In my mind, dédoublement de personnalité signé Pharell Williams
Par Labosonic • jeu 17 août 2006 • Categorie: MusiqueAlbum publié en juillet 2006

Pharell Williams sort son disque en solo et, rarement, on n’avait autant loué un artiste avant même que ce cap ne soit franchi. Du talent, Pharell a déjà démontré qu’il en avait, que ce soit avec The Neptunes ou N*E*R*D. On pourrait même avec un peu de malice se demander pourquoi In my mind existe, tant sa renommée est immense. A quoi bon donc se risquer à l’épreuve de vérité de l’album solo quand on a tout ? Déjà courtisé par tous en tant que producteur (Jay Z, Snoop Doggy Dog) ou remixeur (on se souviendra d’Harder, Better, Faster, Stronger de Daft Punk revu par les Neptunes), il a même eu droit à un hommage déguisé de la part de Prince tant Sa Majesté s’escrimait non sans mal sur son dernier album à tenter de démontrer qu’il était aussi bon que lui.
Incontestablement, Pharell Williams est le producteur des années 2000, le Phil Spector du millénaire qui débute. Responsable, entre autres, du Slave 4 U de Britney Spears, il a su donner aux hits pops une couleur hip-hop matinée d’électro. En invitant le public à pénétrer son esprit, il prend le risque de quitter l’ombre où les hommes de studio sont cantonnés, et celui de déplaire à une critique qui l’a porté aux nues et comparé aux meilleurs. In my mind est donc l’enfant bâtard du prodige du son, le disque qui ne peut lui apporter que des ennuis : une claque de la part d’un public qui préfère les déhanchements évocateurs d’une bimbo en string mauve sur ses inspirations musicales ou, à l’opposé, le désamour d’un certain underground branché qui verrait d’un très mauvais oeil un succès populaire.
Produit adultérin, In my mind l’est d’autant plus que son géniteur reconnaît aisément qu’il n’est ni véritablement un chanteur ni doté du talent verbal qui ferait de lui un grand MC hip-hop. Conscient d’être plus producteur et compositeur qu’interprète, Pharrell va inviter quelques amis pour pallier ces absences de qualités essentielles : Nelly, Gwen Stefani, Jay Z, Snoop Dog.
Tailler des hits sur mesure en fonction de la personnalité des autres est un exercice difficile. Pharell Williams y excelle mais il s’avère incapable de réussir pour lui-même ce qu’il fait si bien pour d’autres. How does it feel en est un exemple parfait, on y retrouve tout ce qui rend le son du maître si caractéristique, notamment une rythmique déjantée qui allie cris, nappes synthétiques et percussions mais jamais la musique ne semble réellement destinée à mettre en valeur l’interprète. Le producteur Williams ne parvient pas à travailler en harmonie avec le talent du Pharell qui n’est ni tout à fait chanteur, ni tout à fait rappeur.
Pire encore, là où il parvenait à fournir un supplément d’âme à des mélodies, en jouant sur les intonations lascives de telle voix féminine, ou la réputation sulfureuse de stars masculines du hip-hop, il ne réussit aucune de ces prouesses quand c’est son propre personnage d’interprète qui est l’objet de ses attentions d’ingénieur du son surdoué. Qui sait s’il est victime d’un problème de talent vocal limité ou d’un dédoublement de personnalité, quoiqu’il en soit chacune de ses trouvailles sonores tombe à plat.
Pourtant, la liste des astuces de studio du producteur est longue, que ce soit la débauche de cuivres de Can I have it like that, le son des cordes synthétiques sur How does it feel, le discret beatbox vocal sur Rapsy Shit. Mais, jamais on n’a le sentiment qu’il y ait une réelle conviction derrière le micro. Pire encore, l’inspiration vocale semble aussi manquer aux prestigieux invités qui participent aux Featuring : Gwen Stefani fait des choeurs sans aucune conviction tandis que Snoop Dog débite son texte d’une des voix les plus monocordes qu’il ait jamais fait entendre. Le résultat final est plus qu’étrange puisque ce disque n’est finalement qu’une suite d’excellentes mélodies instrumentales qui ne s’accordent jamais aux voix qui y sont posées.
Si c’est le comble du chic d’adorer Pharell Williams, ce serait le comble du ridicule de ne pas avouer qu’In my mind est un disque décevant qui, malgré ses qualités et la pléiade d’invités convoqués, n’est pas à la hauteur de la réputation de son interprète. Doit-on pour autant en conclure que l’homme le plus courtisé de toute la musique actuelle a été surévalué et ne mérite aucun des honneurs qui lui furent rendus ?
Non, bien au contraire, il prouve que l’on peut être une figure de la création artistique et avoir des lacunes, qu’il est un être humain et non une impersonnelle icône fashion destinée au papier glacé de la presse glamour. Par cet échec artistique pourtant constellé de bonnes idées mal exploitées, il démontre que n’est ni Prince, ni Quincy Jones, ni Brian Wilson qui veut. Pharell Willliams n’a pas les qualités nécessaires pour réussir l’exploit d’être aussi brillant derrière un micro que derrière la console. Qu’importe, cela ne lui ôte aucune de ses qualités, s’il ne persiste pas dans cette illusion et continue à travailler en bonne compagnie, que ce soit celle de Chad Hugo, Timbaland ou de Britney Spears.
In my mind, Pharell Williams, distribué par Star Trak Entertainment.
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