grand retour aux sources de la musique US (Springsteen venait de sortir ses Seeger Sessions, j’ai aussi cité le come-back d’Emmylou Harris avec Mark Knopfler et tout le monde attendait le Bob Dylan à la rentrée). Et ces paramètres-là, jouent forcément sur la perception qu’on a d’un disque, même si c’est l’un des meilleurs quand il apparaît perdu au milieu d’une tendance, ça le sert jamais tout à fait.

    Après sur ma conclusion, j’ai dit clairement que je préférais voir le verre à moitié vide plutôt que celui à moitié plein et que c echoix était celui du coeur parce que je suis sur (et il l’a prouvé depuis) qu’il peut faire ieux …

  3. [...] génération mais elle demeure néanmoins légitime. De Black Francis à Blue Finger en passant par Fast man, Raider Man, la bedonnante tête pensante des Pixies a su se créer une carrière après la séparation. La [...]

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